M CHUTE DU MINISTÈRE HINCKS-MORIN
la législature. D'ici à quelques semaines nous nous trouverons en fhce de nos électeurs. Il s'agit donc de savoir si nous devons renverser le ministère, en adoptant d3 amendements qui équivalent à des votes de non confiance, pour le remplacer par des adversaires politiques, ou bien s'il n'sst pas préférable que les membres de notre parti engagent la lutte avec l'appui et l'influence de l'administration.
Une grande question domine la situation, l'abolition de la tenure seigneurinle, Les opinions des ministres nous sont connues, Elles comportent que cette question doit être réglée de fagon à ne pas ruiner les censitaires,
On reproche des lenteurs au gouvernement dans le règlement de cette question, Or, elles ne sont rien, comparées aux délais et aux accidents qui peuvent résulter de la formation d'un nouveau cabinet, Les ministres ont déclaré que les élections auront lieu bientôt et qu’une session sera convoquée prochainement, Qu'il se forme un cabinet nouveau, ne pourra-t-il pas ajourner à la prochaine session de façon à prolonger son existence jusqu'à la fin de 1855, et retarder ainsi indéfiniment le règlement de la question seigneuriale ?
La situation se réduit à ceci: le pays a d’habiles ministres qui ont bien gouverné, et d'autre part, la question seigneuriaie et la question des réserves du clergé ne peuvent être résolues à cette session, quoiqu'elles doivent l'être sous peu, Ce que veulent les auteurs des amendements à l'adresse, ce n’est pas le règlernent de ces questions, muis la chute du ministère, Ce qu'ils veulent euxmêmes, c'est arriver au pouvoir, S'ils réussissent dans leur projet, d'avance je dis qu'ils seront très blâmables aux yeux du pays.
Ces messieurs paraissent insister bien fortement sur 'e règlement de ces questions, En est-il un seul qui ait dit ‘le quelle manière, selon quel mode ce règlement devrait s'effectuer ? Ils se plaignent que le ministère ne légifère pas. Sont-ils eux-mêmes prêts à légiférer ?
L'honorable député de Montmorency n’est ni sincère ni sérieux en proposant son amendement ; tous sos collègues savent combien ilest resté muot, indifférent, quand la loi seigneuriale a été discutée à la dernière session, S'il a voté pour la loi, c’est qu'il ne pouvait faire autrement, Chacun, d’ailleurs, savait qu'il était plutôt en faveur des seigneurs que des censitaires. I] lui est impossible de donner le change. Peut-on, en pareille matière, comparer sa
sincérité à celle de l'honorable procureur géné” :! du Bas-Canada (M. Drummond), qui a tant travaillé pour obtenir l'adoption de cette mesure ; de l'honorable commissaire des terres (M, Morin), dont l'intelligence, les connaissances, la droiture sont proverbiales ; de l'honorable inspecteur général (M. Hincks), dont le zèle, l'influence et les qualités financières ont puissamment contribué à faire voter par les députés du Haut-Canada le crédit nécexsaire pour payer l'indemnité des seigneurs dans le but de faciliter la commutation et de soulager d'autant les censitaires ?
Pour mieux comprendre le manque de sincérité du député de Montmorency, voyons d'abord qui lui sert de second : l'honorable député du Saguenuy (M. de La Terrière), un seigneur, l’un de ceux qui ont le plus combattu le règlement de cette question à la der. nière session, Ceux qui l’appuient sont également des hommes qui ont voté contre la loi seigneuriale, surtout parce que l'indemnité devait être payée aux seigneurs à même les fonds publics,
Nous n'avons pas oublié la motion présentée à la session der. nière par l'honorable député de Kingston (l'honorable J.-A, Macdonald), portant qu'il serait injuste de payer l'indemnité des seigneurs sur le revenu consolidé de la province. Or, les députés qui ont appuyé cette proposition ont dénoncé pour la plupart la loi seigneuriale, La convention anti-seigneuriale tenue à Montréal, demandait aussi Que l'abolition des droits féodaux fût réglée à l'aide des deniers de la province.
Chacun se rappelle que ceux qui ont voté à la dernière session pour la loi, ont été traités comme s'ils eussent été des voleurs de grand chemin. Et pourtant l'honorable député de Montmorency, qui a un journal important et une plume bien taillée, est resté indifférent à la discussion de cette mesure,
Le député de Saint-Hyacinthe occupe également une position bien étrange, bien extraordinaire. Il a refusé d'accepter un portefeuille, fort bien ; mais s’il est excusable d’avoir dédaigné un portefeuille, il ne l’est pas d’essayer de renverser le ministère, et de causer un grand tort au parti auquel il appartient. Entre le député de Saint-Hyacinthe et le député de Montmorency, il y a cette différence que le dernier n’est pas inconséquent dans son opposition au ministère, puisqu'il a toujours travaillé à le renvorser, tandis que l’autre prétend qu'il n’est jamais passé à l'ennemi et qu'il veut rester fidèle à son drapeau. Celui-ci n’a pas le droit de démolir sans être prêt à édifier. On ne provoque pas une crise