DISCOURS SUR LA
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
La Reine s'étant prononcée en faveur d'Oltawa comme capitale, le ministère déclara qu’il exécuterait la décision royale et qu’il commencerait immédiatement la construction des édifices publics. Un amendement de M. Dorion qui désapprouvait le choix de la Reine, fut repoussé par une majorité de 18 voix. Plus tard, M. Dunkin et M. Brown ayant présenté chacun une motion concernant le choix de la capitale, M. Piché, député de Berthier, proposa comme amendement : ‘ Que dans l'opinion de cette Chambre, la cité d'Ottawa ne doit pas Ôtre le siége du gouvernement de cette province.” Cette motion fut adoptée par 64 voix contre 50, qui se répartirent comme suit: Pour: MM. Aikins, Baby, Beaubien, Biggar, Bourassa, Brown, Bureau, Burwell, Cauchon, Chapais, Christie, Cimon, Clark, Connor, Coutlée, Désaulniers, Dionne, Dorion, Dorland, Dubord, Foley, Fortier, Gaudet, Gauvreau, Gould, Harwood, Hébert, Hogan, Howland, Jobin, Labelie, Laberge, Langevin, Lemieux, Donald-A. McDonald, John-S. McDonald, Mackenzie, Mattice, Macdougall, McGee, McKellar, Morin, Mowat, Munro, Notman, Ouimet, Panet, Piché, Walker Powell, Price, Robinson, Ross, Rymal, Shit, Simard, Somerville, Stirton, Tassé, Thibaudeau, Turcotte, Wallbridge, White et Wright.—Contre : MM. Alleyn, Archambault, Bell, Bellingham, Benjamin, Buchanan, Burton, John Cameron, Campbell, Carling, Cayley, Cartier, Cook, Daly, Dawson, Drummond, Dufresne, Dunkin, Fellowes, Ferguson, Ferres, Gill, Gowan, Heath, Holmes, Lacoste, Laporte, Le Boutillier, Loranger, McBeth, John-A. Macdonald, McCann, Morrison, Papineau, Patrick, Playfair, Pope, William-F, Powell, Robin, Rose, R.-W. Scott, Sherwood, Sicotte, Simpson, Sincennes, Sidney, Smith, Talbot, Terrill, et Tett. M. Brown proposa ensuite l’ajournement de la Chambre, et, quoique sa motion fut rejetée par 61 voix contre cinquante, M. Macdonald se retira du pouvoir, le 29 juillet, 1858, parce que sa majorité venait principalement du Bas-Canada.
Sir Edmund Head s’adressa alors à M. George Brown pour l’inviter à furmer une administration, tout en l’informant qu'il ne devait pas compter sur une dissolution de la législature. Le cabinet étant au complet, M. Bureau proposa d'émettre un bref pour l'élection de M. Dorion qui avait été choisi pour chef de la section bas-canadienne ; mais sa motion fut repoussée par 71 voix contre 3l sur un amendement de M. Langevin, qui déclarait que la Chambre, tout en ordonnant l'émission du bref, ‘avait pas contiance dans l'administration. Ce vote entrainait la chute du ministère Brown-Dorion, qui insista vainement pour obtenir un appel au peuple, sir Edmund Head voulant épuiser tous les moyens de faire fonctionner le gouvernement avant de plonger la province dans les frais et les tracas de nouvelles élections générales après moins de douze mois. Le gouverneur tit mander d'abord M. Galt pour l'engager à former le ministère, et, sur son refus, il contia cette tâche à M. Cartier, qui obtint un succès complet, Aucun des nouveaux ministres ne se présenta devant le peuple pour être réélu suivant l'usage. Ils s'appuyaient sur le septième article de l’Acte de l'indépendance de la législature, lequel exemptait de la reélection tout ministre remettant un portefeuille pour en accepter un autre dans le délai d’un mois. Afin d'éviter cette élection, plusieurs ministres eurent un portefeuille différent de celui qu'ils tenaient au moment de la retraite du ministère Macdonald-Cartier, et le lendemain ils reprirent leurs anciens portefeuilles. Cette évolution fit grand bruit, et les adversaires la désignèrent par le nom de double shuffle, la double tromperie. Elle ne serait plus possible aujourd'hui, la loi de 1878 portant qu'un ministre ne sera exempt de la réélection, que s’il reprend son portefeuille, avant le mois révolu, dans un cabinet qui n'aura pas donné sa démission.
J'ai l'honneur d’infor mer la Chambre que, mercredi après-midi, le cabinet ayant donné sa démission, Son Excellence le gouverneur général invita l'honorable député de Sherbrooke (M. Galt) à former un nouveau gouvernement. Après quelques pourparlers, M. Gult déclina cette importante tâche. Sur son refus, Son Excellence exprima à M. Galt le désir que je me rendisse à l'hôtel du gouvernement. Le message de Son Excellence me fut communiqué tard mercredi soir, et il fut convenu que la conférence aurait lieu à dix heures le lendemain matin. A l’heure indiquée, je rencontrai Son Excellence, qui exprima son désir que j'entreprisse de former le ministère. Je répondis que je consentais, mais à condition que j'aurais le concours de mon honorable collègue, le procureur général du Haut-Canada. Son Excellence me donna carte blanche, J’ajoutai que l'honorable M, Macdonald, à cause
de l’état de sa santé, pensait à sortir de la vie publique, mais que j'avais l'espoir qu'il cèderait à mon désir. Je m'abouchai ensuite avec M. Macdonald, et c’est après beaucoup d’hésitation que mon honorable ami consentit à m'aider dans cette œuvre de la formation du nouveau gouvernement,
Je suis heureux de dire que nous avons réussi, mon honorable ami et moi, et que le ministère est au complet. Hier même, il a plu à Son Excellence de faire les nominations suivantes : l’honorable J.-A. Macdonald a été nommé membre du conseil exécutif et ministre des postes en remplacement de l'honorable M. Foley, démissionnaire ; j'ai été nommé membre du conseil exécutif et inspecteur général des comptes en remplacement de l'honorable George Brown, démissionnaire ; l'honorable P.-M, Vankoughnet a succédé à l'honorable A.-A. Dorion comme commissaire des terres de la Couronne ; l'honorable L.-V. Sicotte est devenu ministre des travaux publics à la place de l'honorable L.-H. Holton; l’honorable M. Belleau a accepté un portefeuille avec la charge de président du Conseil législatif à la place de l'honorable J. Morris ; l'honorable Charles Alleyn a remplacé l'honorable O. Mowat comme secrétaire provincial ; l'honorable Sydney Smith a été fait président du conseil en remplacement de l'honorable M. Thibaudeau ; l'honorable John Ross a été nommé receveur général à la place de l'honorable François Lemieux ; l'honorable George Sherwood est devenu aussi membre du conseil exécutif.
Ce matin, il a plu à Son Excellence de faire les nominations suivantes: l'honorable John Ross est nommé président du conseil à la place de l'honorable Sydney Smith, démissionnaire; l'honorable J.-A. Macdonald est nommé procureur général du Haut-Canada à la place de l'honorable John S. Macdonald ; je suis nommé procureur général du Bas-Canada à la place de l'honorable M. Drummond ; l'honorable Sydney Smith est nommé ministre des postes à la place de l'honorable J.-A. Macdonald, démissionnaire ; l'honorable A.-T, Galt estnommé inspecteur général des comptes au lieu et place de l’honorable George Etienne Cartier, démissionnaire (Ecoutez ! Ecoutez !) ; l'honorable John Ross est nommé solliciteur général du Bas-Canada à la place de l'honorable Charles Laberge, démissionnaire ; l'honorable George Sherwood est nommé receveur général à la place de l'honorable John Ross, démissionnaire.
Je présume que chaque membre de cette Chambre, familier avec la loi de l'indépendance de la législature, comprendra parfai-
téinent puurouoi ces nominations ont été fuites ainsi. La loi passée à la üraière session sur l'initiative du présent Orateur, décrète que, si un membre de l’une ou de l’autre branche de la législature, qui forme partie du gouvernement, se démet de son portefeuille et qu'il accepte un autre portefeuille dans le mois qui suit sa démission, il ne sera pas tenu de demander l’assentiment de ses électeurs. Dans le présent cas, nous donnons loyalement et sincèrement ces informations à la Chambre, afin d'obéir à la lettre tout comme à l'esprit de la loi,
Il avait plu hier à Son Excellence de nommer l'honorable J.-A. Macdonal ministre des postes ; moi-même, inspecteur général de la province, et l'honorable John Ross, receveur général. Après avoir reçu ces charges nous avons demandé à Son Excellence d'accepter nos démissions. Son Excellence a accepté nos démissions,
M. Wu Lyon MaokENz1E.—Plus belle comédie n’a jamais été jouée !
M. L'ORATEUR.—A l’ordre |
M. MACKENZIE.—Je ne me suis pas écarté de l’ordre,
M. CarTie.—I1 a plu alors à Son Excellence de faire les nominations par lesquelles, ce matin, mon honorable ami est procureur général du Haut-Canada, et moi-même je suis procureur général du Bas-Canada.
M. MACKkENZIE.—Je désire faire une question. (A l’orure !) I1se peut.que je ne comprenne pas bien tous ces changements, et je voudrais être mieux éclairé. (A l’ordre !)
M. CarTier.—J'espère que l'honorable député ne continuera pas de m'interrompre. Quand j'aurai donné à la Chambre 'es informations que j'ai l'intention de lui communiquer, je serai préc à répondre à toute question que le député d'Haldimand ou tout autre député pourra m'adresser.
Par les nominations de ce matin, mon ami, l'honorable M. Rose, devient solliciteur général du Bas-Canada. Comme je l’ai déjà dit, nous avons voulu satisfaire aux exigences de la loi ot empêcher toute élection inutile. Des députés s’attaqueront peut-être à ces nominations, à la politique du cabinet, ou à la déclaration que je suis à faire ; nous sommes prêts à nous soumettre au jugement de la Chambre.
M. Rymaz (Wentworth-Sud).—Mais pas au jugement du pays ?
M. CarrTier.—Certainement, du pays aussi.
M. MACKENZIE.—C'est ce que vous entendez faire en ne le consultant pas ? Voilà un beau mode de se conformer au désir du pays !
M. Canrier.—Les membres de la Chambre ont dû voir avec plaisir que l'honorable M. Galt est devenu l'inspecteur général des comptes.
M. MackENz1E.—Ht c'est un directeur du Grand-Tronc! Honte!
M. L'OraTEUR.—A l'ordre! Je prie l'honorable député de respecter le règiement,
M. MACKENZIE. —C'est ce que je fais, mais ces messieurs violent toutes les règles.
M. Carrier.—L'honorable M. Gult a cessé d’être directeur du Grand-Tronc.
M.MaAcKkeNz1Ee.—S'il imite l'honorable monsieur, qui l'empêchera de le redevenir ?
M. CaRrier.—M, Galt ayant consenti à servir le pays comme ministre des finances, il fallait nécessairement lui donner un siége dans le cabinet à titre de représentant du Bas-Canada, Aussi ai-je une extrême satisfaction à pouvoir dire que tous mes anciens collègues m'informèrent qu'aucun d’entre eux ne devait être un obstacle pour moi si je voulais me procurer les services de M. Galt aux finances,
Dans la constitution de l’ancien ministère conservateur, nous avions eu en vue la représentation des deux grandes sections politiques du Bas-Canada, la sectior de Montréal et la section de Québec. Mon honorable ami, le député de Lapruirie (M. Loranger), m'a dit qu'étant le plus jeune membre de ce cabinet et représentant le district de Montréal, il croyait devoir laisser à ma disposition le portefeuille dont il s'était démis, afin que le gouvernement pâût s'assurer les services de l'honorable M. Galt. Le dépuié fe Laprairie a agi en cette occasion avec une générosité et un désintéressement qui lui font le plus gre° . honneur, Je le dis avec d'autant plus de plaisir, que lorsque mon honorable ami fut appelé par l’ancien procureur général du Bas-Canada, l'honorable M. Drummond, à plaider devant la cour seigneuriale, on l'accusa d’avoir manqué de désintéressement, Son action d’aujourd’hui est la meilleure réponse à ses accusateurs.
Après avoir expliqué les circonstances de la formation du ministère, il est nécessaire que j'expose maintenant sa politique. Je veux m'acquitter de cette tâche sans délai. Cela fait, nous
pourrons mâûrir notre programme durant les vacances de lu législature et y donner suite à la prochaine session. Quand les lignes principales en seront connues, je crois que nos amis dans cotte Chambre et que le pays nous donneront leur appui. Je vois sourire l'honorable député d'Oxford-Nord (M. Wm Macdougall). Se souvient-il qu'il a prononcé un long discours pour défendre l'administration précédente (Brown-Dorion), et la dégager de la fausse position où elle se trouvait, pour n'avoir pu formuler le programme politique après quatre ou cinq jours d'organisation ?
Afin qu'il n’y ait aucune équivoque, nous avons mis par écrit ce que nous voulons que soit la politique du gouvernement, et cette politique est la même qui a été énoncée dans le discours du trône. Quelques honorables députés peuvent se permettre de rire, mais je crois que les rieurs finirort par être de notre côté.
Ce programme, le voici :
“ La politique du présent ministère est celle qui a été exposée dans le discours du trône à l'égard de tour les sujets mentionnés,
“Le fonctionnement du nouveau tarif sera surveillé attentivement ; i: sera remanié au besoin pour produire le revenu nécessaire, maintenir le crédit provincial, et permettre d'encourager l’industrie indigène et les fabriques nationales. La réglementation du tarif sera toujours basée sur le principe ad valorem.
“ Le gouvernement s'était cru tenu d’exécuter une loi du pays par rapport au siége du gouvernement ; mais, en face du vote récent sur ce sujet, l'administration estime qu’elle ne doit pas faire de dépense pour les édifices publics, avant que le Parlement ait eu occasion de considérer la question dans son ensemble et tous ses accessoires,
“ L'opportunité d’une union fédérale des provinces de l'Amérique britannique du Nord sera l’objet d’un sérieux examen; on fora des ouvertures au gouvernement impérial et aux provinces maritimes et le résultat do ces démarches sera soumis au Parlement à sa prochaine session.
“Le gouvernement, durant les vacances législatives, portera aussi son attention sur l'organisation et le fonctionnement des départements publics, et y introduira des réformes administratives propres à assurer l’économie des services et l'efficacité,”