LE CHEMIN DE FER INTERCOLONIAL
aujourd'hui les petits entrepreneurs. Ce sont les grands entrepreneurs qui, d'ordinaire, absorbent les profits; mais il en est autrement lorsque les entreprises sont partagées en petites sections. A l'époque de la construction du Grand-Tronc entre Montréal et Toronto, plusieurs sous-entrepreneurs furent ruinés. La principale entreprise avait été donnée à MM. Brassey, Peto et Cie., à raison de £8,000 sterling par mille, payables, un quart en deniers comp tants, un quart en actions, et le reste en obligations de la compagnie. Les obligations baissèrent beaucoup, ce qui occasionna des pertes très sensibles aux adjudicataires, qui multiplièrent dès lors les sous-entreprises, Dans nombre de cas, ceux qui se chargèrent de ces dernières furent incapables de les exécuter; mais personne n’en entendit parler. On le voit, avec de grands entrepreneurs, les risques pour les autres peuvent être plus considérables.
Comme je l'ai dit, les travaux ont progressé aussi rapidement sur l’Intercolonial que sur le Grand-Tronc, si l’on tient compte de la date à laquelle ils ont commencé. Il a fallu environ trois ans pour construire le chemin de fer de Montréal à Toronto, et à peu près deux ans et demi, pour le prolonger jusqu’à Sarnia. Or, bien que la nomination des commissaires de l’Intercolonial soit toute récente, nous pouvons annoncer déjà que la ligne sera ouverte et mise en service l'été prochain entre Rimouski et la Rivière-du- Loup, et le reste des travaux est fort avancé.
Parce que les premiers entrepreneurs n’ont pas toujours pu suffire à la tâche, est-ce une raison pour que les autres ne puissent pas être obligés de construire la dernière partie de la ligne ? Huit cents individus ont soumissionné pour les sections restant à faire, et nous avons reçu en tout près de trois cents soumissions. Le gouvernement s'est trouvé mieux protégé, que s’il eût eu affaire à un seul entrepreneur, qui aurait divisé les travaux entre force sous-entrepreneurs, Chacun visant aux bénéfices. De Montréal à Toronto, le Grand-Tronc à coûté par mille £12,000 sterling, et de Toronto à Sarnia, £10,000 ; tandis que l’Intercolonial ne reviendra pas à plus, croyons-nous, de £7,000 sterling, tout en étant la meilleure voie ferrée du pays. Les entrepreneurs seront payés intégralement pour ce qu'ils auront fait; ceux qui ont exécuté les travaux du Grand-Tronc, n'ont reçu que £5,000 sterling par mille.
La proposition de l’honorable député est sans fondement : le gouvernement a agi avec toute la diligence possible dans les circons-
tances, tout en apportant une attention constante aux intérêts du pays.
L'honorable député de Sherbrooke, s’il a lu le bill, a dû voir que le gouvernement a le droit, lorsque le chemin de fer sera construit, de faire des arrangements pour son exploitation, tels arrangements ne devant pas dépasser le terme du Parlement qui suivra.
Il nous a dit que les chemins de fer de la Nouvelle-Ecosse devaient être mal administrés puisqu'ils ne rapportaient pas de profit. À ce compte, les chemins de fer du Nouveau-Brunswick doivent être bien exploités puisqu'ils donnent des bénéfices. Sile gouvernement a tort d'exploiter les chemins de fer, pourquoi alors exploiterait-il les canaux ?
J'ai regretté d'entendre dire par l'honorable député de Grenville (M. Shanly), que le chemin de fer Intercolonial n’est pas en faveur dans la province d'Ontario. Cela est dû au fait que l’on se place à un point de vue faux. Le chemin de fer sera tout aussi avantageux à cette province que les canaux Welland et du Saint- Laarent le sont aux provinces maritimes. Si par malheur, les autorités de Washington mettaient fin au système d’entrepôt, qu’adviendrait-il de notre tarif sans le chemin de fer ? La perte d’une seule année dépasserait le coût du chemin de fer.
Je vais finir par où l'honorable député de Sherbrooke a commencé. Il nous a cité Todd, une bonne autorité, pour établir que des motions s’opposant à la formation de la Chambre en comité de subsides ne sont pas nécessairement des motions de non-confiance. Mais le gouvernement est le moilleur juge en pareil cas, et ceux qui sont nos amis doivent voter contre la motion de l'honorable : député de Sherbrooke, car si elle était adoptée il nous faudrait remettre le pouvoir en d’autres mains, (Æcoutez ! Ecoutez !)
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