LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE
IL est impossible que Sa Sainteté joue le rôle qu'on lui destine : celui de pensionnaire dans la ville sainte, aux frais de telle et telle province qui lui paiera tribut, Non! le Pape ne peut être mis à la portion congrue, Ce rôle ne convient pas à la dignité du chef de l'Eglise, Les nécessités de l'Eglise catholique exigent qu'il en soit autrement, et il on sera autrement : nul pouvoir humain ne peut l'empêcher, Voudrait-on, par hasard, imposer au Pape un rôle semblable à celui du patriarche de Constantinople, entouré de musulmans, sans dignité, sans propriété, tombé de son antique splendeur ? Le patriarche de Constantinople est peut-être, au moins, entouré d'honnêtes musulmans, Mais le Pape, de qui serait-il entouré, si les dessoins pervers de la révolution recevaient leur accomplissement ? Du hideux Mazzini? Des confédérés ? De ces conspirateurs qui ont assassiné Rossi, son premier ministre ? Est-ce ce rôle que les catholiques sincères veulent faire jouer à Sa Sainteté, qui représente le Christ sur la terre ? Sans doute un bon catholique peut quelquefois se laisser tromper par des arguments captieux ; mais à la réflexion, il aperçoit les conséquences déplorables où le conduiraient des principes faux et contradictoires,
Monseigneur, nous avons l'avantage, nous Canadiens, de vivre sous un gouvernement où nous pouvons exprimer en toute liberté notre sympathie pour le chef de l'Eglise catholique. Cet avantage estun grand bonheur pour nousaujourd’hui. Avec votre permission, Monseigneur, je vais lire une dépêche écrite par un ministre anglais, de qui j'ai eu l'honneur de recevoir l'hospitalité à mon voyage en Angleterre. Elle fera voir comment un gouvernement protestant sait apprécier la position de Sa Sainteté, Je me bornerai à citer le passage où l'Angleterre conseille aux gouvernements français et autrichien de ne pas rompre la paix, parce que la guerre mettrait en fermentation et en jeu, les plus mauvaises passions de l'Italie; et l'événement prouve qu'on no s'est pas trompé.
‘ Dans cette guerre, la France aurait plus d'argent et de sang “A dépenser contre un ennemi redoutable par sa force militaire, “ et déterminé de combattre jusqu'à la dernière extrémité ; tandis “ que, d’un autre côté, les phases de la lutte donneraient une vie ‘“ nouvelle à cette classe redoutable d'hommes qui n’attendent
“que l'anarchie pour la réalisation de leurs vues ambitieuses et “ l'assouvissément de leur avarice,”
Cette dépêche a été écrite par lord Malmesbury, ministre ble affaires étrangères, du ministère Derby, le 10 janvier 1859, deux mois avant la guerre,
Je suis bien aise, Monseigneur, de faire part de ces sentiments à l'assemblée, Comme catholique, j'aime à le reconnaître, nous vivons sous un gouvernement qui permet à Sa Sainteté de vous adresser des encycliques, qui permet de les lire dans vos cathédrales, de les faire lire dans les églises paroissiales par les curés, de les faire publier par la presse, sans que personne vous inquiète. Nous vivons, nous, sous un gouvernement où le catholique peut à la fois s'attacher au service de l'Etat et faire partie de l'association de Saint-Vincent de Paul, servir son pays et servir les pauvres.
Je sens que j'ai déja abusé de l'attention de cette bienveillante assemblée ; cependant qu'elle me permette encore une courte observation,
Catholiques, nous savons que rien ne peut prévaloir contre l'Eglise, mais nous savons aussi combien la prière est une arme puissante |
Vous priez Monseigneur, de toute votre âme d'apôtre pour le Souverain-Pontife, nous prions aussi ; Dieu veuille que la prière soit triomphan:e |
Notre espérance est d'autant plus forte, Monseigneur, que nous savons quelles supplications partent du cœur de ce Pontife vénéré, pour ceux mêmes qui le persécutent et, en particulier, pour le fils ainé de l'Eglise qui semble aujourd’hui manquer à ses devoirs. Grâce à ce puissant concours de prières, l'Empereur des Français, il nous est promis de le croire, rentrera dans le droit chemin. Il fera encore le bonheur et la joie de Pie IX.
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