AUX ÉLECTEURS DE WELLAND
LaisBez-moi yous féliciter d'ayoir choisi M. Street, pour votre dépaté. Qui méritait cet honneur plus que Thomme qui s'est si bravement conduit dans la guerre entre les Etat^-Unis et la Grande- Bretagne ? En faisant choix de lui, vous avez protesté par là contre la politique si peu éclairée du présent gouvernement au sujet de la milice. Et, puisque j'en ai ici l'occasion , permettes-moi d'ajouter que le Bas-Canada s'est comporté aux dernières élections de manière à balancer les pertes que vous avez éprouvées dans le Haut-Canada. Je ne m'adresse pas seulement aux conservateurs mais aussi aux réformistes partisans de M. Baldwin et de M. Hincks, qui, avec les conservateurs, ont formé le parti modéré, le parti le plus loyal du pays. Il m'importe peu que le Globe ou que M. Sandfield Maedonald se vantent partout d'avoir lu majorité, cette majorité n'existe pas. Au 13 août, les vingt-trois ou les vingt-quatre libéraux-conservateurs, disciples des Baldwin et des Hincks, dont le nombre ira bientôt en augmentant, par leur union avec la majorité du Bas-Canada, scelleront l'arrêt de mort du ministère. Quand l'élection de l'Orateur aura lieu, comptez que M. Brown et ses partisans seront dûment avertis de la fin de leur règne
Le Globe prie le public de laisser loyalement le gouvernement s'essayer, se mettre à l'épreuve, d'autant qu'il n'y a dans le moment à ses yeux que des hommes modérés au pouvoir. Mais qui donc a jamais cru que les grits puissent se vaincre à ce point même de paraître modérés ?
Eevenons à la politique du gouvernement auquel j'ai appartenu. Nous avons voulu restaurer les finances et nous y avons réussi. Nos adversaires, nous le savons bien, ne sauraient rien faire audessus de ce qui a été accompli dans cette partie par mon habile collègue, l'honorable A.-T. Galt. Ils n'ont pas eu d'autres embarras que ceux mêmes provenant de leur ira péri tie.
Le Canada a fait de grands progrès dans les douze ou quinze dernières années. U y a quinze ans, quelles voies de communication avions-nous? De simples chemins de voiture, plus ou moins convenables et un tronçon de chemin de fer à traction de chevaux. Depuis nous avons établi des milliers de milles de rails, ce qui a sensiblement augmenté la valeur de chaque morceau de terre, de Sarnia à Gaspé, tout comme la valeur de la production agricole! Nous avons perfectionné nos communications par voie d'eau et l'ensemble de nos canaux est vraiment sans égal dans
le monde, et cependant tout notre passif n'excède pas cinquantecinq millions !
On peut me répondre que nous avons escompté l'avenir, mais qu'est-ce que sept ou huit ans pour un pays tel que le nôtre ? Nos finances ne sont pas embarrassées, si ce n'est aux yeux de gens qui n'y voient pas clair. Durant cette période, nous avons tout fuit pour rendre le Canada plus habitable, et nous avons gardé notre population, et elle s'est rapidement développée et enrichie ; nous avons augmenté la fortune publique en même temps que la valeur de chaque habitation, de chaque morceau de terre. Yoilà, Messieurs, comment nous nous y sommes pris pour ruiner notre pays.
Nous avons travaillé au bien général de toute façon. Par la présentation de notre projet de loi sur la milice, nous avons montré quel prix nous attachions à notre union avec la Grande- Bretagne. I(' Angleterre a vu là que nous étions prêts au besoin à faire les sacrifices nécessaires pour continuer cette union. Il est vrai que nous sommes tombés sous le coup des préjugés créés par le Globe et les autres journaux clear-grits. Mais nous n'avions pas perdu la confiance de la Chambre. Nous dûmes nous démettre parce que devant ces préjugés, quelques-uns de nos partisans fléchirent... En tous cas, nous avons voulu prouver à l'Angleterre que nous chérissions l'union britannique, et que nous la jugions nécessaire pour la prospérité et la gloire de ce pays. Laissés à nous-mêmes, sans lien avec l'Angleterre, quel serait notre sort ? Pourrions-nous nous maintenir dans l'indépendance ? Non, nous serions inévitablement absorbés par les Etats-Unis. Alors il nous faudrait contribuer jusqu'à $20 par tête pour payer l'immense dette qui les écrase. Quand l'Angleterre nous demande quatre ou cinq cent mille piastres pour l'aider à nous défendre, devrionsnous hésiter ? Devrions-nous nous y refuser quand nous avons la flotte, les canons, les soldats de la métropole, pour faire respecter les lois que nous faisons ?
L'esprit démocratique est assez fort ici pour agir sur les hommes politiques ; mais nous n'avons pas ce système outré qui le rend souverain en toute chose. Il existe un sentiment monarchique très-prononcé dans notre population. Oui, la population du Bas- Canada est monarchique de caractère et de sentiment. Pour ne rien perdre de notre force, défendons avec jalousie tout ce que contiennent de monarchique nos institutions !