LE SALAIRE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL
M. l'Orateur,
Je crois que nous devons nous féliciter du progrès qui s'est fait dans les esprits sur cette question.
A la dernière session, le député de Châteauguay (M.-Holton) nous a dit qu'il voterait pour que le traitement du gouverneur général fût maintenu à £10,000, si tel était le désir des autorités impériales. Nous avons reçu depuis une dépêche du ministre des colonies, portant que c’est bien là le désir du gouvernement impérial. Ce point est donc réglé.
À la conférence tenue à Londres, lorsqu'il s’est agi d'élaborer l'Acte de la Confédération, nous avons convenu de payer au gouverneur général un traitement de £10,000, mais les autorités impériales n’exigèrent du Canada uucune liste civile. Lord Carnarvon nous laissa le contrôle absolu de notre liste civile, sans y attacher la moindre condition. Tout ce qu'il nous a demandé, c'est le paiement du traitement du représentant de la Reine au chiffre que je viens de mentionner.
La dépêche du duc de Buckingham mande que ce traitement n'est pas trop élevé, mais elle ne dit pas que ce Parlement n'a pas le droit d'intervenir, elle nous fait connaître seulement la pensée impériale.
L'amendement qui est proposé par l'honorable député de Lambton, est, en substance, celui de l'honorable ministre de la justice. La seule différence est que ce dernier déclare qu'il n’est pas désirable de changer le traitement du gouverneur général pour les raisons énoncées dans la dépêche du duc de Buckingham, tandis que l'amendement du député de Lambton, mettant de côté la motion principale, dont tout le monde semble vouloir se débarrasser (Rires), affirme la possession de droits par cette Chambre, dont personne ne nie l'existence. Comme il s’agit principalement d’écarter la motion de l'honorable député d’'Oxford-Nord, et que l'amendement du député de Lambton nous permet d'atteindre ce but, nous lui donnons volontiers notre adhésion.
SUR
PRONONCÉ LE 28 Mat 1869
A LA CHAMBRE DES COMMUNES
A cette séance, sir Georges Cartier présenta une série de résolutions pour ratifier l'arrangement qu'il avait conclu, au nom du Canada, avec le gouvernement impérial et la Compagnie de la Baie d'Hudson pour l'acquisition des Territoires du Nord-Ouest. Cus résolutions ne soulevèrent guère d'opposition, et un amendement proposé par M. Levisconte, qui aurait eu pour effet de les renvoyer aux calendes grecques, n'obtint que 15 voix contre 121, Voici les noms de ces 15 députés: MM. Béchard, Bourassa, Carmichael, Cheval, Chipman, Coupal, Forbes, Geoffrion, Godin, Killam, Levisconte, Paquet, Pelletier, Smith et Tremblay.
M. l'Orateur,
Je n'ai pas besoin de dire qu ” v rnement, en présentant les résolutions dont je vais parl'. sompris toute l'importance. Depuis plusieurs années déjà,1 : qu’elles tendent à résoudre a provoqué le plus vif intérêt en Parlement en a lui-même
été saisi. Aussi n’ai-je pas l’in..ation de donner d'explications préalables. J’entrerai de suite dans le vif du sujet, de telle sorte que la Chambre pourra se prononcer avec pleine connaissance de cause, Le gouvernement a produit les documents et la correspondance qui se rapportent à cette mesure, et je suis convaincu que mes coliègues du Parlement ont appris avec plaisir que le Canada allait devenir propriétaire d’un immense territoire.
A ce propos, il est intéressant de jeter d'abord un coup d'œil rapide sur l'extension du territoire des Etats-Unis, Tout le monde sait que les treize colonies originaires étaient d'uno étendue relativement limitée lorsqu'elles devinrent indépendantes de l'Angleterre, Mais elles ne tardèrent pas à sentir le besoin d'agrandir leur domaine, La Louisiane fut achetée, puis les vastes solitudes de l'Ouest furent ouvertes à la colonisation et finalement, les colonies américaines étendirent leur empire de l'Atluntique au Pacifique. Il est inutile de signaler l'influence extrême que ces acquisitions de territoire ont exercée, durant la courte période des cinquante dernières années, sur la prospérité et le progrès de la république voisine, A son tour, le Canada, grâce aux arrangements faits avec la Grande-Bretagne, peut acquérir un territoire plus vaste et, à certains points de vue, plus important que celui que les Etats-Unis ont ajouté à leurs domaines, durant le laps d'un demi-siècle,
La Colombie-Britannique est prête à se joindre à nous—à faire partie de notre grande Confédération, et Terreneuve semble sur le point d’unir ses destinées aux nôtres. On voit par là combien le Canada s'agrandit rapidement. On a cependant prétendu que nous n'avions pas progressé depuis la Confédération, depuis que le Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse se sont alliés ; et voilà encore que le territoire canadien va s'étendre jusqu'à comprendre toutes les régions au nord du continent entre l'Atlantique et l'Océan Pacifique. Dans l'intervalle, le nom du Canada s’est répandu au loin. Nous avons eu à négocier en premier lieu avec le duc de Buckingham, qui représentait le gouvernement impérial et ensuite, au changement de ministère, avec le comte de Granville. Ce changement de gouvernement en Angleterre, est surtout ce qui a retardé la terminaison des négociations, A cette première cause de retard, il faut ajouter la grave maladie qui a malheureusement frappé mon collègue, l'honorable M. Mc- Dougall, et qui a mis ses jours en danger, Bien plus, pour comble à son affliction, sa femme expiruit de ce côté-ci de l'Atlantique, pendant qu'il était absent. L’honorable monsieur a la sympathie de toute la Chambre. Il a fait de grands sacritices pour son pays; ses concitoyens lui seront reconnaissunts de la part qu'il a prise à l'acquisition du Nord-Ouest, de tous les services qu’il a rendus au Canada. (Ecoutez ! Ecoutez !)
Deux considérations principales ont engagé la Compagnie de la
Baie d'Hudson à nous céder ses droits : la première est le paiement d'une somme fixe de £300,000 ; la scconde, la réserve que nous lui accordons du vingtième des terres concédées, On pensera peut-être que la Compagnie a fuit à un excellent marché, On se trompernit, ces conditions nous sont plus favorubles que celles qu'avait approuvées le Parlement canadien à sa première session, Dans l'adresse qui fut alors présentée à la Reine, aucuno somme d'argent n'étuit promise, Le gouvernemont canadien demandait seulement que les titres de propriété lui fussent transférés, tous les autres droits de la Compagnie restant intacts, Nous aurons maintenant à traiter avec elle sur une buse différente. Il est heureux que le gouvernement impérial ne nous ait pas procuré ces territoires aux conditions énoncées daus cotte adresse ; car la convention nouvelle nous est bien plus avantageuse. En payant 300,000, nous nous mettons à l'abri de tous troubles à l'avenir, Garanti par le gouvernement impérial, ce paiement équivaut tout au plus à £13 ou £14,000 par annéo, durant quarante ou quarantecinq ans. Comme compensation, nous aurons les recettes douanières, qui égaleront presque les sommes à payer ainsi annuellement, On pourrait aisément prouver que la population actuelle des territoires vaudra bien pour le Canada, ce que lui auront coûté ses nouvelles possessions, En Angleterre, on s'est beaucoup occupé du projet, ct sous le régime libéral comme sous le régimo conservateur, on s'est toujours montré très désireux de voir cette question réglée ; j'entends depuis 1858, année où je traversai l'Atlantique avec les honorables MM. Galt et John Ross, jusqu'à la convention de ces jours derniers. Les territoires que nous acquérons sont presque aussi grands que les Etats-Unis,
J'ai quelquefois entendu préconiser l'indépendance, mais je n'ai aucune sympathie pour cette cause. (Ecoutez ! Ecoutez !) I] est bion probable que ceux qui parlent d'indépendance ne comprennent pas assez la portée de leurs paroles. Nous n'avons pas besoin de plus d'indépendanceque nous n'en possédons (Ecoutez ! Ecoutez !) et, pour ma part, je désire m'en tenir à l'union avec l'Angleterre. (Ecoutez ! Ecoutez !)
J'ai établi que le prix payé est pou considérable, je passe maintenant à la réserve des terres. La Compagnie a le droit de retenir lu vingtième partie des torres fertiles. Supposons que l'étendue des terres fertiles soit de quarante millions d'acres, la compagnie n'aura donc plus droit qu'à deux millions d'acres, choisis en blocs,
à même la masse, et sujets aux redevances municipales. Elle devra faire le choix dans les dix ans qui suivront la délimitation des townships, et seulement sur le terrain qui n'aura pas encore été vendu, Cette concession de terres nous sera très avantageuse.
On évalue à 180,000 ou 200,000 le nombre des Indiens, répandus dans ces régions. La Compagnie de la Baie d'Hudson les a toujours fort bien traités et a réussi à s'en faire estimer, Le Canada pourra compter sur son aide pour se mettre en bonnes :elations avec eux, et pour bien administrer leurs affaires.
Si nous comparons le Canada aux pays voisins, nous constatons que sa population est presque égale à celle de la Nouvelle-Angleterre, de l'Etat de New-York et de la Pensylvanie respectivement. La population n’augmente pas très rapidement dans la Nouvelle- Angleterre. Dans l'Etat de New- Zork, l'augmentation se limite presque entièreinent aux grandes villes, tandis que la Pensylvanie reste à pex près stationnaire. Par contre, dans les provinces d'Ontario et de Québec, au Nouveau-Brunswick, à la Nouvelle- Ecosse, et aussi à Terre-Neuve qui nous appartiendra bientôt, la population s'accroît beaucoup plus vite, Avec le Nord-Ouest ajouté à notre domaine, nous aurons de vastes prairies qui attireront si fortement l'immigration que d'ici dix ans le recensement prouvera que le Canada se développe plus rapidement que le: ‘ontrées de la République qui l’avoisinent.
A six heures, l’orateur quitte le fauteuil.