‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 43 sur 247 · ÉLOGE FUNÈBRE DE LUDGER DUVERNAY · texte numérisé non relu

ÉLOGE FUNÈBRE DE LUDGER DUVERNAY

rable George-Etienne Cartier, un autre ami du défunt, qui avait partagé avec lui les angoisses de la lutte et les gloires du combat.

Le monument est une magnifique pyramide en picrre de taille, de trente pieds de haut. Sur une face on lit l'inscription suivante : “ À la mémoire de Ludger Duvernay, fondateur de la Société nationale canadienne de Saint-

Jean-Baptiste, décédé le 28 novembre 1852, à l’âge de 53 ans et 10 mois. La Société Saint-Jean-Baptiste fut fondée en 1834.” Sur une autre face : “ Ce monument, fruit de la munificence des membres de l'Association Saint- Jean-Baptiste, a été érigé en juin 1855. Cette pyramide est aussi le monument inaugural de ce cimetiére.”” Sur les deux autres faces se détache une couronne de feuilles d'érable avec castors.

Messieurs,

Obligé comme je le suis par mes devoirs publics de résider ailleurs qu’à Montréal, j'avais craint qu’il ne me fût pas possible de me rendre à l'invitation de la Société Saint-Jean-Baptiste, et de prendre part à la cérémonie solennelle de la translation des dépouilles mortelles de son digne fondateur. Je me félicite de ce qu'un heureux accident me permet d’assister à cette funèbre mais auguste cérémonie. Il convenait que le panégyrique si mérité du défunt fût prononcé par quelque membre de la société même qui lui doit son existence, et il ne pouvait être confié à une bouche plus éloquente que celle que nous venons d’entendre (l'honorable T.-J.-J. Loranger).

En déposant sous cette pyramide et à l'ombre de ces érables les cendres de Ludger Duvernay, nous rendons hommage à la vertu, en même temps que nous payons un tribut de recon..1issance.

Le fondateur de notre société ne voulait point que son œuvre finît avec lui. Son vœu le plus ardent était qu’elle lui survécût comme moyen puissant d'aider les Canadiens-Français à maintenir leur existence nationale. Aussi, nous serions indignes de notre nom, et nous fuillirions au désir de notre fondateur, si nous n’unissions tous nos effo:ts pour assurer la permanence de notre nationalité.

Le travail etla bonne conduite de chaque membre d'une société constituent une base solide, sont deux moyens de succès. Mais il ne suffit pas, pour les membres d'une nationalité, d’avoir contribué à son existence par leur travail et leur bonne conduite, il leur reste encore une grande œuvre à accomplir ; il leur reste

à en assurer la permanence. Inutile d'indiquer le moyen d'obtenir cette permanence. Vous le connaissez comme moi. L'histoire de toutes les nationalités, et surtout notre propre histoire le fait connaître suffisamment,

La population ne suffit pas à constituer une nationalité ; il lui faut encore l'élément territorial, La race, la langue, l'éducation et les mœurs forment ce que j'appelle un élément personnel national. Mais cet élément devra périr s'il n'est pas accompagné de l'élément territorial. L'expérience démontre que, pour le maintien et la permanence de toute nationalité, il faut l’union intime et indissoluble de l'individu avec le sol.

Canadiens-Français, n'oublions pas que, si nous voulons assurer notre existence nationale, il faut nous cramponner à la terre. Il faut que chacun de nous fasse tout en son pouvoir pour conserver son patrimoine territorial. Celui qui n’en à point, doit employer le fruit de son travail à l'acquisition d'une partie de notre sol, si minime qu'elle soit. Car il faut laisser à nos enfants non seulement le sang et la langue de nos ancêtres, mais encore la propriété du sol. Si plus tard on voulait s'attaquer à notre nationalité, quelle force le Canadien-Français ne trouverat-il pas pour la lutte dans son enracinement au 801? Le géant Antée puisait une vigueur nouvelle chaque fois qu'il touchait la terre : il en sera ainsi de nous.

Voilà un siècle, nous étions à peine soixante mille Canadiens- Français, disséminés sur les rives de notre beau Saint-Laurent, et aujourd’hui nous sommes au-delà de six cent mille, propriétaires d'au moins les trois quarts de nos fertiles campagnes. Je ne vois pas d’éventualité possible qui puisse donner le coup de mort à notre nationalité, tant que nous aurons la pleine possession du sol. Compatriotes, souvenons-nous toujours que notre nationalité ne peut se maintenir qu’à cette condition.

Jetez er ce moment les yeux sur l'Irlande, V' ez l’heureuse phase que traverse la nationalité irlandaise, en butte depuis tant d'années à des persécutions, à des difficultés de tout genre. Jusqu'à ces dernières années l'Irlande a été soumise à un système de lois sur la propriété, qui en rendait pour ainsi dire l’accès impossible à ses malheureux enfants. L’Irlanduis se trouvait en quelque sorte séparé du sol natal, qu’il occupait à la surface, il est vrai, mais dans le sein duquel il ne pouvait prendre racine, Aussi se voyait-il obligé de fuir sa chère patrie pour trouver une terre

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