‹ Discours de Sir Georges Cartier, baronnet [microforme]Chapitre 77 sur 247 · MINISTÈRE CARTIER-MACDONALD PRONONCGÉ LE 8 FÉVRIER · texte numérisé non relu

MINISTÈRE CARTIER-MACDONALD PRONONCGÉ LE 8 FÉVRIER

A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

M. l'Orateur,

Lorsque j'ai eu l'honneur de porter la parole, la dernière fois, je me suis réservé le droit de répondre aux observations de l’honorable député de Montréal (M. A.-A. Dorion), qui paraissait si désireux de rompre une lance avec nous, L'honorable député a avancé que le gouvernement s'était formé sans avoir de politique bien définie, tandis que le contraire est vrai ; le gouvernement a une politique nettement arrêtée sur toutes les questions qui ont agité les deux sections de la province. Pour le prouver, il me suffira de lire le progran me exposé par le gouvernement lors de sa formation, De fait, jamais gouvernement n’a eu programme plus net.

Nous n'avons pas hésité à déclarer, par exemple, que les droits de douane seraient basés, autant que possible, sur le principe ad valorem, afin d'encourager l’industrie indigène. Nous nous sommes prononcés avec non moins de clarté sur la question du siège du gouvernement.

Le député de Montréal nous a reproché à tort d’avoir pris l'initiative d’une grande question, la question de l'union des provinces, sans l’assentiment de la Chambre, Le gouvernement impérial a pleinement approuvé notre conduite, et une dépêche de sir Bulwer Lytton, à la date du 26 novembre dernier, porte que le gouvernement impérial ne pouvait nommer de délégués à

une conférence sans connaître l'opinion des provinces maritimes, mais qu'il agirait dès qu'elles auraient répondu, Il en ressort que les droits du Bas-Canada ou du Haut-Canadu n'ont jamais été mis en danger

Le député de Montréal a aussi blâmé la façon dont le gouvernement a été foriné, et il a cité des journaux anglais pour montrer qu'ils nous condamnaient, Il aurait dû reconnaître en même temps que leurs appréciations sont fondées sur de faux rapports, Le gouvernement a scrupuleusement observé la loi, Il peut même invoquer un cas analogue survenu en 1854, quand lord John Russell agit absolument de la même manière, Ce qu'il a fait est d'accord avec l'esprit et la lettre du septième article de la loi, que l'on a si souvent mentionné,

Tout er prétendant que le cabinet n'a pas de politique arrêtée, l'honorable député de Montréal a fait l'éloge de son propre gouvernement, et de ce qu'il appela son programme sur les questions de la représentation basée sur la population, des écoles séparées et du siège du gouvernement, Chacun sait cependant qu'il n'a jamais eu le courage de formuler ce programme.

Rien ne saurait être plus clair que la politiquo du présent gouvernement au sujet des réclamations des censitaires, On avait dit que la commission chargée du règlement de la tenure seigneuriale, coûterait une somme énorme, mais aujourd’hui que ce règlement est sur le point d'être consommé, il est facile de constater que ces prévisions étaient bien exagérées, la dépense ne devant pas dépasser £400,000 à £500,000. Les avantages qu'obtiendront les censitaires sont considérables, C’est ainsi que chacun pourra avoir son titre de commutation moyennant la bagatelle de six schellings et six deniers, Les censitaires du district rural de Montréal, de Saint-Sulpice et du Tac des Deux-Montagnes, seront traités de la mêine manière,

Ce ne sont pas des considérations pécuniaires qui me font rester au poste honorable que j'occupe, mais bien le désir de servir mon pays, de tenir tête à ceux qui, comme l'honorable député de Toronto (M. Brown), veulent créer un abîme entre le Haut et le Bas-Canada, L'’honorable député de Lotbinière (M. O'Farrell) a lui-même admis que dix années de mensonges accumulés par le député de Toronto avaient formé une barrière infranchissable entre les deux sections de la province,

M. O'FARRELL.—Je nie cela.

M, Canrier —Je laisse à l'honorable préopinant le soin de régier ce point avec le député de Toronto,

Je n'hésite pas à dire que l'administration Brown-Dorion a compromis les intérêts canadiens, Si l'on devait en croire le député de Montréal (M. MeGee), la présence de MM, Dorion et Drummond dans cette administration était une garantie suffisante à l'égard des questions de la représentation basée sur la population et des écoles séparées. Il oublie que le True Witness a déjà voulu excuser les deux députés de Montréal auprès de leurs électeurs en déclarunt que tous deux étaient favorables aux écoles séparées et opposés à la représentation basée sur la population, Ce journal a ensuite répondu négativement à une question qu'il se posait : ‘Leo True Witness a-t-il jamais appuyé M. Brown?” Pourtant il favorisa l'élection de M. Dorion, le collègue de M, Brown, ainsi que celle de M. McGee. La contradiction est flagrante,

Quelques-uns ont prétendu que le système des écoles séparées du Haut-Canada différait du système bas-canadien, Je le nie, Le système actuel a été établi par le cabinet dont je faisais partio. Les députés de Montréal (MM. Dorion et McGee) peuvent en imposer pendant quelque temps aux esprits crédules, mais leurs dupes ne tarderont pas à pénétrer leurs ruses,

C'est encore un de leurs alliés, le député d'Ontario-Nord (M. Joseph Gould), qui, au cours d’une élection, a déclaré que les couvents et les institutions religieuses étaient des maisons mal famées. Mais heureusement il s’est trouvé là un orangiste, un ancien grand maître de l’ordre, pour le ramener au sentiment de la pudeur; de même que c’est encore à des orangistes que les catholiques doivent l'adoption de l’Acte des écoles séparées ; ils se sont montrés plus libéraux, plus justes que les partisans de M. Brown.

M. Gouzp.—Je prie l'honorable premier ministre de répéter en anglais ce qu'il vient de dire au sujet des couvents,

M. Carrier.—Je ne demande pas mie1x que d'entendre l’honorable député nier les paroles qu’on lui prête. L’honorable député de Leeds-Nord (M. O.-R. Gowan) était présent, et j'admettrai volontiers la dénégation s’il la confirme. Mes renseignements portent que, durant la campagne électorale de décembre 1857, l'honorable député d'Ontario-Nord (M. Gould) déclara, en présence du député de Leeds-Nord (M. Gowan), que les couvents du

Bas-Canada n'étaient pas autre chose que des maisons de prostitution.

M. Gouzn.—Je nie avoir jamais tenu ce language.

M, CaRrrTIER.—Je laisse aux membres de la gauche le soin de régler cette autre affaire entre eux. Ces paroles auraient été prononcées à l’occasion de l’Acte des corporations religieuses, et un ancien grand maître orangiste aurait pris la défense des saintes femmes qui dirigent nos couvents. Au reste, ces outrages forment partie de tout un plan d'attaque inauguré par M. Brown et ses amis contre les institutions du Bas-Canada,

J’admets que le système municipal a fait plus de progrès dans le Haut-Canada que dans le Bas-Canada. L'on doit à l'honorable M. Baldwin le système du Bas-Canada; mais certaines modifications sont devenues nécessaires, et le gouvernement présentera une mesure pour refondre et reviser le système municipal du Bas- Canada.

M. Brown.—L'honorable premier ministre voudrait-il rae dire s'il a déclaré que le gouvernement avait l'intention d'affecter £450,000 au règlement de la tenure seigneuriale dans le Bas- Canada, et de répartir pareille somme entre les townships du Haut-Canada.

M. CanrTiER.—J'’ai déjà dit que le revenu annuel afférent aux seigneurs du Bas-Canada était de £36,000 à £40,000, ce qui représente un capital d'environ £600,000 à £700,000, soit à peu près £100,000 de plus que le montant prévu par le gouvernement en 1855. On se souvient que l'opposition portait cette différence à £150,000. J'ai ajouté que l’Acte de 1854 dispose que si le crédit voté est insuffisant, l'excédent sera consacré aux censitaires.

M. BRown.—Je sais cela. Ce que je voulais savoir.

M. CARTIER.—Faites-moi grâce du reste. L'’honorable député m'a adressé une question et je vais répondre à ma façon. J'ai dit que l’Acte seigneurial de 1854 décrète que, si le gouvernement déboursait une somme plus élevée que le montant stipulé dans cet acte, le Haut-Canada aura droit à une somme égale à la différence, et qu’elle sera appliquée à des fins locales.

M. Brown.—L’honorable député a-t-il dit que l’on évaluait cet excédent à près de £450,000 ?

M. CaRTIER.—Je n'ai pas pu m'exprimer d’une manière positive, car je nv connaissais point l’excédent du crédit.

M. Brown.—L'honorable ministre a-t-il indiqué la provenance des fonds ?

M. Carrien.—On m'a dit qu'un autre honorable membre de cette Chambre, un seigneur, avait déclaré aux députés, pour les effrayer, que la somme atteinGrait un chiffre considérable. Mais il voulait tout simplement soulever de l'opposition contre le gouvernement, Vieux truc!

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