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PROJET DE LOI CONSTITUANT LA PROVINCE DE MANITOBA

A LA CHAMBRE DES COMMUNES

L'acquisition des territoires de la Compagnie de la Baie d'Hudson fut accueillie avec des sentiments divers par la population de la Rivière-Rouge. La Compagnie elle-même voyait avec regret le sceptre lui échapper, et les Métis se plaignaient hautement d'être livrés à un pouvoir étranger sans avoir été consultés. La crainte qu’avaient les Métis d’être molestés sous le nouvel ordre de choses, redoubla d'intensité, quand ils virent les officiers du gouvernement canadien traverser leurs terres, les arpenter et les diviser à leur gré. Et cela avant même que la proclamation de la Reine annonçant le transfert des territoires fut lancée. Ce transfert devait s'effectuer le ler décembre 1869. Parmi les Métis se trouvait un jeune homme instruit, ancien élève du Séminaire de Montréal, doué d’une parole de feu, épris de gloire, malheureusement pas assez équilibré. Il était fils de feu Louis Riel !, qui par son audace et ses luttes vigoureuses, avait obtenu précédemment la suppression du monopole de la traite des fourrures par la Compagnie de la Baie d'Hudson. Le fils allait reprendre l’œuvre du père. Il est malheureux qu'il lait teinte de sang ! L'honorable M. William McDougall avait été choisi pour remplir les fonctions de lieutenant-gouverneur du Territoire et pour organiser un gouvernement provisoire qui devait durer un an ; feu M.J.-A.-N. Provencher en était le secrétaire. L'opinion métisse paraissait très préjugée contre le nouveau gouverneur, car il était l’un des ministres qui avaient négocié le transfert, et on le tenait responsable des agissements du colonel Dennis, de John-A. Snow, de Charles Mair et autres, qui paraissaient n'avoir reculé devant rien pour rendre impopulaire à la Rivière-Rouge le département des travaux publics, dont M. McDougall avait été le chef. MM. McDougall et Provencher partirent en octobre 1869 pour prendre possession de leurs nouvelles fonctions. Mais ils furent arrêtés à la frontière par Riel et une

1 Voir sa biographie dans les Canadiens de l'Ouest, tome 1x, pp. 858-378.

bande armée, Ils dûrent passer l'hiver à Pembina, en attendant leur entrée éventuelle dans le territoire. De guerre lasse, il leur fallut retourner au pays. De là une agitation qui sépara les habitants de la colonie en deux camps : les suivants de Riel et ceux que l'on appelait les loyaux ayant pour chef, le Dr Schultz, le major Boulton, lé Dr Lynch, Thomas Scott et autres. Riel forma un gouvernement provisoire, s'entoura de soi-disant conseillers, autant d'instruments aveugles, s'empara du Fort Garry et des provisions pour nourrir ses soldats, préleva des contributions sur la Compagnie de la Baie d'Hudson, fit prisonnier le gouverneur McTavish, bref régna en maître absolu sur le pays. 11 logea au fort les chefs de la résistance sur lesquels il put mettre la main ; le Dr Schultz, aujourd’hui lieutenant-gouverneur, ne put se sauver qu’au prix de beaucoup de dangers, à la faveur des ténèbres ; le major Boulton qui avait été condamné à mort après un procès quelconque, trouva grâce très difficilement, mais voulant inspirer le respect de sa dictature, Riel fit fusiller Thomas Scott, l’un des “lus remuants de ses adversaires. La révolte déclarée, les autorités cana- “iennes prirent tous les moyens pour pacifier les insurgés. Sa Grandeur Mgr Taché fut mandé de Rome, où il siégeait alors au concile œcuménique, et, dans l'intervalle, M. l'abbé Thibault, vicaire général, M. Donald-A. Smith, aujourd'hui sir Donald, et le colonel de Salaberry, qui tous avaient longtemps vécu au Nord-Ouest, furent chargés d'aller parlementer avec Riel et ses gens. Le dictateur convoqua la population de la Rivière-Rouge en assemblée publique, après avoir fait élire vingt-quatre représentants en nombre égal des métis français et écossais. Après de longues délibérations, ceux-ci adoptèrent une Déclaration de Droits, dans laquelle ils exposaient les conditions auxquelles ils accepteraient de reconnaitre l’autorité du Canada. Trois délégués, MM. le juge Black, M. l'abbé Richot et un nommé Alfred-H. Scott qui représentait plutôt l'intérêt américain, furent chargés d'aller traiter à Ottawa, en leur nom, avec les ministres canadiens. A l’arrivée des délégués, les choses se compliquèrent de l'arrestation de M. Richot et de Scott, que les loyalis!s accusaient de complicité dans l'exécution de Thomas Scott. Mais cette arrestation n’eut pas de suite à cause du manque de juridiction de la cour. Sir Georges Cartier fut principalement chargé des négociations avec les délégués, et il lui fallut une rare persévérance et un tact consommé pour les mener à bonne fin. 1] en résulta un projet de loi créant la province de Manitoba, qui fut présenté par sir John-A. Macdonald, Commencé le 2? mai 1870, le débat prit une tourrure fort intéressante et, à certaines heures, très violente, pour ne se terminer que huit jours après. Les coups échangés entre feu l'honorable Joseph Howe et M. William McDougall ne seront pas oubliés de sitôt. Sir Georges Cartier prit une part d'autant plus active à la discussion que le premier ministre, sir John-A. Macdonald, fut atteint soudain d’une grave maladie, qui l'empêécha de reprendre son siège durant la session. Le 24 août 1870, les troupes du colonel Wolseley entraient au Fort Garry et arboraient les couleurs anglaises. Riel, Lepine et O’Donoghue prenaient la route des Etats-Unis après un règne de neuf mois, et la nouvelle constitution que l’on a mise depuis en pièces sur des points bien importants, la langue française et les

écoles confessionnelles, allait régir l’ancien pays d'Assiniboia. Que de déchirements, que d'injustices, l'on aurait évités, si l'on eùt gardé intacte l'œuvre de Cartier !

M. l'Orateur,

Je crois qu'il serait préférable de disçuter le bill à la seconde délibération. Aussi je me bornerai à faire aujourd’hui des observations préliminaires, qui porteront principalement sur le discours du député de Lambton (M. Mackenzie),

Laissez-moi tout d’abord expliquer en quelques mots, la façon dont la nouvelle province sera administrée. Elle aura un lieutenant-gouverneur nommé par le Gouverneur général en conseil, un conseil exécutif composé de sept membres, mais de pas plus de cinq pour commencer, un Conseil législatif de sept membres, le nombre pouvant être porté plus tard à douze, une Assemblée législative formée de vingt-quatre membres représentant autant de comtés.

Le député de Lambton objecte fortement que l'on dote une aussi petite partie des Territoires de deux Chambres. Il oublie que les pays les plus éclairés, y compris l'Angleterre et les Etats-Unis, repoussent l’idée d’une seule Chambre comme n'offrant aucun contrepoids politique et servant d'acheminement vers le despotisme. Il oublie que l'Ile du Prince-Edouard, avec une population de 85,000 âmes seulement et une étendue territoriale de 1,300,000 acres, a eu, dès le principe, une organisation politique complète. Il oublie que le Nouveau-Brunswick, lors de sa séparation d'avec la Nouvelle-Ecosse, n'avait pas une population plus considérable que celle de cette dernière province, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir deux assemblées,

Manitoba est la clé des Territoires du Nord-Ouest ; il restera en dehors de ses frontières de vastes contrées où l’on pourra créer plus tard des provinces, et il importe que son mécanisme politique soit aussi parfait que possible. Le nom indien qu'on lui a donné, et qui est très euphonique, veut dire : ‘“ Le Dieu qui parle”. Eh bien, que la nouvelle province—le Territoire est inconnu sous la constitution anglaise—parle toujours à tous les habitants du Nord-Ouest le langage de la raison, de la vérité et de la justice |

Quelles sont les limites de Manitoba ? Elles embrassent tous les établissements situés sur les bords des rivières Rouge et Assiniboine, jusqu'à leur confluent à ou près du Fort Garry, et la contrée qui s'étend vers l’ouest jusqu'au lac Manitoba. Il y a là place pour plus d’un million d'habitants.

Les autres portions des Territoires, qui ne sont pas comprises dans ces limites, seront administrées par le lieutenant-gouverneur en conseil, en vertu d'une commission distincte, jusqu’à ce qu'elles soient régulièrement organisées.

L'on a dit que le subside que nous voulons allouer à Manitoba est excessif ; mais la nouvelle province a le droit d'être mise sur le même pied que les autres, Il ne faut pas oublier qu’elle n'apporte aucune dette au trésor fédéral, ce dont nous devons lui tenir compte. Je reviendrai plus tard sur ce point,

Les terres seront sous le contrôle du gouvernement fédéral, à l'exception de 1,200,000 acres, et cette réserve est destinée à satisfaire aux réclamations des Métis, ce qui serait d'autant plus à propos et juste qu’ils descendent des premiers habitants européens des Territoires. Ces 1,200,000 acres ne seront pas traités comme les réserves indiennes ; ils seront répartis entre les chefs de familles qui pourront ainsi établir leurs enfants. Nous concèderons les autres terres à ceux qui viendront coloniser le pays. De cette façon, l’émigration se portera vers l'Ouest ; d’autres portions de nos Territoires se peupleront peu à peu en même temps que le Manitoba, et la grande œuvre de la Confédération sera alors accomplie. Le cas est bien différent de celui de Terre-Neuve, où il faudrait payer $150,000 par année pour les terres, tandis que celles du Nord-Ouest nous ont été données pour rien.

Rappelons-nous que nous pouvons aussi utiliser une partie de ces terres, pour construire le chemin de fer du Pacifique, de l’est à l’ouest ; et cependant le député de Lambton trouve trop élevé le subside de $30,000 que nous accordons à la nouvelle province. Le Manitoba va recevoir, en outre, 80 centins par tête, jusqu’à ce que sa population ait atteint 400,000 âmes. Cela n’arrivera qu'avec le temps, et le plus tôt sera le mieux ; plus la population d'origine blanche sera nombreuse, plus il y aura de contribuables. Elle n’est encore que de 15,000 âmes, mais la consommation n’est pas limitée à ce nombre, puisqu'il faut tenir compte des tribus sauvages qui consomment aussi des denrées payant droits de douane.

M. Gopi, député de Joliette.—La constitution sera-t-elle soumise à la ratification des habitants du Nord-Ouest ?

SiR GEORGES CARTIER.—Non,

M. MoDouaaz.—Si je ne me trompe, le ministre de la milice a dit qu’il faudrait s'adresser à l'Angleterre pour régler les réclamations! des loyalists des Territoires, et par ceux-là j'entends les hommes qui ont opposé de la résistance à Riel.

Sir GEorGEs CaRTIER.—Lorsque le ministre de la justice (sir John-A. Macdonald) parlait, j'ai dit que ces réclamations pouvaient retomber soit sur nous ou sur l'Angleterre. Je n'ai pas affirmé positivement que l'Angleterre aurait à les payer.

1 Le tableau suivant indique les frais occasionnés par le soulèvement et la pacilication du Nord-Ouest, à la date du 13 mars 1871 :

Honorable Wm McDougall, .…....….., sons ous sosevoss 11,417 80 Honorable A.-N. Richards, ss ss se sos ssssns 4,800 00 J.-A.-N, Provencher..ssss ses ee. CPP ET RTE TT 4,196 59

Lieutenant-colonel de Salaberry. ......... sos sousse 2,367 10 Alexander Begg sus us sovossue oonoee sovvee sossoooes 1,260 27 D.-R. Cameron sus sous sososs sooose socoe sovsoones socc0e 5,300 00

Sa Grandeur Mgr. Taché....... ss sossss sosose sosooouee 1,000 00 Grand Vicaire Thibault... sesessoos see svooocoso ose 3,000 00

Capitaine ErmatINger sssssss severe sonooe ovvvos eus verrons 341 35 JOS MONEMAN sv vossesénovre ose vou dieeneeos coeur verres es k 999 93 W.-M. SIMPSON... soso coso0s sono sovoss se novee covu0e 200 00 JOHN SCHUIEZ ei senooe co von bsseoe contes cecnse ondes ro ose 2,131 62 Lieutenant-colonel Dennis, s.ssesss sossessue vonovese soouos 3,209 16

John-A. SnoWtdoimriiin 000000000006 0... 2,040 35 McaArthur et Martin ...ssses se oooo0 sosoe sro001 0000 v00000 1,604 33 Bannatyne et Begg, par J. Turner & Co... 1,251 93

A. Boyd, par A. Gaviller.....,..,.…........ UP TON 3,382 09 Charies Mair… Rd Rte 344 13 James McKay . TO CON PET EE NE TE LATE 37 50 Compagnie de la Baie d'Hudson EODOTOROTETETETNENEETEEEE 247 49 Hi BOPDER retiiu doratue detente lies nus alterne ts 121 66 James Wallace . MAR RE TO NT TR EC tO 72 50

H.-R, SOWEIL s. sos soocce vous see ve » lier 45 00

W..-G. Fonseca, par McArthur & nie res 721 71 HNVE JONNADNN Énenn cents dns des bn os docs cvs de shte asc oi 320 00 WW. MON ER ess restent intro dos 147 97

M. McDouaazz.—C'est bien, pour moi, je suis d'avis que les réclamations des loyalists sont parfaitement justes.

M. MoDouaazr.—Puisque j'en ai l'occasion, je crois devoir protester contre les audiences accordées par le gouvernement à l'abbé Richot, un délégué du Nord-Ouest. Le Dr Lynch et d'autres personnes affirment que l'abbé Richot était l’un des principaux partisans et conseillers de Riol, dans la révolte qu’il a montée contre l'autorité établie, et l'enquête fuite ici àla Cour de police ne m'a pas convaincu qu'on l'ait accusé à tort d'avoir été présent au meurtre commis par Riel. Richot a représenté Riel comme un ange descendu du ciel pour sauver le pays. (Honte !) J'ai lu dans les journaux que le ministre de la milice avait été vu marchant bras dessus, bras dessous, avec ce Richot, dont les mains sont rouges encore du sang d’un “loyal Canadien.” (Applaudissements.) C'est une honte pour nous, et l'honorable ministre aurait dû songer à la dignité de sa position et aux convenunces uvant de s'oublier à ce point. (Ecoutez ! Ecoutez !)

SiR GEORGES CARTIER. — Je n'ai aucun ressentiment envers l'honorable député, qui est un homme désappointé, dont nous avons tous, du reste, partagé le désappointement ; mais je n'aurais jamais cru que mon honorable ami en viendrait au cours d'un grave débat, à emprunter à un article de gazette les éléments d'un récit de ce que j'ai pu faire chez moi ou sur la rue. Je ne crains pas de déclarer, que j'ai reçu les délégués à ma table. I] me plaît de le lui dire, car je n'ai pas à lui rendre compte autrement de ce que j'ai fait. Je n'ai pas à me défendre et ne veux point descendre à des attaques contre mon honorable ami, Je laisse à la Chambre et au public le soin de juger entre nous.

M. BELLEROSE. — Toujours, est-il vrai que l'abbé Richot n’a pas assisté à l'exécution de Scott ; cela est établi sous serment.

SÉANOE DU 4 MAI 1870

Sir GrorGes CARTIER.—Le débat qui se poursuit est regrettable, L'honorable chef de l'opposition n'aurait pas dû déclarer qu'il n'était pas prêt à discuter le bill, puisqu'il le discute quand même, En présentant ce projet de loi, l’honornble premier ministre a dit que si le Portage-la-Prairie ne voulait pas faire partie du Manitoba,

comme le prétendaient plusieurs personnes, le bill ne l'y contraindrait point, mais qu'il contiendrait un article pour l'y annexer quand ses habitants en feraient la demande, Depuis le gouvernement a appris de bonne source que le Portage-la-Prairie désire être incorporé à la nouvelle province, et nous avons tenu compte de ce désir.

Il est inexact que le gouvernement se soit prêté au rôle indigne que lui impute le représentant de Lambton, à l'égard du rapport de M. l'abbé Thibault. Aucune partie de ce rapport n'a été supprimée.

Si l'honorable député a des propositions à faire qui soient de nature à rendre le hill plus parfait, le gouvernement sera heureux d'yavoir égard, Si notre action est sussi lente qu'il le prétend, c'est que nous ne voulons pas agir à la légère, dans des matières si graves. La préparation du bill a offert, en effet, les plus graves difficultés. (Ecoutez / Ecoutez !)

Sim GEonGEs CARTIER.—Je réponds à l'honorable chef de l'opposition que la raison pour laquelle le gouvernement n'a pas continué la discussion sur le bill du Manitoba, est que l'honorable ministre de la justice (Sir John-A. Macdonald) a été pris de spasmes violents au moment où ilse préparait à venir à la Chambre. Si j'avais annoncé tout de suite cette pénible nouvelle, il m'aurait fallu demander de différer la suite de la discussion du bill jusqu'au retour de l'honorable premier ministre. Sir John-A. Macdonald prend un vif intérêt à ce bill et l'on trouvera tout naturel son désir d'être présent lorsqu'il passera par ses phases les plus difficiles. 11 n’est pas probable que l'honorable ministre vienne à la séance aujourd'hui, mais si l'honorable chef de l'opposition insiste, nous continuerons le débat ce soir,

M. MAoKeNz1e.—Je regrette beaucoup d'apprendre la maladie de l'honorable premier ministre et je suis personnellement disposé à ne pas insister sur la discussion du bill en l'absence de l'honorable ministre de la justice.

Sir GEorags CaARTIER.—Je remercie mon honorable ami du généreux sentiment qu'il vient d'exprimer ot du concours qu'il veut bien nous offrir.

SÉANOr pu 9 Mar 1870

Sin Geonars Canrien.—1%La question des terres, qui se rattache étroitement aux intérêts du pays de la Rivière-Rouge, est de toutes les questions liées à ce projet de loi, celle dont la solution présentait peut-être le plus de difficultés. Nous aurons bientôt à établir un chemin de fer à travers la vallée de la Rivière-Rouge, et pour cela le Parlement fédéral doit nécessairement avoir sous son contrôle et à sa disposition les terres inoccupées. Si ces terres étaient abandonnées à la législature provinciale, il pourrait en résulter de graves embarras au moment de la construction du grand chemin du Pacifique, Ce gouvernement s’attribue donc et avec raison la possession de ces terres, mais il ne serait pas juste, il me semble, de ne donner rien en retour, Aussi, nous avons réservé 1,400,000 acres de terre pour les Métis. N'était-il pas juste en effet, et sage tout à la fois, de pourvoir à l'établissement de ceux qui ont contribué dans une très notable mesure à la mise en valeur du pays de la Rivière-Rouge ? Nous voulons adopter à l'égard des Métis la politique la plus généreuse. Tous les occupants de terres, quelle que soit leur origine, seront libéralement traités. Pas un sou ne sera exigé de ceux qui auront eu des titres de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Quant aux descendants des blancs, ils ne prétendent pas avoir de droit aux terres en question, de sorte que le bill ne contient sur ce point aucune disposition qui les concerne. La reserve établie pour les sauvages servira à toutes les tribus. Il n’y a que dix-sept cents sauvages pur sang, dans la province, et l'on feru droit à leurs réclamations.

SÉANOE DU SOIR

SR GEORGES CARTIER.—Je suis un peu surpris des observations faites par mon honorable ami, (M. McDougall) qui se dit du parti libéral d'Ontario, Pour moi, j'appartiens au parti libéral-conservateur du Bas-Canada, et c’est bien évidemment le parti le plus libéral du pays. Il me suffirait, si j'avais à en fournir la preuve, de rappeler les luttes du ministère Baldwin-LaFontaine. A cette époque, le gouvernement n'était appuyé que par dix députés du Haut-Canada, sur quarante et un qui représentaient cette section du pays, à la Chambre d’assemblée. Lorsque M. Baldwin tenait les rênes du pouvoir, il gouvernait, non pas avec l’aide des libéraux

haut-canadiens, mais avec notre aide à nous, et j'ai donc raison de dire que le parti dont je suis, est vraiment plus libéral que celui de l'oppositon. Ainsi, l'honoruble monsieur (McDougull) est d'avis que notre projet de loi est trop large, que la mesure législative de l'année dernière ne l'était pas suffisamment ; il nous offre aujourd'hui ce que je pourrais appeler un moyen terme, La mesure de l'an dernier ne devait durer pourtant que douze mois, Je n'approuve pas ce qu'ont fuit les habitants du Nord-Ouest, pas plus que je n'aime à les entendre qualifier sans cesse de rebelles et d'insurgés, Quoi ! rebelles ? mais quand donc ont-ils voulu se soustraire à la souveraineté de la Reine ? Je ne doute pas que leur résistance n'ait été préméditée, mais l'autorité canadienne n'existait pas encore là-bas ; la résistance n’a pas eu d'autre effet que de nous empêcher d'exercer le pouvoir créé par l’Acte que voilà. Je ne m'arrêterai pas sur les troubles qui ont eu lieu dans le Territoire. Il vaut mieux en effacer toute trace par des mesures libérales, La population là-bas est éclairée, et la conférence de la Rivière-Rouge, qui a adopté la Décluration des Droits, ne souffrirait pas trop, je crois, d'une comparaison avec celle qui s'est tenue il y a quelques années à Québec, (Applaudissements ironiques.) Le projet de l'honorable M. MeDougall qui voudrait instituer une sorte de gouvernement municipal bâtard, provoquerait le mécontentement, et retarderait la colonisation du pays, tandis que le bill du gouvernement, s'il est adopté, amènera le réglement des difficultés du Nord-Ouest. Accepter l'amendement de l'honorable député serait ajourner de trois années, l'organisation de la province, Le Manitobu va recevoir 867,204 du gouvernement fédéral, savoir : 813,000, sous forme de capitation pour 17,000 âmes, à raison de quatre-vingts centins par tête; 823,604, pour la dette provinciale, et $30,000 pour les frais d'administration. Cela suffira au gouvernement provincial durant les dix années prochaines, et dans le cas où la population atteindrait au terme de cette période le chiffre de 400,000 âmes, auquel serait applicable encore la subvention de quatre-vingts centins par tête, nous aurions de ce chef à payer $320,000, ce qui, ajouté aux $23,604 que nous allouons pour la dotte, et aux 830,000 affectées à l'administration, ferait $373,604, somme relativement légère, et qui nous assurera la possession d’une province destinée à devenir infiniment riche et prospère. Mes calculs sont positifs, tandis que le plan du député de Lanark comporte toutes les incertitudes d'un gouvernement territorial.

Au point de vue de l'économie, c'est le bill ministériel qui a l'avantage. Si le député de Lanark eût réussi à faire son entrée dans la province, son administration nous eût coûté plus de 867,000 avec le système qu'il songeait à établir,

Pour ce qui est des terres, nous voulons, comme je l'ai dit, en avoir la disposition, en vue surtout de construire un chemin de fer qui relieruit les deux océans, à travers le territoire britannique. Naturellement, les frais de gestion de ce domaine retomberont sur les autorités fédérales ; de sorte que le gouvernement de Manitoba sera le moins coûteux de tous les gouvernements du pays.

Le député de Lanark a fuit un éloge mérité du juge Black, que l'on peut regarder en effet comme le personnage le plus éminent des Territoires. Il a été moins heureux en dénongant M. l'abbé Richot, coupable à ses yeux de ne pas être tout à fait versé dans les affaires politiques, Quoi qu'il en soit, je dois déclarer que, depuis que j'ai l'honneur de le connaître, l'abbé Richot a toujours rempli avec modération sa mission de délégué, et qu'il manifeste clairement le désir de voir les Territoires du Nord-Ouest s'annexer au Canada. J'ai eu plusieurs fois l’occasion de l'entendre exprimer ses sentiments de fidélité à la Couronne. (Æires ironiques.) La gauche peut rire, mais elle ne saurait nier ce que j'ai vu ou entendu. Dans tous les entretiens que nous avons eus avec les délégués de la Rivière-Rouge, ceux-ci se sont toujours montrés prêts à accepter tout ce qui amènerait la pacification, L'honorable député de Lanark a prétendu qu'ils n'étaient pas les vrais interprètes de l'opinion de leur pays. Mais est-ce que par hasard, il aurait luimême la prétention de mieux connaître, de mieux traduire cette opinion? N’avons-nous pas raison d'écouter plutôt les délégués que les membres de la gauche ?

Inutile de revenir sur la question des terres. Le gouvernement veut agir de manière à contenter les Métis, et il veut user, dans sa politique générale, d'une libéralité que ne pourraient dépasser ni les provinces, ni les Etats-Unis. Si les enfants des Métis ne profitent pas des avantages que leur offrira le gouvernement, pour s'établir sur les réserves, les terres reviendront à la Couronne, Il est convenu que les lots seront de deux cents acres.

L'honorable député de Lanark nous a donné des explications personnelles. Après le malheur qui lui est arrivé, à la suite de sa nomination au titre de lieutenant-gouverneur du Nord-Ouest, je lui offris mon appui. Le gouvernement n'avait pas pourtant

approuvé sa proclamation. Le retard apporté uu paiement pouvait être un motif plausible, mais no's lui avions mandé, dans une dépêche, d'attendre de nouvelles instructions avant de passer outre. Nous sommes tous persuadés qu'il pensait bien faire, et nous n'avons jamais discuté ses intentions, bien que sa conduite fût entachée d'illégalité. Je termine en répétant que notre projet est plus libéral, plus juste et plus économique que le plan de l'honorable député de Lanark,

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