A CORNWALL
La ville de Cornwall fut témoin, le ter mars 1866, d’un grand banquet offert aux membres du gouvernement canadien par plusieurs centaines d'électeurs des comtés de Stormont, Dundas et Glengarry, partisans de la Confédération. Le gouvernement y était représenté par les honorables MM. Cartier, Macdonald, Galt, Howland, et McGee. Parmi les convives, l’on remarquait en outre les honorables MM. Vankoughnet et Bennet, et les députés Carling, Bell Ross, Morris, Ault, McGiverin, M. Brydges, gérant du Grand-Tronc, le juge Jarvis, le Dr Bergin, etc. Le maire, le Dr Allen, présidait. La salle du banquet était superbement décorée de draperies et de verdure, et parmi les devises se lisait cello-ci : ‘“ L'Amérique britanique unie pour toujours ; la Confédération et non l'annexion.” 11 y eut force toasts et discours. M. Cartier fut chaleureusement acclamé et porta la parole à peu près dans les termes suivants :
Monsieur le Président, Messieurs,
Je dois commencer par offrir mes remerciements à M. le Président et à la population des comtés de Stormont, Dundas et Gelngarry, pour la réception extrêmement flatteuse qui nous est faite, à mes collègues et à moi. Elle ne peut manquer d'être remarquée, et elle comporte pour nous une signification toute particulière. Il est une observation que je ne puis m'empêcher de
faire ici. Pour moi, Canadien-Français, cette réunion, cette ‘“ approbation ” donnée à la politique du gouvernement dont je forme partie, tout cela a une importance vruiment exceptionnelle. Comme vous pouvez le voir, ma stature n'a rien de formidable ; mais Dieu m'a doué de quelque audace, de beaucoup de persévérunce et de l'amour du travail. (Applaudissements.)
Vous n'ignorez pas que ma position est très difficile et que les obstacles ne sont pas rares sur mon chemin, obligés que nous sommes, nous, Canadiens-Français, de rivaliser avec d'uutres nationalités qui ont sur nous certains avantages. La réception que l’on me fuit ce soir, m'honore et me cause une grande joie.
J'ai de bien sincères remerciements à adresser aux dames de Cornwall, qui ont bien voulu par leur présence donner encore plus d'éclat à la réunion. (Applaudissements.)
J'avouerai qu'en entrant dans cette salle, je n'ai pas été peu embarrassé quand je me suis vu au milieu d’une foule serrée, composée d’Ecossais à la taille athlétique, j'ai failli désespérer de faire mon chemin jusqu’à mon siège. Cependant en tournant les obstacles dont je ne pouvais triompher, j'ai pu arriver à la place qui m'était destinée. C'est là une image de ma conduite en politique, je n'ai jamais longtemps désespéré de gagner la partie, et c'est ce qui explique mon succès. (Applaudissements.)
Je suis content, Messieurs, que cette occasion me soit offerte d'adresser la parole à des habitants de l’ancien district de l'Est ; j'en profiterai pour vous dire quelques mots à l'égard du Haut- Canada. Il existe dans beaucoup d’esprits, chez vous, des préjugés contre le Bas-Canada. (Cris de non ! non !) Quoi qu'il en soit, je n’en serais pas surpris, je n’en suis pas effrayé non plus. J'aime toujours à rencontrer de front les objections qu'on élève contre ma politique. J'aime à faire connaissance avec ceux qui nourrissent des préjugés contre mes compatriotes et contre moi. C’est une bonne tactique, car elle me réussit. J'espère que s’il y avait ici de ces préjugés, ils vont disparaître.
On a répété que j'avais tenté de soumettre le Haut-Canada à la législation de eette section de la province que je représente. Jamais accusation n’a été plus fausse. J'en appelle hautement au témoignage de mon ami, l'honorable John-A. Macdonald, avec qui, comme ministre. j'ai travaillé dix ans, au bien-être et à la prospérité du pays ; il peut dire, lui, si jamais dans le ministère ou dans le Parlement, j'ai essayé de commettre pareille injustice.
LE le MARS 1866 481
La direction de la politique canadienne étant devenue très difficile depuis quelques années, nous avons cru quele meilleur moyen de sortir des difficultés, était de proposer une confédération, (Applaudissements prolongés.) L'union des deux Canadas a contribué dans une grande mesure au progrès et à l'avancement du pays ; et elle nous a inspiré le désir d’une union plus large encore. établie sur des bases plus solides. Quand la politique divise de plus en plus nos voisins et que le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest, en un mot chaque section do l'union américaine se détache tous les jours des autres, est-ce le temps de songer à une annexion à ces pays troublés ? (Cris de non ! non !)
Nous devons, tout au contraire, nous rattacher plus étroitement à nos institutions, fonder notre avenir politique plus solidement encore sur les principes monarchiques, établir un gouvernement fort sous la souveraineté de la couronne britannique. (Acclamations générales.)
La confédération a pour cause première notre commune affection pour les institutions politiques de la Grande-Bretagne, elle a pour objet d'entourer de toutes les garanties possibles leur conservation dans l'avenir.
Tout le monde connaît les difficultés au milieu desquelles s’est opérée l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre ? Et cependant, aujourd’hui, qui voudrait qu’elle ne fût pas accomplie et qui pourrait nier qu'elle n’ait eu des fruits excellents pour les deux pays ? Ilen sera de même de notre confédération, combattue aussi tout d’abord ; une fois établie, mise en action ct en œuvre, elle ralliera toutes les opinions, par la réalisation de tout le bien que nous en espérons. (Applaudissements.)
D'autres ici vont parler après moi, et vous expliqueront différents points de la politique du gouvernement actuel. Avant de reprendre mon siège, je veux vous donner l'assurance que les Canadiens-Français savent apprécier les institutions politiques de la Grande-Bretagne et qu’ils désirent sincèrement continuer à vivre sous la souveraineté de l'Angleterre, C’est donc pour resserrer davantage les liens qui nous unissent à la métropole, et pour mieux sauvegarder nos institutions que mes compatriotes ont appuyé si cordialement la confédération.
Permettez-moi, Messieurs, de vous remercier encore une fois de l'honneur que vous nous faites par cette éclatante démonstration. Soyez assurés que nous ne l'oublierons pas de ORRRpee PO
moi, je vais dire avec une grande joie à mes compatriotes, que dans l’ancien district de l'Est, les préjugés qui existaient contre eux sont disparus, et que je n’y ai rencontré que des citoyens sincèrement désireux de concourir avec tous les autres Canadiens, sans distinction de race ni de religion, à l'adoption de la politique la plus propre à assurer ‘le progrès do tout le pays. (Vives acclamations.)
PRONONCÉ LE 16 avniz 1800