L'ADMINISTRATION DE LORD ELGIN
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
M. George Brown souleva un grand débat au mois d'avril 1860 sur la question de changements à proposer dans les relations constitutionnelles du Haut et du Bas-Canada. M. Benjamin, député d'HasUngs-Nord, lui répondit longuement et blâma incidemment la façon dent lord Elgin avait traité, dans ses dépêches au gouvernement anglais, les députés qui avaient voté contre le bill accordant des indemnités à ceux qui avaient souffert des pertes par la révolte. Il rendit aussi à M. Cartier Thommago suivant : «Je ne puis m'emt>écher de reconnaître que M. Cartier a fait plus pour unir les deux races et rétablir Tharmonie entre elles qu'aucun autre membre de cette Chambre. Sous son administration, le Bas-Canada a adopté quelques-uns des meilleurs principes qui prévalent dans le Haut-Canada, et celui-ci tirera de grands avantages des emprunts qu'il pourra faire au code du Bas-Canada " L'allusion de M. Benjamin à l'adresse de lord Elgin amena M. Cartier à faire la déclaration suivante :
M. rOrateur,
Quelqu'un a dit être surpris que je sois resté silencieux pendant qu'on faisait une allusion inconvenante, c'est le mot dont il s'est servi, à la conduite du noble lord qui était gouverneur du Canada en 1849. Il m'avait paru, par les remarques de l'honorable député d'Hastings-Nord, qu'il s'attaquait seulement au caractère public du noble lord, et désapprouvait la conduite de lord Elgin, qui aurait selon lui agi inconstitutionnellement.
M. Benjamin. — C'est cela même.
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M. Cartier. — Si l'honorable député a tenu le langage qu'on lui prête, je le regrette, mais je ne Tai certainement pas entendu ainsi. Quant à moi, j^'ai toujours été l'un des plus chauds partisans de lord Elgin. J'ai appuyé le gouvernement La Fontaine-Baldwin contre ce que Ton appelait l'opposition du Bas-Canada. Les mêmes messieurs qui siègent aujourd'hui à gauche comme les collègues de l'honorable député de Waterloo-Nord (M.-H. Foley), ont été les dénigreurs de lord Elgin. Quels sont ceux qui ont le plus vivement combattu son administration ? N'est-ce pas sir Allan MacNab et ce que l'on appelait le parti tory auquel se rallia M. Papineau ?
M. Georqe Brown. — Ajoutez l'honorable procureur général du Haut-Canada * et l'honorable député de Renfrew (John-L. Macdougall).
M. Cartier. — Lord Elgin a prouvé au pays son désir d'oublier le passé. L'honorable député de Toronto a agi de concert avec sir Allan MacNab, et il ne lui convient guère de m'attaquer comme il le fait. Quand le député de Toronto vit lord Elgin appeler sir Allan MacNab à former son ministère, il devint féroce dans son opposition au gouverneur et au parti conservateur. Cela n'empêche point que la conduite de lord Elgin, en prenant comme ses conseilleurs ceux qui l'avaient combattu, n'ait été strictement constitutionnelle. Sachons lui gré d'avoir si bien respecté le gouvernement responsable.
* L'honorable J.-A. Macdonald fut, en eiïet, l'un des plus violents dénonciateurs de lord Elgin en 1849 ; avec sir Allan MacNab, M. Gayley, M. Robinson et autres chefs tories, il blâmait le gouverneur d'avoir sanctionné l'Acte présenté par M. La Fontaine, dans le but d'indemniser les habitants du Bas- Canada des pertes que leur avait causées la révolte de 1837-38. Cet Acte avait été adopté par 48 voix contre 23, après un débat excessivement orageux. Il fallut la coalition de 1854 pour rallier l'honorable M. Macdonald à la politique de conciliation et de tolérance qu'il devait pratiquer durant le reste de sa remarquable carrière.
SOR LE