CHEMIN DU SAINT-LAURENT ET DE L'ATLANTIQUE
La compagnie ne sollicite pas de secours pécaniaires. Elle ne nous demande de faire, après avoir dépensé de grosses sommes d'argent, que ce que font presque toutes les législatures des Etats de l'Union- Américaine. Ainsi, par exemple, l'Etat de Massachusetts a toujours aidé aux compagnies de chemin de fer en leur prêtant son crédit ou autrement. Il y a dans cet Etat plus de huit cents milles de voies ferrées, dont la plus longue ne dépasse pas cent dix milles, et le crédit public en a favorisé l'entière construction. Nous pouvons citer aussi l'Etat le plus populeux et le plus riche, celui de New- York, coupé en tous sens par des canaux et des chemins. Le chemin de fer de Long-Island, le chemin de fer d'Auburn et Eochester, et plusieurs autres ont eu le bénéfice du crédit de l'Etat, qui protège de la même manière la construction du chemin de fer de New-York et de l'Erié.
Si nos entreprenants voisins sont obligés d'avoir recours au crédit et à l'aide de leurs législatures, pourquoi nous, qui sommes réputés moins entreprenants et moins riches, ne recevrions-nous pas les mêmes secours de notre législature ? Il n'y a pas de temps i\ perdre pour l'achèvement du chemin de fer du Saint-Laurent et de l'Atlantique, si nous voulons nous assurer le commerce de l'Ouest. Toutes les villes du littoral de l'Atlantique se le disputent.
Boston ne veut plus se contenter de ses moyens actuels de transport, et achève la construction de son chemin de fer d'Ogdensburg. D'un autre côté, New- York jugeant insuffisant le chemin de l'Hudson, ainsi que les moyens de transport entre Albany et Buffalo, construit la ligne de New-York et de l'Erié, devant avoir son terminus à Dunkirk sur le lac Erié, bien au-delà du canal Welland, dont le trafic ne saurait manquer de diminuer. D'autre part, Philadelphie vise au commerce des lacs en reliant le chemin de fer de Harrisburg et Pittsburg avec ceux de l'Ohio qui aboutissent à Cleveland. Enfin Baltimore ne reste pas en arrière. Elle atteindra par chemin de fer Wheeling sur la rivière de l'Ohio, et par voie d'eau Pittsburg, pour de là communiquer avec Cleveland par chemin de fer.
En voyant les efforts que fait une population intelligente, nous ne pouvons douter de l'importance du commerce des lacs qu'elle convoite et des profits qu'elle en attend. Or, nous pouvons nous emparer do la plus grande partie de ce commerce en construisant le plus tôt possible le chemin do fer du Saint-Laurent et de l'Atlantique.
SUR LR
fllEMIN DE FER DE MONTRÉAL ET PORTLAND
A MONTRÉAL
A la session de 1849,1e ministère La Fontaine-Baldwin fit passer une mesure pour encourager la construction de tout chemin de fer ayant plus de 75 milles de longueur. Il garantissait un intérêt de six pour cent sur la moitié du coût, à certaines conditions. Il en résulta un grand élan dans la construction des chemins de fer. Mais redoutant une saignée trop forte au trésor public, le gouvernement restreignit cette mesure en 1851 au Grand- Tronc. Le chemin de Montréal h Portland ou de l'Atlantique au Saint- Laurent, le Greal'Westem et le NorthoTi furent les seuls chemins qui prolltèrent des avantages do la loi de 1849. Le chemin de TAtlantiquc reçut $1,840,000; le Greal- Western, $2,810,000, et le Northern, $2,31 1,G6G. Pour avoir droit à la subvention du gouvernement, les citoyens de Montréal tinrent une assemblée publique au Marché Bonsecours et adoptèrent des résolutions propres à assurer la construction du chemin de T Atlantique ; une section de trente milles était alors en service, et il s'agissait d'assurer la construction de trente-quatre autres milles. Sur la proposition de M. Cartier, appuyé par M. John Rose, il Ait résolu que la ville prendrait des actions dans la compagnie pour un montant de £125,000, et qu'elle émettrait des obligations à cet eflet, rachetables à des périodes fixes, variant de sept à quinze ans. Outre MM. Cartier et Rose, l'honorable A.-N. Morin, M. B. Holmes, député, MM. 0. Berthelot, George Desbarats et Louis Blanchard firent aussi des discours en faveur de l'entreprise, les seuls dissidents étant M. I.-D. Gibb et M. John Molson, qui purent à peine se faire entendre.
Messieurs,
Je ne crains pas de dire que Montréal méconnaîtrait ses meilleurs intérêts et serait la plus arriérée des villes, si elle refusait le moyen qui lui est offert pour ramener une prospérité