EXPLICATIONS MINISTÉRIELLES
demain, lorsque la Chambre connaîtra les noms des trois nouveaux ministres, elle n'aura que des félicitations à nous décerner. Dans les présentes circonstances, il vaut mieux, à mon avis, pour la droite et pour la gauche, ne pas commencer le débat aujourd'hui. Je propose donc, appuyé par Thonorable M. Galt, que la Chambre s'ajourne à demain.
M. SiGOTTS. — Les amendements que l'opposition a dessein de proposer n'ont pas été communiqués au gouvernement d'une manière officielle pour une raison toute simple : nous ignorons encore la composition du ministère auquel il faudra les adresser. Sera-ce bien celui-ci ? Si c'était un autre, il faudrait peut-être modifier nos vues. Aussitôt que le gouvernement sera au complet, et qu'il pourra procéder à l'expédition des affaires, je me ferai un devoir de lui communiquer officiellement les amendements dont il a eu avis d'une façon officieuse.
M. Cabtier. — Je dois relever l'observation de mon honorable ami, qui a trait à l'organisation du cabinet. Le gouvernement existe, et l'honorable député de Saint-Hyacinthe peut être assuré que, tant que j'en serai le chef, tant que je ne me serai pas démis, entre les mains de Son Excellence, il n'aura aucunement l'occasion de modifier ses amendements, car les nouveaux ministres seront imbus de l'esprit qui anime le gouvernement Cartier-Macdonald.
M. SicoTTB. — L'honorable premier ministre me semble, en ce moment, parodier le grand roi qui disait : '' L'état c'est moi." Le ministère existe, nous a-t-il dit. C'est vrai, il existe, mais jusqu'à quel point ? D me fait l'effet d'être à l'agonie. Quoiqu'il en soit, le pays et cette Chambre ont raison de se plaindre de lui, qui n'aurait pas dû convoquer les Chambres sans avoir remédié au grave délabrement dans lequel nous apparaît son gouvernement Il y a dix jours, l'honorable premier ministre savait tout comme aujourd'hui, que tels membres du cabinet se démettaient pour occuper certaines charges de l'Etat, et il est regrettable que le pays ait à souffrir de tous ces atermoiements.
M. Cartier. — ^Je répète que le gouvernement existe, et nous pourrions, si nous le jugions à propos, commencer à cette heure même le débat sur l'adresse. Mais nous avons préféré donner tout l'avantage possible à l'opposition, qui, par l'absence forcée des nouveaux ministres, sera plus forte pour combattre l'adresse.
Le gouverDement va se rendre avec plaisir à la demande de rhonorable député de Saint-Hyacinthe. La démission de Thonorable commissaire des travaux publics (M. Boss) qui a été remplacé par rhonorable député de Montmorency (M. Cauchon), est facile à expliquer. A la dernière session, rhonorable commissaire me fit part du mauvais état de sa santé et de Fimpossibilité où il se trouvait de continuer à administrer le département qui lui avait été confié, avec tout le soin attentif qu'il aurait voulu encore y apporter. Si c'est toujours avec regret que je me sépare d'un collègue, je dois le dire, cette démission m'a été bien particulièrement sensible. L'honorable commissaire pensait qu'un voyage en Angleterre contribuerait à restaurer une constitution évidemment surmenée. Je l'ai prié avec instance de ne pas se démettre, je l'ai assuré que Son Excellence lui permettrait de faire ce voyage, mais, avec l'extrême délicatesse qui le caractérise, il s'est refusé à cette offre, me disant qu'il lui faudrait être absent trop longtemps et que l'administration de son département aurait à souffrir de son absence. A l'égard des autres pertes que nous avons éprouvées, je laisse à mon honorable ami, le procui*cur général du Haut-Canada, le soin de vous en donner l'explication.
SUR LA
REPRÉSENTATION BASÉE SDR U POPUUTION
A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
M. William Macdougall agita de nouveau rintenninable question de la représentation basée sur la population. Le Haut-Canada comptait alors 285,000 âmes de plus que le Bas-Canada, et les clear-grits continuaient de jeter feu et flammes pour obtenir une augmentation de représentation. La motion de M. Macdougall blâmant le cabinet de ne pas accorder la représentation basée sur la population fut repoussée par une forte majorité, les quarante-deux députés qui Fappuyèrent étant tous du Haut-Canada.
M. rOrateur,
L'honorable chef de l'opposition (M. Sicotte) a voulu non» donner une leçon politique et constitutionnelle, avant d'entrer dans les explications qu'il nous promettait Mais poui'quoi tout ce fotras ? Est-ce que les députes du Bas-Canada qui appuient le gouvernement, n'ont pas fait leur devoir, chaque fois que la même question qui se discute en ce moment, a été soulevée par les membres du parti Brownite ? Nous ne crions point, nous ; nous sommes en possession d'une réalité, nous avons l'égalité représentative, et nous la défendons ! Nous ne nous exclamons point, mais nous combattons. Nous travaillons activement et avec conviction à miûntenir un article de la constitution dont la suppression serait la première phase d'une ère de troubles et de calamités. Nous cherchonB à consolider la prospérité du Haut et du Bas-Canada,
repoussant toute mesure dont l'adoption minerait cette prospérité. Nous avons toujours été et nous sommes encore les ennemis du fanatisme et des préjugés.
Que peut-on reprocher à nos amis ? que peut-on reprocher à rhonorahle J.-A. Macdonald, le chef du parti ministériel dans le Haut-Canada ? Est-ce qu'il ne s'est pas posé en obstacle au torrent de préjugés, dirigé par les factions, contre les droits et les libertés du Bas-Canada ? N'a-t-il pas joué sa popularité sectionnelle, dans cette lutte de justice et d*honneur qu'il faisait à notre profit ? Les honorables membres de cette Chambre n'ont pas oublié les menacée violentes qui accueillirent ses éloquentes paroles l'an dernier 1 Ils n'ont pas oublié les efforts perfides qui ont été faits par les alliés du député de Saint^Hyacinthe, pour renverser cet homme, qui avait eu le courage de froisser les préjugés de ses compatriotes, dans une cause où les intérêts du Bas-Canada étaient en jeu.
Quelqu'un trouve-t-il suspectes mes opinions sur la représentation basée sur la population ? En toute circonstance, j'ai défendu avec ardeur l'égalité représentative sur laquelle repose l'Acte d'Union. Je l'ai défendue, et contre des adversaires politiques et contre des amis. En 1849 j'ai lutté contre Papineau qui voulait rompre cette égalité ; les grits savent qu'ils ont toujours trouvé en moi un antagoniste sincère et courageux de cette mesure. Oui, j'ai combattu, sur ce terrain, des amis politiques imprudents, à une fatale époque ; et aujourd'hui, je combats ceux qui se prévalent des opinions de M. Papineau pour demander une augmentation de représentation en faveur du Haut-Canada.
Depuis que le Bas-Canada a été uni au Haut-Canada, ma politique a toujours été de faire fonctionner l'Acte d'Union. Et je poursuivrai le même but, aussi longtemps que le Haut-Canada ne rendra point ce fonctionnement impossible par d'injustes demandes.
Je suis obligé de répéter, ce soir, ce que j'ai dit en d'autres occasions ; lorsque l'honorable Sydney Smith est entré au pouvoir, le ministère, dont MM. Sicotte et Loranger faisaient partie, lui permit de préconiser, en son nom personnel, la représentation basée sur la population, sans engager en cela néanmoins la politique du gouvernement. Lorsqu'en 1858, M. Connor proposa, appuyé par M. McMicken, une mesure tendant à baser la représentation sur la population, M. Smith vota pour le principe de la mesure, contrairement à ses collègues. Le ministère faisait alors de la représentation basée sur la population une question ouverte,
et Ba politique n'a pas chaDgé. Mais je ne souffrirai jamais qu'un de mes collègues présente, comme ministre, une mesure ayant pour objet de détruire Tëgalité qui est décrétée dans la constitution. U 7 a cette différence entre la droite où je siège et le côté de l'opposition. Le parti haut-canadien qui appuie le gouvernement, pense comme Topposition sur ce principe, et il ne retire pas sa confiance au gouvernement, tandis que des membres influents, qui obéissent au commandement de MM. Sicotte et Foley, ont déclaré qu'ils voteront non-confiance dans tout gouvernement qui ne s'engagerait pas à régler cette question selon leurs vues.
On sait que l'honorable procureur général du Haut-Canada et moi, nous sommes d'accord sur cette difficulté constitutionnelle. Nous demandons le concours de cette Chambre pour maintenir l'égalité qui est la base même de l'Union ; nous avons demandé, aux dernières élections, le concours de l'opinion publique, nous l'avons obtenu.