‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 187 sur 247 · APRÈS L’AJOURNEMENT · texte numérisé non relu

APRÈS L’AJOURNEMENT

Je prétends que les provinces d'Ontario, de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse possèdent un sol capable de nourrir une population égale à celle des contrées des Etats-Unis qui sont sur leurs frontières septentrionales, et comme l’augmentation de la population des Etats-Unis a lieu principalement dans leurs prairies de l'Ouest, nous serons tout aussi favorisés qu'eux, par suite de l’acquisition que nous faisons des territoires du Nord- Ouest, plus étendus même que les prairies américaines. Déjà nous avons presque complété notre agrandissement territorial, puisque la Colombie-Britannique est à la veille de s'unir à nous. Dans dix ans, la population du Canada aura doublé et notre commerce aura pris un immense essor; nous aurons augmenté notre marine marchande non-seulement du côté des provinces de l'Atlantique

mais aussi du côté de la Colombie-Britannique. La construction d'un chemin de fer d’un océan à l’autre sur notre territoire est en perspective à présent. Ce chemin de fer canadien serait de douze cents milles plus court que le Transcontinental des Etats-Unis.

Aussitôt les résolutions adoptées et l'adresse votée, le gouvernement présentera une mesure pour obtenir l'autorisation d'organiser là-bas un gouvernement provisoire. Il est important que l’organisation de ces territoires ne soit pas différée d’un seul jour. Il faudra que les townships soient tracés et délimités pour recevoir les immigrants, Quand la proclamation royale paraîtra, le gouvernement du Canada devra être prêt à former la nouvelle administration. L'Acte de l'Amérique britannique du Nord va donc s'appliquer bientôt à une suite, à une chaîne de provinces qui s'espaceront de l'Atlantique au Pacifique. J'espère qu'on n’entendra plus parler d’annexion. (Ecoutez ! Ecoutez !) Si notre pays était annexé aux Etats-Unis, le revenu actuel du Canada, qui se distribue en subventions aux provinces, prendrait le chemin de Washington, pour être la proie des spéculateurs. (Rires.)

On a dit que d'accord avec mes amis, je m'étais opposé à l’acquisition des territoires du Nord-Ouest, Je n'ai jamais été opposé, en principe, à cette mesure. Mais je n'ai jamais voulu consentir à ceque la province d'Ontario devînt seule propriétaire de cette immense région, à l'exclusion des autres provinces, c'est la seule objection que j'ai faite, et j'espère que mes amis du Bas-Canada vont montrer, ce soir, par leur vote, qu'ils sont convaincus que j'ai agi pour leur intérêt, comme j'espère que les députés du: Haut-Canada seront unanimes à approuver le gouvernemenf. Je termine en remerciant la Chambre de l’attention qu'elle a bien voulu m’accorder,— (Applaudissements.)

SUR LE

A LA CHAMBRE DES COMMUNES

A la séance du 30 mai 1869, l'honorable M. Holton, député de Châteauguay, proposa à la Chambre des Communes d’adopter une adresse à Sa Majesté la Reine pour appuyer le projet de loi présenté au Parlement anglais par M. Gladstone dans le but de décreter le désélablissement de l'Eglise d'Irlande. Notre expérience en Canada, dit-il, nous convainc que la dotation de l'Eglise établie en Ir.ande est une des principales causes du mécontentement qui règne parmi une clisse des sujets britanniques, et que sa suppression aurait pour effet de ramener parmi eux le bonheur, la tranquillité et la prospérité. Entre autres objections, sir John-A, Macdonald fit observer que, si le Parlement du Canada aflirme le principe qu’on pent, pour n'importe quelle raison, priver une église d'une partie de ses revenus, c'est condamner du coup le Bas- Canada, dont l’église possède des propriétés considérables qu’elle tient depuis la conquête. Nos ministres, dit l'honorable M. Chauveau, sont les conseillers de Sa Majesté la Reine comme les ministres anglais sont les conseillers de Sa même Majesté. Une adresse de notre Parlement, en supposant qu'elle serait adoptée par les trois pouvoirs qui forment le Parlement, pourrait mettre les conseillers royaux d'ici en complète contradiction avec les conseillers royaux de Londres. C'est la meilleure preuve de l’incompatibilité de notre rôle de Parlement distinct avec nos prétentions de censeurs des actes impériaux. Cette intervention dans les affaires impériales n’a certainement pas sa raison d’être, et lorsque, voilà quelques années, notre Parlement vow une adresse à la Reine en faveur du Home Rule en Irlande, le ministre des colonies ne se gèna pas de nous prier, dans une dépêche très laconique, de vouloir bien nous mêler de ce qui nous regarde. Les débats ayant été repris à la séance du lendemain sur la question du désétablissement, sir Georges Cartier prononça un discours remarquable par sa hardiesse, sa iranchise, son raisonnement. On a dit avec raison que seul, comme membre d’un ministère, il

pouvait se permettre de tenir un pareil langage, et surtout d'être compris et écouté comme il le l'ut. Ce discours porta le coup de gräce à la proposition de M. Holton.

M. l'Orateur,

Je ne vois pas que le désétablissement de l'Eglise d'Trlande influe sur le fénianisme. La mesure de M. (Giladstone protitera certainement aux catholiques ; et ceux qui appuient la motion de l’honorable député de Châteauguay, croient sans doute faire acte de complaisance envers ces derniers en considérant le fénianisme comme un produit de leur religion. Le fénianisme, à mon ::48, n’est pas le produit de notre religion. Tous les évêques cat .vliques ont combattu le fénianisme, les chefs de ce mouvement 1; étaient pas catholiques, et ceux qui y prennent part ne peuvent être animés du sentiment religieux puisqu'ils sont, pour ainsi dire, rejetés du sein de l'Eglise.

Le fénianisme est une ligue d'hommes déclassés, de mécontents de toutes croyances religieuses ; c'est une conspiration politique à laquelle les convictions religieuses n'’importent guère. Les [rlandais enrôlés aux Etats-Unis sous sa bannière, se mettent peu en peine de ce que deviendra la religion catholique en Irlande. J'ai eu l'occasion de protester à Sa Gracieuse Mujesté la Reine, que ie catholicisme était absolument étranger au fénianisme, et j'ai eu également le bonheur de dire la même chose à ce saint vieillard qui est aujourd'huien butte aux attaques des Féniens d'Italie dirigés par C aribaldi. (Mouvements d'approbation.)

Si le désétablissement de l'Eglise d'Irlande se fait pour les catholiques, pourquoi les auteurs de la présente motion rapprochent-ils le fénianisme de l’idée qu'ils se forment du catholicisme ? Non, ia mesuve de M. Gladstone sera sans effet sur le fénianisme, et conséquemment le Canada n'a rien à y voir.

Examinons, si vous le voulez bien, les propositions contenues dans la motion de l’honorable député de Châteauguay. En voici la teneur :

1o. Que, dans l'opinion de cette Chambre, la mesure soumise au Parlement impérial dans le but d'abolir l'Eglise établie d'Irlande et

de la déposséder des biens dont elle a été dotée, aura l'effet, si elle devient loi, en faisant disparaître l’une des principales causes du

lécontentement profond qui existe depuis longtemps chez une classe “ombreuse de sujets de Sa Majesté, d'assurer la tranquillité, la prospérité, la force et la juste renommée du grand Empire dont le Canada forme une partie considérable,

20. Que cette opinion est appuyée sur la rérente expérience de la ci-devant province du Canada, car les difficultés qui ont divisé depuis DREUE années cette province et qui en ont retardé les progrès, ont

ieureusement pris fin en 1854, à lu suite de l'adoption d’un acte de la législature provinciale, qui x beaucoup de ressemblance à plusieurs égards avec la mesure dont est saisi le Parlement impérial.

30. Qu'une adresse basée sur les résolutions précédentes soit présentée à Sa Majesté la Reine, et qu'un comité soit nommé pour rédiger la dite adresse et en fuire rapport.

La première de ces propositions est inadmissible pour les catholiques ; la seconde est tout à fait inexacte.

La première résolution tend à nous faire déclarer que l'Eglise n'est pas une bonne chose, Or, aux yeux dos catholiques une église établie est une nécessité.

M. ANGLIN—Ah! Non.

StR GEORGES CARTIER.—L'honorable député dit que non. Qu'il aille donc répéter cela au prochain concile œcuménique, qu'il essuie donc de concilier son opinion avec le Syllabus ! C'est parce que nous admettons la nécessité d’une église établie que nous soutenons le pouvoir temporel. Assurément les catholiques savent se prêter aux circonstances ; ils ne sauraient, en effet, exiger partout que leur religion soit reconnue pour celle de l'Etat. Mais, en quelques pays qu'ils soient, il y a toujours cependant une église établie pour eux ; c’est l’église de Rome, qui s'étend à toutes les parties du monde, qui renferme tous les catholiques dans son sein et pour laquelle nous réclamons le pouvoir temporel au siège de la papauté, que nous voulons qu'elle soit forte, indépendante, qu'elle unisse toutes les prérogatives du pouvoir civil à l'autorité religieuse.

Sa Sainteté le Pape, dans ses négociations avec les puissances protest: ntes, ne leur a jamais demandé d’abolir l'Eglise établie dans leur royaume, le Pape a toujours respecté le px ape fondamental. A-t-il jamais, par exemple, demandé au czar d'établir le catholicisme dans ses Etats comme religion dominante ? Il s'est borné à demander la permission pour les catholiques de Russie de se rattacher à l'Eglise établie de Rome, et de jouir, dans le royaume, de la liberté reconnue aux membres des autres communions.

Ainsi done, un catholique ne peut pas souscrire à la motion de M. Holton, qui veut nous faire approuver une chose mauvaise ou tout au moins peu désirable, Les catholiques ne sont pas en dispo-

sition de renoncer à l'Eglise établie, 1à ou elle est catholique ; ils ne veulent pas se mettre inconsidérément dans l'obligation de le faire. Ts demandent justice pour eux dans les pays protestants, et promettent justice pour les protestants dans les pays catholiques.

Il faut remarquer que le désétablissement de l'Eglise d'Irlande n'est pas une mesure catholique ; cet acte est dû uniquement à la générosité du peuple anglais. Les quelques membres catholiques des Chambres anglaises ont accepté ce qu'on leur offrait, mais ils ne l'ont pas exigé. En effet, l'abolition de l'Eglise d'Irlande ne s'est pas opérée comme l'Eglise catholique l'eût désiré. Il y a deux moyens de faire disparaître les inégalités, soit en abaissant le point le plus élevé au niveau du plus bas, soit en élevant le plus bas à lu hauteur du premier. Or, la mesure de M. Gludstone s’est bornée à abolir une inégalité en abuissant la religion dominante ; mais elle ne modifie guère la condition de la religion catholique. Les catholiques seront exemptés, il est vrai, d" certaines redevances, mais dans quarante-cinq ans, et au moyen d'un fonds d'amortissement, En sorte qu'ils se trouveront avoir à peu près capitalisé la rente qu'ils ont à puyer aujourd'hui. Sous le rapport pécuniaire, la situation des catholiques n’est donc pas très sensiblement changée. Le grand et bon côté de la mesure, c’est que l'on donne aux Irlandais la satisfaction de ne plus subir l'injuste suprématie d'une religion en minorité ; on entrevoit dans l'avenir la suppression de toute exaction.

La nouvelle mesure améliore-t-elle la situation de la hiérarchie catholique? La loi reconnaît-elle lestitulaires des sièges épiscopaux ? Reconnaît-elle les limites des diocèses, comme en Canada ? Pas du tout. Elle laisse à l’Eglise catholique un désavantage marqué.

C'est en quoi cette loi est défectueuse ; c'est ce qui fait qu'elle ne peut être regardée comme une mesure catholique. Laissons aux protestants le mérite de leur généreuse inspiration! Du reste il ne nous appartient pas d'intervenir en pareil cas.

Si, comme le prétendent les orateurs qui ont appuyé la motion de l'honorable député de Châteauguay, ils n'agissent que par sympathie pour les catholiques d'Irlande, qu'ils ne s'arrêtent pasen aussi beau chemin. Il leur reste les catholiques d'Angleterre à soulager. Ceux-là sont un million et demi et n’ont encore qu'un seul représentant au Parlement. Faites donc je vous prie quelque chose pour eux, mais quelque chose de plus utile qu'une motion comme celle-là.

En Chambre, on ne recherche pas les motifs; c'est un examen qui a lieu plus tard, sur les hustings. On saura peut-être alors si c'est véritablement par sympathie pour les catholiques que M. Holton a proposé ses résolutions, 11 estunitaire, partar.t opposé à l'Eglise anglicane, qui est l'Eglise établie d'Angleterre, M. Mackenzie n'appartient pas non plus à l'Eglise anglicane, Il est assez naturel que ces messieurs se procurent une satisfaction personnelle en invitant la Chambre à épouser leurs idées à ce sujet.

Si MM. Holton et Mackenzie sont emportés par la sympathie vers les catholiques, qu'ils aillent plus loin ! Qu'ils présentent une adresse, suppliant Sa Gracieuse Majesté la Reine de renouer les rapports diplomatiques, depuis si longtemps interrompus, entre la cour de Rome et la cour britannique : les catholiques qui sont sujets britanniques, auraient le plus grand intérêt à revoir ces rapports rétablis.

Qu'ils présentent aussi une requête à Sa Majesté, pour obtenir qu’elle donne ordre à son ambassadeur en Russie de faire rendre justice aux catholiques, en engageunt le ezar à ne plus dépouiller les églises et les couvents de la Pologne. Ses sujets catholiques du Canada, en éprouveraient la plus vive satisfaction.

Que l’on prie en même temps Sa Majesté la Reine de persuader à Victor-Emmanuel de mettre aux fers ces misérables qui se nomment Garibaldi et Muzzini, ces assassins du pauvre Rossi, ces brigands, cette écume de l'impiété.

Que l’on prie Sa Majesté de demander à Victor-Emmanuel de ne plus enlever à l'Eglise ses biens par millions à la fois.

Voilà des questions qui intéressent assurément les catholiques du Canada autant que l'abolition de l'Eglise d'Irlande.

M. Hoilton aura la même raison de l’autoriser de notre qualité de sujets de l'Empire britannique pour présenter l-dessus des observations à la Reine. Au lieu de prodiguer leur énergie pour louer des choses accomplies, pourquoi l'honorable député de Châteauguay, et surtout M. Mackenzie, ne s’appliquent-ils pas à remédier à des maux existants ?

A la dernière session de Québec, les catholiques ont adopté la loi la plus libérale qu'on ait jamais vue à l'égard des protestants. Pourquoi M. Mackenzie qui manifeste tant de sympathie pour les catholiques, ne s’emploie-t-il pas à leur assurer la même libéralité dans le Haut-Canada ? Qu'on leur fasse donc avoir une part des deniers publics pour le soutien de leurs institutions,

Je prie la Chambre de m'excuser, si je parle ainsi. Ce sont là des sujets que je n'aime pas à aborder et qu'il est désagréable de traiter sans nécessité, dans une société mixte, mais je suis catholique, et jamais cette Chambre ni aucune autre Chambre, ni aucun pouvoir sur la terre, né me feront renoncer à ma foi, Mes convictions religieuses sont inébranlables et plusieurs me sauront gré de les avoir défendues,

Quant à lu seconde partie de la motion, il n'est pas vrai que nous ayons fait en 1859 ce que M. Gladstone vient de faire en Angleterre. Nous avons changé la destination de certains biens, raais nous n'avons dépouillé aucune Eglise, puisqu'il n’y en avait pas au titre d'établie. En Irlande, on a réellement dégétabli une église ! Les deux cas n’ont donc de parité que sur un point accessoire.

PRONONCÉ LE ?8 SEPTEMDNE 18069

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