PAR LE BARREAU DE TORONTO
Le banquet ofTert, ce jour-là, par les membres du barreau de Toronto à rhonorable J.-A. Macdonald, procureur général du Haut-Canada, eut un succès exceptionnellement brillant. Plus de deux cents convives étaient présents, et autant auraient voulu pouvoir y prendre part. maisOsgoode Hall ne pouvait en contenir davantage. L'honorable J.-H. Cameron présidait, ayant à sa droite le héros de la fôte et à sa gauche rhonorable M. Cartier. Parmi les convives se trouvaient aussi les honorables MM. Cockburn, Campbell et Blair, ministres fédéraux, et l'honorable M. Sherwood. La musique était fournie par la fanfare du 4e Régiment. A la suite des toasts d'usage, le président proposa la santé de leur hôte en tenues éloquents. ** C'est un privilège, dit-il, pour le barreau du Haut-Canada, de contempler en face le procureur général. Aucun homme dans le pays n'occupe une position aussi élevée que M. J.-A. Macdonald, et personne plus que lui n'est en état d'améliorer les lois et les statuts de la profession. Quand on lui demanda la décentralisation de la justice, lui, comme gardien de la profession, refusa de consentir à cette proposition, et il insista sur la construction de l'éditlce dans le«{uel nous sommes aujourd'hui." L'orateur parla ensuite de l'Acte de Procédure Civile, et de différentes lois dues aux efforts de l'honorable M. J.-A. Macdonald. <* Non-sculoment, a-t-il ajouté, il a voulu donner cette robe de soie, comme conseil de la Reine, que nous sommes tiers de porter, à ses amis politiques ; mais il l'a encore accordée à ses adversaires qui étaient dignes de cet honneur." {Applatidissemenis.) On but alors la santé au milieu des applaudissements, après quoi, l'honorable M. Macdonald, qui fut accueilli par l'assemblée avec enthousiasme, se leva et dit : **Je n'ai jamais, dans tout le cours de ma vie publique, éprouvé un plaisir aussi vif qu'aujourd'hui, parceque je sens que la démonstration s'adresse à moi-même. Je vois à cette table des messieurs qui ont toujours été mes adversaires et je m'en enorgueillis d'autant. Mais j'ai pu me foimer à une bonne école, celle du juge en chef Draper et d'hommes comme lui. Les éloges que l'on m'adresse appartiennent à ceux sous lesquels j'ai étudié, pour une grande partie des mesures mentionnées par le président. M. Cameron qui est bon avocat, cherche
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à apprécier ceux qui ont été Tonnés par de bons avocats. LAde de Procédure est dû au juge Draper, le plus illustre des hommes de loi. J'ai à la dernière session fait passer plusieurs mesures, entre autres celle des titres d'amortissement, qui est Tœuvre du savant vice-chancelier Mowat, mon premier clerc, quand Je commençai à pratiquer." L'orateur paya ensuite un tribut d'éloges à Tex-juge en chef McGauley, au juge Gowan, de Barrie, et au Dr Ryerson, surintendant de l'instruction publique. Il insista sur la position prise en Canada et aux Etats-Unis par les avocats, et commenta les statuts des cours de comté, qui avaient été amendés de manière à rendre la position des juges inamovible. Il dit quelques mots de sa position comme ministre de la milice, à laquelle avait Tait allusion le colonel Lowry, et déclara que les derniers changements dans la loi de la milice étaient surtout le fait de ses prédécesseurs. Quant aux questions politiques, dit-il, sans vouloir en parler longuement, je puis déclarer que la Confédération est assurée. {Applawiissemmls.) Et les dernières négociations de Washington confirment cette opinion. Si la Confédération est adoptée, il y aura de nouvelles législatures, générales et locales, et je puis dire à mes conlVères du barreau que les législatures locales auront le contrôle des questions territoriales et civiles ; et je considère ce point comme tellement important que si les électeurs partageaient mon opinion, je leur demanderais de m'envoyer à la législature locale. Je dois faire remarquer que l'honorable M. Cartier a droit de partager les honneurs que je reçois, ce soir, parce que je n'ai jamais (ait appel en vain à lui ou aux Bas-Canadiens. {ApplatidissemerUs.) Il n'y a pas dans tout le Canada de cœur plus dévoué à ses amis, et je suis heureux d'apprendre qu'il va, aujourd'hui môme, être appelé à faire partie du barreau du Haut-Canada. 8i j'ai réussi à introduire ici les institutions de la Grande-Bretagne, c'est dû en grande partie à mon ami qui ne souffrira jamais que sous son administration, les liens qui nous rattachent à l'Angleterre soient relâchés." (Acclamaiions enthousiasles ) Le président proposa alors la santé du gouvernement. Cette réunion, dit-il, n'est pas une assemblée politique, je ne vois pas cependant pourquoi nous ne boirions pas au gouvernement du pays, en associant cette santé à celle de l'honorable procureur général de l'Est, je porte donc ce toast : " Au gouvernement du pays et à l'honorable M. Cartier." Je dois ajouter qu'aujourd'hui môme le procureur général du Bas-Canada a été reçu membre du barreau du Haut-Canada. Nous lui avons fait subir un examen verbal ; entre autres questions, nous lui avons posé celle-ci : *' Lequel vaut mieux, ou le système anglais ou le système français ?" lia répondu que le meilleur système était la combinaison de ce qu'il y avait de plus parfait dans les deux. {Applatpdissements.) Pas n'est besoin de dire que nous l'avons admis sans l'interroger d'avantage. Quoique l'honorable monsieur ait un jour appelé gaiement les Haut-Canadiens : ** une race de morues," je suis persuadé, que s'il venait jamais exercer la profession d'avocat parmi nous, il ne manquerait pas d'affaires." On but la santé au milieu d'applaudissements prolongés. Après avoir été accueilli par des bravos enthousiastes, M. Cartier répondit dans les termes suivants :
LE 8 FËVHIËK 1866 473
M. le Président et Messieura,
La réponse à ce toast au gouvernement appartiendrait de droit à rhonorable procureur général du Haut-Canada (rhonorable John A. Macdonald), et c*est sa modestie qui m'oblige de le remplacer. Puisque Thonneur me revient, je me hâte de déclai*er que je ne considère pas la présente démonstration comme une approbation publique de notre conduite individuelle. Le toast s'adresse d'une manière générale, au gouvernement de Sa Majesté, qui, lui, dure toujours.
Il ne me conviendrait pas de faire mon propre éloge, mais je ne puis oublier qu'aujourd'hui même j'ai été admis au barreau du Haut-Canada. Pourtant, vu la grande distance qui sépare nos villes, vous n'avez peut-être pas une idée juste de ce que je puis valoir. Vous avez, je suppose, entendu dire que j'avais pour spécialité de prononcer quelquefois des discours de huit à dix heures en Parlement ; mais, rassurez- vous, je ne veux pas vous fournir la preuve de ma terrible capacité. Je vois à mes côtés des collègues qui n'aiment guère plus les longs discours ; il leur faut trop souvent en écouter de gré ou de force.
Je dois cependant tenir compte du compliment que vient de m'adresser l'honorable procureur général du Haut-Canada. Si la tâche d'inaugurer de grandes réformes en matière judiciaire et législative m'est échue, j'ai toujours eu, du moins, l'inappréciable secours de mon ami, l'honorable M. Macdonald. Avant que je fusse procureur général, l'administration de la justice était restreinte à sept sièges. Dans un pays qui occupe un espace de plus de mille lieues, ce système ne pouvait pas durer ; c'est pourquoi j'en ai introduit un nouveau qui a remédié aux graves inconvénients dont on se plaignait et qui fonctionne parfaitement. J'ai fait voter aussi une mesure d'une importance majeure, je veux dire la codification des lois du Bas-Canada. Je voulais servir, par là, non pas seulement les intérêts de mes nationaux, mais aussi ceux de tous les autres habitants du Bas-Canada, Anglais, Ecossais, et Irlandais. Lorsque je soumis le projet, l'on me prédisait que je ferais fiasco ; mais comme je suis un peu opiniâtre, je ne me suis pas épargné pour le faire adopter. Le projet est devenu loi. Quand vous aurez ce code, vous y trouverez des assimilations