LE TRAITÉ DE *YASHINGTON
en ce qui concernait ces droits. Sous l'empire de ce traité, les navires des Etats-Unis ont eu libre accès à la mer par le Saint- Laurent et par nos canaux, aux mêmes conditions que nos navires canadiens, 11 fut entendu, cependant, que lo gouvernement britannique conserverait le droit de retirer ce privilège, en donnant avis de son intention aux Etats-Unis. Remarquons-le bien, ce droit était réservé aux autorités impériales, et non au Parlement canadien, De leur côté, les Américains devaient admettre en franchise chez eux, les produits canadiens, se réservant, eux aussi, la liberté de nous retirer ce privilège. Dans l’Acte canadien qui ratifie cette partie du traité de 1854, il n'est nullement question de la navigation du Saint-Laurent ; malgré cela, le député de Durham- Ouest s’est efforcé de prouver par induction que l’article touchant la navigation du Saint-Laurent devrait être confirmé par ce Parlement comme l’article des pêcheries. La Chambre trouvera sans doute que j'ai réussi à détruire la base principale du raisonnement de mon honorable ami. Personne ne croira que le Canada ait le pouvoir d'empêcher les vaisseaux américains de naviguer sur le Saint-Laurent.
Le député de Châteauguay a déclaré, hier, qu'il objecte surtout à cette liberté de navigation. En la donnant aux Américains, selon son pouvoir, le gouvernement impérial avait pris soin, en 1853, comme il l’a fait dans le traité que nous discutons, de stipuler qu'il leur faudrait acquitter les péages imposés sur les vaisseaux par les provinces pour usage de leurs canaux. Nos voisins ne pourront traverser notre territoire et se servir de nos canaux qu'en [ayant les péages. Je ne puis comprendre l’objection de mon honorable ami. Ila raison lorsqu'il nousannonce qu'il votera pour le traité. Mais quand il nous dit ensuite qu'il votera pour l'amendement du député de Durham-Ouest, sous prétexte que cet amer dement ne tend pas à annuler le traité, ila tort, Carilya en cela un manque de confiance, et si le gouvernement était battu, il le serait sur le traité même. Il n’y a guère de danger à craindre, néanmoins, et une fois que l'amendement aura été rejeté, je serai heureux de voir l'honorable député voter avec le gouvernement la seconde lecture du bill, et de le féliciter de s'être séparé de ses amis d’Ontario.
La plus forte opposition vient de cette province d'Ontario, qui semble vouloir traiter à son point de vue seulement toutes les questions qui intéressent le pays en général. Nous avons beaucoup
d'amis dans Ontario ; mais, quant à nos adversaires, aussi longtemps qu'ils auront recours à ces procédés, ils resteront certainement à votre gauche, Monsieur l'Orateur,
Les réclamations féniennes ont fourni à l'honorable député de Durham-Ouest l'occasion de devenir très sentimental. A propos des jeunes gens qui ont perdu la vie et à propos des veuves, il nous a demandé si la garantie impériala comprendrait quelque dédommagement pour les familles qui ont souffert de l'invasion. Si l'honorable monsieur voulait bien iire nos estimations budgétaires, il y verrait que nous demandons l'ouverture d’un crédit à ces fins. Le gouvernement et le Parlement ont donc pour ceux auxquels s'intéresse le député de Durham-Ouest, une sympathie plus pratique que la sienne, puisqu'ils veulent venir de suite au secours des victimes, tandis que lui voudrait attendre qu'il ait été satisfait à nos réclamations. Le Canada, d’ailleurs, eût-il reçu de l’argent au lieu d’une garantie, cet argent n'aurait pu être distribué plus tôt à ceux qui ont subi des pertes ou ont été blessés, et aux familles ayant perdu quelqu'un de leurs membres,
Je m'adresserai maintenant à mes amis de Québec qui depuis vingt ans m'ont témoigné leur confiance, que j'ai dirigés si souvent dans les combats parlementaires, et dont les votes, quoique n'étant pas toujours populaires sur l'heure, avaient du moins le mérite de représenter la justice et le droit. Tels ont été leurs votes sur la Confédération, sur les légitimes revendications de la Nouvelle- Ecosse, sur l’organisation, en provinces, de Manitoba et de la Colombie-Britannique. Sur toutes ces questions, Ontario a vacillé, mais non pas Québec. Aujourd’hui, qu'il s’agit d’un traité international, je verrai, je l'espère, les députés bas-canadiens aussi solidement unis pour l’appuyer. Le député de Peel (M. Hylliard Cameron), a parlé de la perte que l'Angleterre a faite en perdant sa vieille amie, la France. Sans doute, nous devons regretter que la France ne soit plus comme autrefois cette puissante alliée de l'Angleterre. Mais il se trouve que dans notre Canada un tiers de la population est d'origine française. Combien il serait agréable pour l'Angleterre d'apprendre que mes compatriotes sort unanimes pour approuver le traité fait par elle et pour aider ainsi l'Empire à triompher de ses difficultés ! J'espère donc que les représentants de cette population française, voteront tous, oui, tous sans exception, la ratification du traité ! (Applaudissements.)
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SUR LA
PRONONCÉ LE 20 mar 1872
A LA CHAMBRE DES COMMUNES
La question des écoles du Nouveau-Brunswick revint devant la Chambre sous une nouvelle forme, A la séance du 20 mai 1872, M. Costigan proposa que la Chambre se prononçât en faveur du désaveu de la loi des écoles, passée par la législature de cette province, loi, qui, selon lui, était de nature à violenter la conscience des catholiques et à leur causer de graves préjudices. Il en résulta un intéressant débat auquel prirent part presque tous les membres importants ; ce débat dura même plusieurs séances, M. Bellerose, député de Laval, s'étant prononcé en faveur du désaveu, sir Georges Cartier réitéra l'opinion que, tout en étant regrettable, l'acte de la législature du Nouveau-Brunswick était dans les limites de sa juridiction. A une séance subséquente, M. Colby, député de Stanstead, proposa un amendement ainsi conçu : ‘“ Que cette chambre regrette que l'Acte des Ecoles de la province du Nouveau-Brunswick mécontente une partie des habitants de cette province, et elle espère qu'il sera modifié, à la prochaine session de la législature du Nouveau-Brunswick, de façon à faire disparaître toute cause de mécontentement.” L'amenderment de M. Colby obtint l'approbation du cabinet, et sir Georges Cartier lui donna sa pleine adhésion, à la séance du 29 mai. Cet amendemént fut adopté, ce même jour, par 117 voix contre 42, Pour : MM. Abbott, Archambault, Ault, Baker, Beaty, Blake, Blanchet, Bodwell, Bolton, Bowman, Bowell, Burpee, Cameron (Huron), Campbell, Carling, Carter, sir Georges Cartier, Cartwright, Chapwnan, Coffin, Colby, Connell, Crawford, (Brockville), Crawford (Leeds), Cumberland, Currier, DeCosmos, Doffie, Drew, Ferguson, Ferris, Forbes, Fortin, Gaucher, Gibbs, Gray, Grover, Hagar, Heath, Hincks, Houghton, Howe, Hurdon, irvine, Jackson, Jones, Keeler, Kempt, Killam, Kirkpatrick, Langevin, Laperme, Lamson, Little, Macdonald (Glengarry,) sir John Macdonald, McDonald (Lunenburg), McDonald (Middlesex), Mackenzie, Magill, Masson, (Soulanges), McCallum, McConkey, McGreevy, McKeagney, McMonies,
(Niagara,) Monroe, Nathan, Nelson, O'Connor, Oliver, Perry, Pickard, Pope, Pouliot, Ray, Redford, Robitaille, Ross (Prince-Edouard), Ross (Victoria, Nouvelle-Ecosse), Ross (Wellington), Ryan (King's, Nouveau-Brunswick), Rymal, Savary, Scatcherd, Schultz, Scriver, Smith (Westmoreland), Snider, Sproat, Stephenson, Stinton, Street, Sylvain, Thompson (Curiboo), Thempson (Haldimand), Thompson (Ontario), Tilley, Tourangeau, Tupper, Wallace (Albert), Wallace (Ile Vancoüver), Walsh, Weld, Wells, White, Welton, Whitehead, Wilson, Wood, Workman, Young, Total: 112, Contre : MM. Anglin, Barthe, Beaubien, Béchard, Bellerose, Benoit, Bertrand, Bourassa, Camoron, Carmichael, Caron, Cayley, Chauveau, Cheval, Cimon, Costigan, Coupal, Delorme (Provencher), Delorme (Saint-Hyacinthe), Dorion, Dugas, Fortier, Fournier, Gaudet, Geoffrion, Gendron, Godin, Holton, Joly, Lacerte, Mason, McDougall (Trois-Rivières), Paquet, Pelletier, Pinsonneault, Power, Pozer, Renaud, Ross, Ryan (Montréal-Ouest), Tremblay, Wright, Total: 42,
M. l'Orateur,
Je ne doute pas que l’auteur de cette motion ne soit animé d’un zèle honorable ; mais si ce que comporte l'adresse qu'il propose se réalisait, le sort de la majorité catholique de la province de Québec serait ensuite à la merci du Parlement fédéral. Les articles de l'Acte d'Union là-dessus, ont été rédigés après mûre délibération, parce que la matière était extrêmement délicate. L'adresse remettrait les droits des catholiques en Canada au pouvoir d'une majorité protestante,
Si la motion est opportune pour la minorité catholique du Nouveau-Brunswick, qu'est-ce qui empêcherait la minorité protestante du Bas-Canada de venir nous dire: “ Abrogez mainte nt la dernière loi de l'instruction publique passée à Québec.” L'instruction publique relève entièrement de la législature provinciale, et cependant, à entendre l'honorable député de Laval (M. Bellerose), le gouvernement fédéral devrait intervenir au Nouveau-Brunswick. Je prie l'honorable député de réfléchir avant de consentir à une pareille proposition, qui, si elle était acceptée, nous jetterait dans tous les dangers que l’on a voulu éviter à la Confédération, L'instruction laïque prévaut dans le Haut-Canada ; mais c’est là un système que des catholiques se résignent à supporter quand ils ne peuvent faire autrement.
On dit que les catholiques ne peuvent en conscience encourager
les écoles actuelles, 11 y a là, sans doute, une injustice ; mais si ln loi est injuste, elle ne pourra pas être maintenue longtemps. L'école commune dans le Haut-Canada est sous le contrôle des majorités ; seulement, quand une minorité s'élève à un certain chiffre, elle a droit à une école distincte, Dans le Bas-Canada, catholiques et protestants supportent les frais de l'école commune, La proposition que l'on a émise n'est donc pas exacte, Elle affirme que la loi est injuste, qu'elle a profondément inquiété les catholiques du Haut-Canada, qu'elle pourrait faire beaucoup de mal, et que, pour ces motifs, elle devrait être désavouée. Si le principe ainsi exprimé est bon, il faudrait aussi l'appliquer aux autres provinces, et, comme caholique bas-canadien, je ne puis pas lui donner mon adhésion,
A l'égard du désaveu, le député de Laval « admis que la décision du ministre de la justice est inattaquable. S'appuyant sur cette décision, le cabinet a conseillé au gouverneur général de ne pas désavouer la loi, Il n'en pouvait être autrement, sous l'empire de l'article de l’Acte d'Union, qui attribue aux législatures provinciales les matières relatives à l'instruction publique. J'ai beaucoup insisté là-dessus dans la discussion du projet d'Union, car je voulais que la province de Québec pût posséder ce droit, Il fut aussi stipulé qu'aucun droit existant à l’époque de la Confédération ne pourrait être méconnu, que les privilèges dont jouissaient les catholiques en Onlxio seraient confiés aux protestants de Québec, et que tout système d'écoles séparées «1 usage serait maintenu. En cas d'infraction à cette dernière convention, il y aurait appel au gouverneur général en conseil, parce qu'il ne conviendrait pas de soumettre la majorité catholique de Québec à la majorité protestante du Parlement fédéral. L'appel au gouverneur en canseil se décidera toujours selon la justice et avec le respect des droits de chacun.
J'espère quel’auteur de la motion comprendra la fausse position dans laquelle il s'est engagé. On ne saurait prétendre que la loi visée prévoyait l'établissement d'écoles séparées, et le désaveu ne pourrait donc avoir aucune raison d’être, Le désaveu devait se faire dans le délai d'un an. Comme ce pouvoir n’a pas été exercé, on ne saurait le faire revivre.
Cette motion constitue une attaque contre le gouvernement, A-t-il bien ou mal conseillé Son Excellence? A la Chambre de
prononcer. C'est véritablement saper par les bases le gouver-
nement responsable, que de demander à la Chambre d'aviser le gouverneur, Je crois la motion plus qu'imprudente, mais je n'en blämerai pas trop l'auteur, cur toutes ces discussions ont pour résultat de jeter de ln lumière sur l'Acte de Confédération et d'en bien faire saisir l'esprit. L'honorable député hésitera pout-être maintenant à pousser plus ‘loin sa proposition : du reste, le débat qu'elle a soulevé ne peut manquer d'influer sur le gouvernement du Nouveau-Brunswick,
SÉANOE DU 29 MAI
Cotte question pout être divisée en deux parties principales : en premier lieu, l'Acte adopté mérite-t-il approbation ? deuxièmement, le Parlement avait-il le pouvoir d'intervenir ? Il s'agit d'abord d’une question de principe et ensuite d'une question de droit, Les vues exprimées par le député de Victoria (M. Costigan), sont sans aucun doute partagées par toute la Chambre, muis un point plus important reste à traiter, et j'en suis venu à la conclusion qu'il est tout à fait en dehors de la juridiction du Parlement d'intervenir, C’est pour les meilleures raisons du monde que le sujet de l'éducation a été attribué à la juridiction des gouvernements locaux, et si ces gouvernements ont juridiction exclusive en cette matière, comment le Parlement du Canada peut-ilintervenir ? En agir ainsi, serait créer le plus dangereux précédent, au cas où les protestants de la province de Québec deviendraient mécontents de sa législation, ils pourraient alors en appeler au Parlement fédéral, pour la faire abroger. Je ne crois pas que le député de Victoria ait exprimé le sentiment des catholiques des province d'Ontario et de Québec. Le True Witness du 10 mai, est pleinement rangé du côté du ministre de la justice, et ce journal passe pour refléter l'opinion des catholiques de la province de Québec. La loi passée par le Nouveau-Brunswick est constitutionnelle et je ne vois rien qui puisse justifier le gouvernement du Canada de la désavouer, Nous pouvons tous avoir à cœur de rendre justice au Nouveau- Brunswick ; mais la Chambre doit rester dans les limites de la loi. Sur la question de savoir si le principe en vertu duquel cette loi a été passée est juste ou non, je dois dire que je ne suis pas du même avis que le député de Saint-Jean, Le meilleur moyen pour moi d'attaquer, par la législation, le mal dans sa racine et de prévenir le crime, est de fonder des écoles confessionnelles puisqu'il est de
toute importance de fagonner l'esprit de la jeunesse do manière à ce qu'elle ait conscionce de ses devoirs onvers son Créateur, Que serait une nation qui n'aurait pas d'assises plus solides que sa prospérité matérielle ? Le meilleur élément de force pour un pays, consiste dans les principes religieux de ses gouvernements, C'est ce que l'archidincre (archdeacon) Lench vient d'exprimer à Montréal dans une éloquente confére:.ce sur la nécessité de l'éducation vel’... Nous devons tous être convaincus de cette vérité, et je crois qu'il serait mieux pour nous de n'avoir qu'un système d'éducation dans tout le Canada. Mais au point de vue légal, la
hambre n'a pas, suivant moi, le droit d'intervenir, et j'appuierai l'amendement soumis par le député de Stanstend, Il n'y a rien d'inconséquent dans cet amendement, Ce n'est que l'énoncé de de l'opinion du Parlement du Canada, et il n'y a pas de doute que la législature locale reprendra ce sujet en considération,
SUR LE
Les élections générales de 1872 eurent lieu dans les mois de juillet et août. Sur les dix premières, neuf :urent remportées par les conservateurs, ce qui faisait présager pour eux un succès éclatant. Le parti libéral du Bas-Canada subit une transformation apparente et prit le nom de parti national qu'il ne tarda pas à quitter pour arborer ses anciennes couleurs. Plus tard encore, il reprendra le titre de parti national, lors de la tourmente rielliste (1885), pour redevenir subséquemment le parti libéral. Pour mieux donner le change, l’on annonça que M. Dorion qui partait pour l'Angleterre, se retirait de la politique; mais ce n’était qu’une feinte, ses amis le firent élire à la fin de la campagne contre M. Coupal, ancien député de Napierville. Le nouveau parti choisit M. L.-A. Jetté, aujourd’hui juge de la Cour Supérieure, pour son candidat à Montréal-Est, et engagea une lutte acharnée contre sir Georges Cartier. Il s'évertua surtout à convaincre les électeurs que le chef conservateur refusait toute protection aux minorités, qu'il avait foulé aux pieds les droits des catholiques dans l'affaire des écoles du Nouveau-Brunswick, et qu'il trahissait leurs inté: êts dans la localisation projetée du chemin de fer du Pacifique. Ce dernier cri de guerre était d'autant plus injuste que sir Georges Cartier avait alors réussi à unir les deux compagnies rivales, qui se disputaient le contrat de la construction du chemin, et à assurer la prépondérance à sir Hugh Allan, dont les vastes intérêts étaient concentrés à Montréal. Cette fois encore, sir Georges Cartier avait fait triompher les intérêts bas-canadiens, mais le peuple, toujours trop facile à duper, faillit le lapider en récompense d’un service aussi éclatant. Sir Georges Cartier ouvrit la campagne, le 9 août, dans une grande assemblée publique sur la Place Saint-Jacques, en face de l’église de ce nom. Il était accompagné de sir Hugh Allan qui attesta hautement que le chef conservateur avait réussi à protéger tous les intérêts qui lui étaient confiés en rapport avec cette grande entreprise. Tous deux ne purent parler qu’au milieu de violentes interruptions,
des œufs pourris furent même lancés à sir Hugh Allan. Voici quelques-unes des paroles de sir Georges que l'on put saisir à travers les cris d’une bande de braillards, qui, évidemment, avait été organisée pour la circonstance :
Messieurs,
Je m'aperçois qu'il y a dans cotte assemblée des gens venus pour nous interrompre ; nous pourrions en avoir bientôt raison, mais il vaut mieux ne pas les maltraiter, quitte, s’il le faut, à les livrer à la police.
Si j'ai tardé à vous adresser la parole depuis le commencement de Ja lutto, vous me le pardonnerez facilement quand vous en connaîtrez la cause. J'ai essuyé une maladie qui m'a retenu chez moi pendant plusieurs jours pour obéir aux ordres des médecins quime condamnaient au repos. Tout ministre que je sois, je ne suis malheureusement pas plus exempt qu'un autre des maux qui affligent la nature humaine, Mais le temps n’a pas été perdu, vous avez vaillamment engagé la lutte et vous méritez de triompher. Je dis : vous méritez de triompher, car, romarquez le bien, dans cette lutte, vos intérêts sont en jeu plus que les miens et si nous l'emportons, comme j'en ai l'espoir, ce triomphe sera le vôtre. (Applaudissements.)
Quant à moi, ancien représentant, je viens vous demander la continuation dé votre confiance, pcur que je puisse comme par lo passé me consacrer à la défense de vos intérêts et de ceux du pays.
J'ai un adversaire, Qui est-il? Je le connais à peine. Je ne puis l’attaquer. Il est sans passé politique, et, par conséquent, il échappe à la louange et au blôme. Comme il n’a aucun titre particulier à vos suffrages, il me semble que sa conduite est nonseulement hardie mais téméraire,
Je me présente devant vous avec vingt-cinq ans d'expérience politique, après avoir occupé des positions importantes dans le gouvernement du pays pendant dix-sept ans. I‘on peut trouver des actes à critiquer dans ma carrière politique, tout homme est peccable ; mais je puis vous dire, en toute sincérité, que j'ai toujours travaillé à obtenir pour mes compatriotes, la plus grande somme d'avantages et de bonheur possible. J'ai défendu leurs droits
sans jamais broncher et sans jamais empiéter sur ceux des autres nationalités. Tel a toujours été le but de ma vie politique.
Depuis quelque temps, l'on parle beaucoup du chemin de fer du Pacifique et l'on cherche à tromper le public sur cette question. Comme je vous l'ai dit, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, j'ai été chargé par mes collègues de présenter un bill relativement à cette grande entreprise, Les adversaires du gouvernement se sont efforcés de mettre ma sincérité en doute dans cette affaire. Ils ont osé dire que je voulais nuire aux intérêts de la partie de la ville que je représente, La sottise et la méchanceté ne pouvaient aller plus loin, J'ai fait tous mes efforts pour favoriser vos intérêts et j'ai toujours voulu que Montréal eût la part du lion. (Applaudissements.)
J'ai le plaisir de vous annoncer que les deux compagnies qui offraient de construire le chemin se sont abouchées, et qu'elles sont parfaitement d'accord. Elles veulent construire le chemin du Pacitique de façon à sauvegarder vos intérêts, Dans l'instant, vous entendrez sir Hugh Allan vous dire que j'ai fait tout en mon pouvoir pour notre ville et le Bas-Canada, et que Montréal sera le principal terminus de cette grande voie ferrée. Il est facile d’exciter les préjugés, de faire naître les soupçons dans une affaire de ce genre. Mais le temps est arrivé de réfuter les mensonges et de dissiper les doutes. ({nterruptions violentes.)
Il me serait facile de baillonner ces braillards, je n'aurais qu’un mot à dire, mais, je le réitère, je ne veux pas qu'on les maltraite, qu'ils se fatiguent à crier,
J'espère que les explications que j'ai données et qui seront appuyées par celles de sir Hugh Allan, apaiseront les craintes et feront taire les gens qui parlent à tort et à travers de choses qu'ils ne connaissent pas. Le chemin do fer du Pacifique se terminera à Nipissing, auprès du lac ; c’est une nécessité géographique. La compagnie construira de là à Montréal un chemin qui vous donnera virtuellement le terminus du Pacifique. Sir Hugh Allan s'en chargera.
Savez-vous pourquoi, Messieurs, certaines gens s'obstinent à m'interrompre ? C’est parce que je viens de vous annoncer cette bonne nouvelle. Voilà ce qui les met en fureur, Ils auraient été si heureux si je n'avais pas réussi. Leurs cris de fureur se changeront avant longtemps en cris de détresse et de chagrin.
À la dernière session, j'ai travaillé avec mes collègues à améliorer la condition des classes ouvrières. J'ai voulu leur donner le droit
de se réunir et de défendre leurs intérêts. J'espère que les électeurs de Montréal s'en souviendront. J'espère aussi qu'ils se rappelleront que la loi qui protège les ouvriers a été combattue par MM. Mackenzie et Holton, amis de M. Jetté.
Nous avons aussi diminué les taxes, protégé l'industrie, tandis que les libres-échangistes, comme M. Holton et M. Young, auraient voulu une politique toute contraire. Jugez par là quels sont les meilleurs amis. Mon passé est le meilleur gage de ce que je ferai à l’avenir, et je compte sur la confiance que vous me témoignez depuis tant d'années pour sortir victorieux de la lutte. (Acclamations, mêlées de vociférations.)
PRONONCÉ LE 19 aourT 1872