‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 173 sur 247 · UNS · texte numérisé non relu

UNS

SUR

L'ASSASSINAT DE L'HONORABLE THOMAS D'ARCY MeGRE

A LA CHAMBRE DES COMMUNES

La session fut marquée par un terrible événement, qui plongea la Chambre et le pays dans la stupeur : l'assassinat du grand homme d'Etat, du grand Irlandais, du grand orateur et historien, qui s'appelait Thomas D’Arcy McGee. On sait que, depuis plusieurs années, M. McGee dénoncait l’association fénienne secrète qui s'était organisée aux Etats-Unis. Au banquet de la société Saint-Patrice, à Ottawa, le 17 mars précédent, il avait de nouveau employé le langage le plus énergique pour mettre ses compatriotes en garde contre l'influence néfaste de l'association et les dangers qu'elle présentait, Les Féniens ne le lui pardonnèrent pas. et dans la nuit du 7 avril, vers deux heures, alors qu'il revenait de la Chambre, une balle le frappait mort à la porte de sa pension, dite Toronto House, tenue par madame Trotter, rue Sparks. Presque au moment du meurtre, MM. Cartier et Galt traversaient la mème rue et se dirigeaient vers leur pension dans une direction opposée à la maison où logeait M. McGee, L’alarme se répandit immédiatemeut et plusieurs membres du Parlement : sir John-A. Macdonald, l'Orateur Cockburn, l'honorable M. Sandfield Macdonald et beaucoup d’autres se rendirent au lieu de l'assassinat. Ils trouvérent le pauvre McGee baigné dans son sang. Le jour même du meurtre, une proclamation du gouvernement offrait une récompense de $5,000 à qui découvrirait le criminel, A la séance suivante de la Chambre, M. Cartier se faisant l'écho d’un sentiment géntral, protesta avec toute l'énergie dont il était capable contre le lâche attentat qui privait le pays d’un de ses hommes les plus éminents. Sir John- A. Macdonald et les honorables MM. Mackenzie et Chauveau dénoncèrent le crime non moins vigoureusement et firent l'éloge de l’illustre victime. M. McGee n'avait pas encore quarante-quatre ans et était dans toute la force de son merveilleux talent. Le deuil que causa cette fin tragique fut immense, tant ici qu'aux Etats-Unis et dans la Grande-Bretagne où M. McGee comptait de nombreux admirateurs. Son corps fut transporté à Montréal et des

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funérailles lui furent faites, aux frais de la ville, lundi, le 13 avril suivant, M. Cartier et la plupart de ses collègues étaient porteurs des coins du poële, Il y eut service funèbre à l’église Saint-Patrice et libera à Notre-Dame, en présence d’un immense concours de personnes. On aurait pu croire que toutes les rues étaient drapées de noir sur le parcours de la procession funèbre depuis l’église jusqu'au cimetière. Quelques jours après, le Parlement, se rendant aux vœux exprimés par M, Cartier, votait une pension annuelle de douze cents piastres à la veuve du regretté défunt et une somme de huit mille piastres à être partagée entre ses deux filles, Un pays s'honore en se souvenant de ceux qui meurent à son service

Je commence par dire que mon cœur est rempli de la plus profonde douleur. La nuit dernière, j'écoutais ici avec plaisir, et tous les membres de cette Chambre écoutaient comme moi la parole éloquente de celui qui a été mon collègue dans la représentation de la cité de Montréal ; personne alors ne s'attendait à l'événement lamentable qui nous a tous frappés après l’ajournement de la Chambre.

Je regrette en ce moment de n'être pas doué de cette puissance de parole, de cette éloquence, qui rendait si remarquable notro ami défunt. Avec ce langage énergique, je vous ferais comprendre la perte immense que nous avons soufferte, que le pays a soufferte, que l'humanité a soufferte par la mort de Thomas D'Arcy McGee. M. McGee n'était pas un homme ordinaire, Il était du nombre de ceux que la Providence se plaît quelquefois à donner au monde afin de montrer jusqu'à quelle hauteur l'intelligence de l’homme peut être élevée par le Tout-Puissant,

M. McGee avait adopté le Canada comme son pays; mais il n’a jamais cessé d'aimer sa terre natale, sa vieille Irlande. Dans sa patrie d'adoption, il faisait tous ses efforts pour procurer le bonheur à ceux de sa race en Irlande et sur les autres points du globe. M. McGee, quoique jeune encore, avait une grande expérience. Il fut mêlé aux événements politiques d'Irlande en 1848, et l'on n'en saurait douter, ces temps malheureux lui ont suggéré au sujet de ses compatriotes, les profondes considérations qu’on trouve dans ses écrits. Quoiqu'il fût, comme l’a dit mon honorable

ami, le chef du gouvernement, un homme de progrès et de génie, il est bien rare de rencontrer un esprit doué de vues aussi élevées et judicieuses qu'était notre très regretté collègue,

Il n’est plus! Je crois que bien peu d’entre nous peuvent se vanter d’avoir jamais entendu un autre orateur, aussi parfait que lui. Hélas! nous n'aurons plus désormais le pluisir de prêter l'oreille à cette éloquence naturelle et entraînante |

Il n'est plus! Mais il laisse detrière lui l'expression matérielle de ses sentiments de patriotisme ct une masse énorme de preuves attestant qu'aucun Irlandais n’a plus que lui aimé sa chère Irlande.

M. l'Orateur, je ne puis m'empêcher de faire allusion à cette association étrangère qui s'organise sur le sol voisin. C’est indéniable, en détournant les Irlandais-Canadiens de se joindre à cette ligue, M. McGee a rendu le plus grand service qu’un Irlandais pût rendre à son pays. (Æcoutez ! Ecoutez!) Ila acquis aux Irlandais du Canada cette inestimable réputation de loyauté, qui repousse tous les sentiments de haîne dont cette abominable organisation du fénianisme est animée, (Ecoutez ! Ecoutez !)

1l est tout probable qu'il est tombé sous les coups d’un assassin appartenant à cette confrérie véritablement fratricide comme Caïn.

Il ne nous sied pas en ce moment d’exciter les sentiments de vengeance contre les auteurs du crime: mais nous savons tous que, si Thomas D’Arcy McGee avait tenu une conduite moins patriotique lors de l'invasion fénienne, nous n’aurions pas rencontré un cadavre mutilé ce matin.

Quoiqu'il en soit, tous les Irlandais en Canada, pleins de reconnaissance pour le conseil qu'il leur a donné de ne point participer à la conspiration organisée chez nos voisins, déploreront sa perte, aussi vivement que nous la déplorons nous-mêmes.

M. l'Orateur, je ne parlerai point ici des qualités et des vertus de sa vie privée.

Nous tous qui l'avons connu, nous savons qu'il possédait fort peu des biens de la terre.

J'ai l'espoir, je suis certain plutôt que la grande Confédération du Canada ne laissera pas sans ressources l’infortunée veuve et les enfants du défunt. Il est vraiment un héros parlementaire; maintes et maintes fois, il a été averti par les journaux et par d'autres voies de prendre des précautions contre le coup de malheur qui l’a frappé ce matin. Est-ce que cela l’a empêché de poursuivre son objet, qui était d'empêcher ses compatriotes d'entrer dans la

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détestable organisation des féniens? non, Il y a persisté quand même, sans relâche ; et maintenant que le voilà parti d'au milieu de nous, nous sentons que les Irlandais de ce pays apprécieront encore d'avantage les services qu'il leur a rendus, Cote perte irréparable leur fera mêler leurs larmes aux nôtres.

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