A SAINT-JEAN
Le sacre de Sa Grandeur Mgr Charles Larocque, évêque de Saint-Hyacinthe, eut lieu le 29 juillet 1866, dans la ville de Saint-Jean, qu'il avait desservie comme curé pendant plusieurs années, La cérémonie religieuse prit un caractère exceptionnellement imposant, et l'on n'y comptait pas moins de 170 membres du clergé. Dix évêques étaient présents : Mgr Baillargeon, administrateur de l'archidiocèse de Québec, évèque consécrateur ; Mgr Charles Larocque, évêque consacré pour le diocèse de Saint-Hyacinthe ; Mgr Bourget, évêque de Montréal ; Mgr Guigues, évêque d'Ottawa ; Mgr Taché, évèque de Saint-Boniface ; Mgr Farrel, évêque d'Hamilton ; Mgr Goesbriand, évêque de Burlington ; Mgr Pinsonnault, évêque de Sandwich ; Mgr Horan, évêque de Kingston; Mgr Lynch, évêque de Toronto, Parmi beaucoup de laïques distingués, l'on remarquait l'honorable M, Cartier, un vieil ami du nouvel évêque. Le sermon fut donné avec une rare éloquence par M. l'abbé Désaulniers, professeur de philosophie au Séminaire de Saint-Hyacinthe, Après le sacre un banquet de 200 couverts fut servi dans une vaste salle du couvent, et M. Cartier proposa la santé de Sa Grandeur Mgr Larocque en termes qui créèrent une vive émotion. A deux allusions de l'orateur, l'évêque répondit dans les termes suivants : ‘“ M. Cartier a eu la délicatesse de faire allusion à ma bonne mère, Oh ! je l'aime, ma mère ! Elle m'a tant aimée ! Elle a été si bonne pour moi depuis le jour où elle m'a donné la vie ! Elle a pris soin de moi, elle s'est imposée tous les sacrifices pour me faire heureux et je voudrais pouvoir exprimer toute la vivacité de ma reconnaissance filiale si je le pouvais. M, Cartier a fait une omission qui ne lui aurait pas échappé s’il s'était mis en communication avec son voisin, le vénérable vieillard, qui est M. l'abbé Mignault. Ma mère m'a donné le jour, mais malgré tous ses efforts, elle n'eût jamais pu réussir à me donner l'éducation. C'est lui, c’est ce bon père qui m'a recueilli et qui m'a brisé le pain de la pensée; c’est lui qui m'a fait ce que je suis. M, Cartier a aussi parlé de l’industrie, comme si l'Eglise
500 BANQUET A SA GRANDEUR Mon CHARLES LAROCQUE
n'y portait pas toute l'attention qu'elle mérite, Je me contenterai d'ajouter que, lors de la pose du premier cable en 1858, l'église croyant à la réalité du succès, ordonna des prières publiques, A Montréal, Mgr Bourget fit chanter un 7e Deum. L'église no demande pas mieux que de favoriser les développements de l'industrie,"
Messcigneurs et Messieurs,
C'est pour nous Monseigneur comme pour vous, qui venez d'être sacré évêque de Saint-Hyacinthe et successeur d'un saint prélat qui porte votre nom ; c'est pour nous, dis-je, un jour de grand honneur et de grand bonheur, C’est aujourd'hui que vous avez été couronné prince de l'Eglise, Vous êtes élevé aux premières dignités sacerdotales et ceux qui vous admirent, qui vous aiment, qui vous sont dévoués, sont remplis d'un légitime orgueil. Vous allez entrer dans les fonctions épiscopales, avec le long cortège de vos vertus, le prestige éblouissant de vos incontestables et brillantes qualités, l'expérience d’une belle carrière apostolique et vous ferez rejaillir sur l'église, que nous chérissons tous, au triomphe de laquelle nous travaillons chacun dans la mesure de nos forces, vous ferez rejaillir sur elle, dis-je, tout l'éclat qui rayonne autour de votre nom, tout le mérite qui se détache de vos œuvres, toute la sagesse qui préside à vos conseils. Monseigneur, c'est donc un grand honneur pour vous d’avoir reçu l'investiture de cette haute dignité, c'en est aussi un pour l’église du Canada de vous compter parmi le corps vénérable de ses saints et éminents évêques,
C'est en même temps, un jour de bonheur pour raus tous, parce que, comme vos amis et vos admirateurs, nous jou ons de votre triomphe. Il n'est pas nécessaire de se demander combien les cérémonies d'aujourd'hui ont été abondantes en satisfaction. Je les ai observées avec soin, je dirais que j’y ai porté la plus profonde attention possible, si je ne savais que j'ai été dépassé de beaucoup par une autre personne qui de temps à autre essuyait à sa paupière une larme de bonheur. Car on pleure de joie comme de chagrin. Elle était près de moi dans l’église, émue, attendrie, pieusement recueillie ; on lisait sur son visage de quelles délicieuses jouissances son âme était inondée, Cotte personne portait plus de bonheur dans son cœur qu'il n’y en avait dans tout l'auditoire réuni ; car
elle assistait au sacre de son fils, Monseigneur, c'était votre vénérable vieille mère, (Longs applaudissements.)
Pormettez-moi d'ajouter que si c'est un jour de bonheur pour l'église, c'en est aussi un pour toute la province, pour toute l'Amérique. Je puis vous annoncer, en effet, une nouvelle qui devra contribuer à rendre ce grand jour mémorable, Aujourd'hui même le câble transatlantique a traversé houreusement l'Océan, et en ce moment l'Amérique est en relations directes avec l'Europe! Quand je compare les choses profanes aux choses sacrées, je comprends bien la distance infinie qui existe entre les deux et je vois bien la supériorité des choses de l'église. Mais je forai remarquer que si l'industrie est l'expression du génie départi à l’hnmanité, nous devons faire valoir nos facultés pour mettre le travail au profit de la religion. Nous en avons un exemple sous les yeux. Pourquoi cette cérémonie est-elle si imposante ? Est-ce que, sans le Grand- Tronc, contre lequel quelques personnes ont tant crié, Monseigneur et Révérends Messieurs, vous auriez pu assister aujourd'hui au sacre de Monseigneur Larocque ? Tout concourt donc vers ce centre commun, l'Eglise, le Grund-Tronc comme le reste. (Applaudissements.)
1 M. Hugh Allan, président de la Compagnie de télégraphe de Montréal venait de recevoir la dépêche suivante : ‘ Heart's Content, Terra-Neuve, 29 juillet 1866 : Je vous félicite du succès des opérations qui mettent Terre- Neuve directement en communication télégraphique avec l'Irlande, J'espère que dans deux semaines, je pourrai vous informer que le cable brisé de l'an dernier a été relevé et qu'une seconde ligne télégraphique est en opération à travers l'Atlantique. Je puis vous assurer que tous ceux qui sont à bord de la flotte télégraphique, feront tout en leur pouvoir pour réussir.—C.-W, Fiezn ”