‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 169 sur 247 · VADMINISTRATION DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

VADMINISTRATION DE LA JUSTICE

l'ont entendu déclarer que six des juges du Bas-Canada étaient des invalides que l’âge, les maladies chroniques où la débilité rendaient inaptce à exercer leurs hautes fonctions. Il a même accusé l’un d'eux d’être un sujet de scandale pour la magistrature, par son immoralité et ses habitudes d'intempérance. Je n'ai jamais été l'auteur de la nomination d'un juge de ce calibre. Les juges ou conseils de la Reine du Bas-Canada, qui me doivent leur nomination, peuvent avantageusement soutenir la comparaison avec ceux qu'a recommandés l'honorable député. Je n'hésite pas à admettre que l'administration de la justice a souffert de l’âge de quelques-uns des juges. Ce n'est pas là un déshonneur pour la magistrature, ni un amoindrissement de son prestige. Mais telle qu'elle est, elle peut être avantageusement comparée à ce qu’elle était antérieurement à 1857, à l'époque où j'ai entrepris la tâche ardue de faire marcher la réforme judiciaire de pair avec l’économie, en créant de nouveaux districts et en pourvoyant aux besoins existants à moins de frais que par le passé. Le nombre total des juges du Bas-Canada n’est que de ving-trois, tandis que l'on en compte quarante dans le Haut- Canada. C'est un chiffre de beaucoup supérieur, si on le compare à la population des deux provinces. Le régime que j'ai établi a facilité l'expédition des affaires, en faisant disparaître la nécessité où se trouvaient les juges d’être tous présents au tribunal, pour rendre leurs décisions. Notre organisation judiciaire vaut autant que celle de n'importe quel pays, la perfection n'étant pas de ce monde. Le jugement impartial d'un magistrat honnête, mérite autant do confiance qu’un tribunal composé de plusieurs juges, dont les jugements sont exposés à être faussés par des sentiments d’antagonisme mutuel ou de condescendance blâmable, L'organisation judiciaire que j'ai établie, en dépit de la profession légale de la province, qui à lutté contre cette mesure et qui donne encore aujourd’hui un exemple frappant de son mécontentement, a été mise en fonctionnement, sans rien ajouter aux ch°rges publiques et continue à fonctionner avec succès, malgré les difficultés créées par les infirmités de quelques-uns des magistrats.

J'ai trop de générosité pour m'attaquer à ceux d’entre eux que les infirmités affligent. Je crois plutôt qu'un juge qui s'avoue incompétent, par suite d'infirmités, à exercer ses fonctions avec toute l'efficacité voulue, mérite le respect et la sympathie générale.

Mais je proteste énergiquement contre l'assertion qu'il y a en Bas-Canada, treize juges incapables de remplir les devoirs de leurs

charge. Quand à ceux qu'on a stigmatisés, comme immoraux et malhonnêtes, je défie l'honorable député d'Hochelaga de les nommr". L'honorable député a accusé généralement les conseils de la Reine. Je suis tout à fait préparé à justifier mes nominations et à les défendre, Si je voulais être indiscret, je pourrais révéler le nom d'un personnage que l'honorable député a cherché à faire placer et dont le caractèrr ne pourrait guère souffrir l'examen, Je ne commettrai pas une telle indiscrétion. Je possède un secret que je me propose de garder en moi-même. (On rit beaucoup.) J'en reviens aux juges que j'ai fait nommer, Dans le cas du juge Badgley, qui a eu l'infortune d’être frappé d'infirmité, je ferai remarquer que quelques-unes des meilleures décisions rendues par un des juges les plus éminents le juge Barton, l'ont été pendant qu'il était complètement aveugle.

Au sujet de M. le juge Drummond, je ne dirai rien des accusations portées contre lui, dans la presse, sauf que les déclarations des journaux sont loin de m'inspirer une confiance absolue et que je ne crois nullement à ce dont on l’accuse,

Je ne puis que décerner des éloges aux membres de la magistrature. À Montréal surtout, elle est remarquable. Aucun avocat de bonne foi ne peut se plaindre du juge Mondelet dont l'application au travail et la compétence sont incontestables. S'il y a dans la magistrature un juge désireux et capable de faire honneur à sa position, par sa fidélité et son impartialité, c’est bien le juge Berthelot. (Ecoutez! Ecoutez!) Le juge Monck est l’ornement de sa profession. La magistrature de n'importe quel pays serait fière de le posséder. J'ai recommandé la nomination du juge Meredith et celle du juge Taschereau qui se distingue par son amour extraordinaire du travail ; ce qui est la meilleure qualité qu'un avocat puisse posséder. Tout le monde reconnaîtra les brillantes facultés et le talent de M. le juge Johnson, également versé dans les deux langues. Personne de ceux qui ont lu le rapport des procès des prisonniers féniens qu'il a été appelé à juger ne peut s'empêcher d'admirer le tact et la science qu'il a déployés, dans l’accomplissement de cette œuvre difficile. Nos autres juges ont droit au même respect et à la même estime. Le juge Winter est un de ceux qui ont le plus de titres à la confiance et à la considération publique. Si l’on me parle du juge LaFontaine, je déclarerai que je suis responsable de sa nomination, et je défie l'honorable député d'Hochelaga de dire un seul

mot contre l’honneur et la compétence de ce magistrat. Je sais

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