AUX ÉLECTEURS DE WKLLAND
Je le repète, nous deyons être fiers de notre union avec FAngleterre. Tous les jours on entend vanter les succès et la prospérité que les Btats-Unis obtiennent depuis qu'ils ont proclamé leur indépendance ; mais personne peut-être n'a pris la peine de comparer cette prospérité avec celle de TAngle terre— dé la Vieille Angleterre— qui attire tout à elle dans l'immensité de son commerce. Il y a soixante-quinze ans, la population des îles Britanniques ne dépassait pas neuf millions. La république américaine comptait alors plus de trois millions d'habitante, soit le tiers de toute la population de la Grande-Bretagne. Les Etats-Unis ont aujourd'hui trente-trois millions d'âmes, mais comment sont-ils arrivés à ce chiffk'e ? En recevant le trop plein des autres pays. Tandis que la Grande-Bretagne a porté sa population de neuf à trente millions, non pas par l'immigration étrangère, mais par sa propre augmentation naturelle. Examinons maintenant le commerce de la Grande-Bretagne. Il a pris des proportions beaucoup plus vastes que celles des Etats-Unis. Les exportations anglaises s'élèvent présentement à environ cent millions de louis sterling. Cet incomparable progrès est dû à la politique de l'Angleterre, au travail de ses habitants, à leur admirable industrie. Aussi l'Angleterre est-elle plus riche, plus prospère, plus avancée souh bien des rapports que les autres pays.
Permettez que je dise un mot d'une partie do la province trop souvent dénigrée chez vous. (^Ecoutez ! écoutez !) D'après le Globe^ le Bas-Canada est le fléau du pays, a curse to the country! S'il n'existait pas, le Haut-Canada serait, dit-il, plus prospère et plus heureux. Ni son sol ni son climat, il est vrai, ne sont aussi favorables que ceux dont vous jouissez, mais pour l'habiter n'estil pas nécessaire que sa population travaille plus rudement et vive plus économiquement que la vôtre? Au lieu de le décrier, le Qlobe devrait plutôt le louer. S'il est aussi un clergé qui soit attaché à la couronne anglaise, c'est le clergé du Bas-Canada, et de tous les sujets de Sa Majesté il n'en est pas qui soient plus fidèles que les Canadiens-Français.
Je n'hésite pas à vous dire à vous conservateurs haut-canadiens ou partisans de Baldwin-Hincks : Continuez le combat où vous êtes engagés, et ne vous alarmez pas si vous perdez quelques élections : les vides seront remplis par vos alliés du Bas-Canada I Brown et ses partisans auront beau s'enrôler sous Sandfield Macdonald, ils ne gouverneront jamais ce pays I Je le répète : leurs
jours sont comptés. Attendez au 13 août et vous verrez que leurs nouvelles prétentions à la modération n*ont trompé personne. Le Bas-Canada n'a élu que treize rouges pur sang. (Ecoutez ! Ecoutez !) Je sais qu'il se trouve parmi les grits des honnêtes gens, qui ne partagent pas les opinions extrêmes et insensées de M. Greorge Brown. J'en ai rencontré un — il est ici présent— qui m'a dit : " Je n'approuve pas tous les actes de George Brown, mais je ne saurais vous aider à le terrasser." Je lui ai répondu que notre parti se chargerait de ce soin, ce qui ne lui laisserait plus rien à souhaiter.
Avant de terminer, je tiens à vous expliquer des paroles que j'aurais prononcées publiquement et qui ont blessé nos adversaires. J'aurais dit qu'un grit ne valait pas une morne. Le Globe et ses adhérents ont toujours reproché au Haut-Canada l'encouragement qu'il a donné aux pêcheries du golfe et de la baie des Chaleurs. Ayant eu l'occasion de parler de la question des pêcheries, j'ai dit que la politique de mon cabinet avait été attaquée à tort par M. Brown et ses suivants. J'avais plusieurs grits en face de moi et je me suis adressé en ces termes : '^ Yos cultivateurs obtiennent vingt-cinq cents de plus pour chaque minot de blé qu'ils vendent depuis 1855. Eh bien I qui est-ce qui a procuré au Canada le traité de réciprocité qui nous donne cet avantage? qu'avons nous à offrir. La morue, oui, ce sujet de vos sarcasmes à nos voisins pour en obtenir cet avantage, qui a surtout profité au Haut- Canada I U est évident pour quiconque a lu le récit des négociations qui ont abouti au traité, que, si nous n'avions pas eu à offrir la morue aux Américains, ils n'auraient pas ouvert leurs portes à votre orge, à votre avoine, à votre blé ! C'est donc la morue qui a valu au pays ce traité heureux." Pour donner encore plus de force à mon argument contre ces hommes qui proclament maintenant sans cesse que le Haut-Canada a plus de population que le Bas, j'ajoutai : ^^ Eh bien, Messieurs, croyez-vous que cette supériorité du nombre que vous avez sur nous peut nous obtenir ce bienfait inestimable, le traité de réciprocité, comme l'a fait la morue ? " Quelques uns des grits irrités par mes questions, firent publier dans leurs gazettes que j'avais dit que la morue valait mieux ou plus que les grits.
Il est temps de dire un mot des dames. En Bas-Canada, une réunion n'est pas complète sans elles. Nous y sommes tous du sentiment de ce roi de France, François 1er, lequel trouvait qu'une