‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 44 sur 247 · ÉLOGE FUNÈBRE DE LUDGER DUVERNAY · texte numérisé non relu

ÉLOGE FUNÈBRE DE LUDGER DUVERNAY

qu'il pût dire être la sienne. L'impuissance dans laquelle il se trouvait d'acquérir le plus petit coin de son Irlande, a été le plus rude coup porté à sa nationalité. Mais quel heureux changement ne voyons-nous pas 8e réaliser maintenant ? La loi dite The law of incumbered estates, qui autorise la vente, en lots de 50 à 200 acres, d'immenses territoires possédés jusqu'alors par de grands propriétaires qui n’en retiraient de profits ni pour eux, ni pour leurs tenanciers, n’est en vigueur que depuis quelques années, et déjà des millions d'acres ont été vendus par morceaux à des Irlandais. Certains maintenant d'y devenir propriétaires, un grand nombre des fils émigrés de l'Irlande reprennent lu route de leur pays.

Jetez aussi les yeux sur la France, cette chère patrie de nos ancêtres. Pourquoi y voyons nous l'esprit national aussi fort et aussi vigoureux ? C’est que le Français est uni par la propriété à la terre qu’il habite. Un écrivain, dans un moment de délire, a oxé proclamer que la propriété, c'est le vol... Maxime blasphématoire et délétère ! Maxime destructive du travail de toute nationalité ! En effet, le travail existerait-il, s’il n'avait la propriété pour but et pour rémunération ? Et sans la propriété, pourrait-il exister une nationalité et une patrie ? Remarquons que la même nécessité de tenir au sol à titre de propriétaire pour le maintien de notre nationalité, existe également pour les membres des sociétés-sœurs nationales. La lutte qui doit se livrer entre nous et les membres de ces sociétés pour la possession du sol, doit être une lutte de travail, d'économie, d'industrie, d'intelligence et de bonne conduite, et non pas une lutte de race, de préjugés et d'envie. Le Canada a de l’espace : il en a pour eux, il en a pour nous, il en a pour tous. Nos horizons sont sans bornes.

Les principales races qui habitent le CanaGa descendent des deux grandes nations européennes réunies aujourd’hui sous les mêmes drapeaux pour empêcher une nationalité affaiblie de succomber sous la loi du plus fort. Comment pourraient-elles s'empêcher de vivre en harmonie sur cette terre qui est leur propriété commune ? Dans cette lutte toute pacifique, souvenonsnous que, si le majestueux érable est le premier des arbres de la forêt, et croît toujours sur le meilleur sol, les Canadiens-Français doivent comme lui prendre racine sar le sol le plus fertile et le plus avantageux ! Oui, l’érable, dont la feuille orne la poitrine des Canadiens-Français au jour de la célébration de notre fête

nationale, comme elle ombrage la tombe de nos frères décédés, doit pousser sur un 80] qui soit le nôtre, Fasse le ciel que jamais n'arrive le jour où le Canadien-Français aura cessé d'en être le propriétaire, car ce jour-là finira notre nationalité !

Réunis en ce moment près de la tombe de notre fondateur, prenons l'engagement solennel de travailler pour le maintien de nos institutions, ot d’unir toutes nos forces et toutes nos volontés pour étendre de plus en plus notre domaine dans ce beau et grand pays! En accomplissant cette promesse, nous remplirons les vœux du courageux patriote dont nous déplorons aujourd'hui la perte. Oui, avant de nous séparer, bénissons le nom de l’homme regrotté, qui a si puixsamment contribué au développement de notre nationalité en créant parmi nous l'esprit d'association,

Il me reste un devoir à accomplir, c'est de remercier, au nom de l'association Saint-Jean-Baptiste, les membres du clergé, les autorités civiques, les sociétés littéraires, religieuses et de tempérance, les professeurs et élèves de nos maisons d'éducation, les officiers de la milice et de la cavalerie canadiennes, les membres de la presse, les compagnies de pompiers et les corps de musiques, pour le généreux concours qu'ils ont bien voulu nous prêter en cette circonstance mémorable.

Un mot, et je termine. En face du mausolée que la reconnaissance de tout un peuple a élevé à la mémoire de Ludger Duvernay, et à côté duquel ! nous viendrons tous reposer au terme de la vie, laissez-moi vous donner l'assurance que, si la politique me tient éloigné de vous, je n'en continuerai pas moins de combattre de toutes mes forces pour les droits et les intérêts de notre association patriotique.

1 Le corps de Cartier repose sur une éminence, à quelques arpents de celui de Ludger Duvernay.

SUR

L'INSTRUCTION PUBLIQUE DANS LE BAS-CANADA— LE COMMERCE AVEC LES ÉTATS-UNIS

A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

La deuxième session du cinquième Parlement s'ouvrit le 15 février 1856. Le discours du trône annonçait, entre autres choses, une mesure pour rendre électif le Conseil législatif, et une autre pour l'organisation d'une police provinciale, M. A.-A. Dorion proposa un premier amendement à l'adresse, dans lequel il reprochait au gouvernement l'absence de mesures relatives à l'instruction publique et au commerce. I] fit un tableau très sombre de l'état de l'éducation dans la province. D'autre part, MM, Galt, Young, Cayley, Hartman, Stevenson, Ferres, Bellingham, traitèrent de l'avenir commercial du pays. après quoi l'amendement de M. Dorion fut repoussé par une majorité de 23 voix. Au cours de ce débat, M. I.-l, Thibaudeau, député de Portneuf, prononca les paroles suivantes : ‘‘ Les re résentants du Bas-Canada doivent de la reconnaissance à l'honorable secrétaire provincial pour la façon triomphante dont il a répondu au député de Montréal (M. A.-A. Dorion). Assurément les habitants du Bas-Canada trouvent un bien faible sujet de satisfaction dans les paroles prononcées ce soir par le député de Montréal, et ils n'auront guère lieu de le remercier d’avoir pour ainsi dire donné raison aux paroles attribuées naguère à un personnage haut placé. Certaines expressions trouvées, nous assure-t-on, dans le discours prononcé par Son Excellence le Gouverneur général, à Hamilton, furent dans le temps bruyamment critiquées par quelques personnes intéressées à soulever la population du Bas-Canada, Mais ces paroles eussent-elles été réellement prononcées par le gouverneur, ce qui n’a jamais été établi, seraient moins injurieuses, beaucoup moins blessantes, surtout dans la bouche d'un étranger peu au courant de notre état social, que ne l’est la peinture faite ce soir par le député de Montréal, que cette peinture soit remplie ou non de fausses couleurs. Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es! Aussi avons-nous lieu d’être surpris de voir un Canadien.

Français confondu dans les rangs du parti où se trouve le député de Lambton (M. George Brown), qui a pour organe le Globe, cet ennemi acharné de notre race et de notre religion."

M. l'Orateur,

J'ai écouté avec beaucoup d'attention le discours de l'honorable député de Montréal (M. A.-A. Dorion) sans avoir pu trouver le correctif dont sa proposition avait besoin, On pourrait en conclure que le Bas-Canada est dans un état d'ignorance déplorable, mais je dois dire que cette prétention cest fausse, et que non seulement le Haut mais le Bas-Canada a été félicité par des hommes importants de la république voisine sur ses progrès intellectuels. Le Bas-Canada présente à nos yeux une augmentation considérable dans le nombre des écoles et des élèves. Cette augmentation est la meilleure réponse aux assertions de M. Dorion et des journaux grits du Haut-Canada, qui s'évertuent à déprécier les Bas-Canadiens, c'est-à-dire ceux qui professent la religion catholique. C'est ainsi qu’en 1853, le nombre des écoles était de 2,352, en 1854 de 2,571, tandis qu'il s'élevait en 1855 à environ 3,000. Le chiffre pour le Haut-Canada est de 3,250. La différence n'est pas aussi grande qu'on pourrait le croire entre le Haut et le Bas-Canada pour ce qui est de l’enseignement élémentaire. Le Bas-Canada a l'avantage dans l’enseignement supérieur. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les étudiants qui sortent chaque année des collèges et universités du Haut-Canada avec ceux du Bas-Canada.

M. Wisson (London).—Que deviennent-ils tous ?

M. Carrier.—Tous, je suppose, sont de vos amis, et le reste du Bas-Canada, à vos yeux, doit être plongé dans une ignorance profonde. J'ai lu dans un journal, qui n’est pas suspect de partialité sur ce point, que les grammar schools Au Haut-Canada, où l'on enseigne les langues mortes, reçoivent des élèves incapables de lire et d'écrire.

PLUSIEURS Vorx.—Nommez le journal.

M. CaRTIER.—Je ne désire pas le nommer.

PLusrEuRs voix.—Nommez-le, :

M. CARTIER.—Puisqu'on insiste, je dirai que ce journal est le Globe. De l'extrait que je vais lire il résulte que les salaires des instituteurs dans les grammar schools ont été réduits l'an dernier de onze à dix mille louis dans le Haut-Canada, et que, sur cent

de ces écoles, cinquante-six admettaient des élèves incapables d'écrire, et que trente-deux sur cent en recevaient qui ne savaient pas lire. De plus, je connais une de ces écoles dans le Haut-Canada que l'on a dû fermer faute d'élèves.

Le New York Herald reconnaît que, partout dans le Bas-Canada, on répond avec empressement aux eflorts qui se font pour répandre l'instruction publique. Et cependant il ne manque pas de gens qui essaient de soulever les préjugés des cultivateurs contre l’éducation. Mais ces préjugés disparaissent rapidement, et je ne connais aujourd'hui qu'une seule paroisse qui n'ait pas d'école élémentaire.

Je ne crains pas d'ajouter que maints comtés du Bas-Canada pourraient soutenir avantageusement la comparaison avec ceux du Haut-Canada, sous le rapport des élèves dans les écoles communes et supérieures. Un seigneur du Bas-Canada a constaté en renouvelant son terrier, que, sur cinquante cultivateurs, trois seulement ne pouvaient signer leurs noms. Le comté de Verchères, je suis fier de le dire, peut être comparé avec n'importe quel comté du Haut-Canada quant au nombre des écoles et des élèves,

On a parlé d'écoles normales ; eh bien! le gouvernement est prêt à en établir dans le Bas-Canada dès que la Chambre votera le crédit nécessaire. Jusqu'ici une seule école normale a été subventionnée, mais elle est insuffisante, et il en faudra au moins trois.

L'honorable député de Lincoln (M. W.-H. Merritt),—je dois dire qu'il n’est aucun de mes honorables collègues que je respecte davantage—se rappelle peut-être que, lorsque je siégeai pour la première fois dans cette Chambre, qui tenait alors ses réunions à Montréal, je n’hésitai pas à le défendre quand il y fut attaqué à cause de ses discours en faveur du canal Welland. On prétendait que la dépense à faire serait au profit exclusif du Haut-Canada. Je ne craignis pas de répondre que cette entreprise profiterait non seulement au Haut-Canada mais aussi au Bas-Canada, puisque le canal amènerait les produits agricoles de l'Ouest aux ports de mer de Montréal et Québec. Oui, je soutins hautement qu'il profiterait d'une manière permanente au Bas-Canada. Il en sera ainsi de toutes les entreprises qui, exécutées dans la région supérieure, auront pour but de faire écouler les produits de l'Ouest jusqu’au bord de la mer. J'ai même dit au député de Lincoln, en une certaine occasion, qu'il n'avait pas à s'occuper de son monument

pour quand il ne serait plus, que le canal Welland rappellerait tout aussi bien sa mémoire que le canal Érié rappelle le nom de De V'itt-Clinton.

Malgré mon respect pour l'honorable député, je ne puis m’empêcher de différer avec lui sur quelques points. Lorsque l’honorable député songea à construire le canal Welland, il espérait sans doute que la protection accordée aux produits américains transportés sur les eaux canadiennes serait continuée par la Grande- Bretagne ; jusque même en 1849, personne ne songeait au changement que le tarif a subi depuis ; mais, malgré ce changement, l'honorable député ne s’est pas trompé dans ses calculs à l'égard du canal Welland, puisque le trafic n’a pas cessé d'augmenter. Sous d’autres rapports, l'honorable député s'est plaint que le commerce s'éloignait du pays. Ceci a eu lieu parce que ce commerce ne s'étayait d’abord que sur des tarifs.

Je crois devoir en prévenir mon honorable ami, je crains que pour ie commerce, dont il fait sa spécialité, il n'ait aujourd'hui un sérieux rival dans la personne de l'honorable député de Montréal (M. John Young). Cet honorable monsieur x publié un rapport favorable eu canal de Caughnawaga, mais son discours m'a convaincu que son projet est plutôt favorable aux intérêts de New-York qu’à ceux de Montréal. Si ce projet s’accomplissait, je crois que les citoyens de Montréal n’en retireraient d’autre bénéfice que celui de voir le commerce de leur ville prendre la route des Etats-Unis par la voie du lac Champlain. Dût-il augmenter le revenu des canaux, il n'ajouterait pas au commerce que possèdent Montréal et Québec. Si les canaux de New-York ne sont pas dans un état florissant, c’est qu'ils souffrent de la concurrence des chemins de fer.

Le canal de l'Érié est un fiasco comparé au chemin de fer. J'ai en main le rapport de l’auditeur du canal, qui recommande l’imposition de péages sur le chemin de fer afin de permettre au canal de soutenir la concurrence. Autrement l’on devra avoir recours à la taxe directe pour payer les dépenses du canal. Quoi qu’en ait dit le député de Lincoln, l'état financier du canal de l'Érié est tel que, par la constitution de 1846, il avait un fonds d'amortissement de $1,300,000 à payer, outre l'intérêt de la dette. Le mauvais succès du canal Érié ne doit pas nous effrayer. En outre, l’honorable député de Montréal semble avoir oublié que le commerce de New-York n'est pas aussi considérable qu'autrefois, eu égard à

l'accroissement de sa population. Il y a cinq ans, la population de cette ville était de 500,000 âmes, et depuis le recensement de 1855, elle ne dépasse guère maintenant 600,000. On croit cependant qu’elle atteindra bientôt 750,000. Et pourquoi son commerce n'est-il pas plus considérable ? Parce que New-York a des concurrents pour le commerce de l’intérieur et de l'extérieur. Boston, avec ses steamers océaniques et ses nombreuses lignes de chemin de fer ; Philadelphie, avec ses chemins de fer et le commerce du lac Érié, et, dans une certaine mesure, la Nouvelle-Orléans, sont devenues des villes rivales pour le commerce qui autrefois se concentrait à New-York.

Je ne suis pas de ceux qui voient tout en noir. Je préfère les prespectives encourageantes. J'ai foi dans nos populations, dans nos ressources, dans l'avenir. Si le commerce de Montréal ou de Québec n’est pas aussi considérable qu’il devrait l'être, cela est dû principalement à la dépression subis par le commerce du bois. Mais il n’y a pas lieu de désespérer.

La Nouvelle-Orléans a aussi éprouvé une diminution dans son commerce, cependant ni New-York, ni la Nouvelle-Orléans, ni Montréal ne se sont crues alors ruinées. Montréal est encore la plus belle ville de l'Amérique britannique du Nord, celle qui montre la plus grande somme d'entreprise. Mais, si Baltimore et Philadelphie sont toutes deux éclipsées par New-York, comment peut-on croire qu'une ville de 75,000 âmes puisse soutenir les concurrences à l’égal d’une ville de 620,000 âmes ?

SUR LE

NUMÉRAÏIRE PROVINCIAL

PRONONCÉ LE 26 Mans 1856

A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

M. Mackenzie (Haldimand) propose, appuyé par M. Dewitt, la résolution suivante : “Après le 31 janvier 1857, il n'y aura qu'un système monétaire ayant le dollar pour l’unité principale et la plus élevée. Les comptes publics seront en dollars, cents et mills, et l'argent monnayé aura la même valeur intrinsèque qu'aux Etats-Unis.” MM. Cayley, Cartier et Brown prennent part à la discussion, et la Chambre rejette la proposition par 58 voix contre 37.

M. l’Orateur,

L'honorable député de Haldimand (M. Wm. Lyon Mackenzie) devrait être satisfait des explications qu'il a entendues. Bion quele principe du système décimal ait été affirmé, il veut cependant aller plus loin encore; c’est-à-dire que la Chambre se prononce pour l’añoption du dollar américain, comme unité monétaire,

M. MAokENZIE.—Pour le système actuel du dollar divisé en cents et mills.

M. Carrier.—L'opinion publique voudrait que nous eussions un cours monétaire décimal qui facilitât le plus possible nos relations commerciales avec les Etats-Unis, et aussi avec l'Angleterre et les autres nations européennes. Il ne faut pas oublier que notre commerce avec l'Angleterre représente plus des deux tiers de nos importations et exportations. Sans doute, notre commerce

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