VISITE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL
Nous sommes heureux de participer cette année à cette haute faveur qui renouvelle toutes celles qui Font précédée.
** Désormais, le nouveau collège n'aura rien à envier à la gloire du premier, et ce jour, Excellence, marquera dans nos annales et comptera parmi les plus beaux dans nos souvenirs de jeunesse.*'
Son Excellence répondit :
Monsieur le Supérieur, Messieurs,
** Je suis TAché de ne pas pouvoir répondre, surtout à un moment d'avis, aux discours que vous venez de faire et dans les mômes langues. Malheureusement, je ne parle que l'anglais et le français, et encore est-ce imparfaitement. Cependant je dois vous exprimer beaucoup de remerciements de la magnifiqpie réception qui m'est faite ici aujourd'hui. Je vous remercie également des souhaits que vous adressez à ma famille et à moi. Je suis heureux de voir dans cet important établissement d'éducation qu'il règne de pareils sentiments de loyauté et d'attachement à Notre Gracieuse Souveraine et aux institutions sous lesquelles nous avons le bonheur de vivre ; je suis certain, et les derniers événements en ont donné une nouvelle preuve, que ces sentiments sont partagés par toute la population de cette province sans distinction de race, d'origine, de nationalité ou de croyance. Encore une fois. Messieurs, je vous offre mes remerciments de votre bienveillance." {Applaudissements prolongés.)
M. le supérieur adressa ensuite les paroles suivantes à Son Excellence :
" Excellence,
'< Permettez-moi avant de quitter cette salle de vous faire observer que nous avons ici deux cents jeunes gens qui se livrent à l'étude des sciences littéraires et des sciences naturelles et environ quatre-vingts qui se consacrent aux sciences ecclésiastiques. Tous sont traités de la môme manière, sans distinction de pays ou de nationalité. Nous avons des élèves du Bas et du Haut- Canada, des autres provinces anglaises et des Etats-Unis ; mais la politique nous est complètement étrangère. Seulement nous tâchons d'inculquer à nos élèves des principes de iidélité à leur pays. Aux Américains nous disons : " Soyez bons républicains, mais chez vous." Aux sujets de Notre Souveraine la Reine Victoria, nous recommandons de lui être fidèles et loyaux : nous leur répétons que la fidélité à leur pays est non-seulement un devoir d'honneur, mais encore un devoir de conscience. C'est dans ces principes que nous élevons les jeunes gens dont l'éducation nous est confiée et nous espérons que vous les verrez toujours fidèles à persévérer dans cette ligne de conduite."
Après les discours et le God save the Queen chanté en chœur, Son Excellence et sa suite prirent part à une magnifique collation. Lord Monck porta la parole en français et exprima hautement toute l'admiration qu'il ressentait pour cette institution séculaire. Il annonça aux élèves que le supérieur lui permettait de leur accorder un grand congé, nouvelle qui fut accueillie avec
une extrême satisfaction, puis Thonorable M. Cartier— qui fut suivi de Thonorable M. McGee — demanda à Son Excellence la permission, qui lui fut immédiatement accordée, d'adresser quelques mots aux élèves du Séminaire.
MeflsieurB,
Quarante ans après mon départ de cette maison, j'éprouve une grande joie de pouvoir y rencontrer mon ancien professeur, qui en est le supérieur actuellement, et de vous rencontrer, vous, que j'appellerai mes condisciples, quoique je vous aie précédés de tant d'années déjà. Peut-être, Messieurs, avez-vous quelquefois placé bien haut dans votre imagination la position que j'occupe aujourd'hui. Eh bien, je veux vous en faire l'aveu, cette position, ce n'est pas à mon mérite propre, ce n'est pas à mes capacités naturelles que je la dois, c'est à ce Bévérend Monsieur, c'est à l'abbé Bayle ^ (Applaudissements.)
Quand j'étais jeune comme vous, et assez indomptable, c'est bien lui, en effet, qui m'a instruit, discipliné, éclairé, indiqué la voie à suivre. Aussi suis-je infiniment aise de le voir aujourd'hui supérieur de Saint-Sulpice, et peut-être aussi de son côté se réjouit-il de me voir devenu aviseur du représentant de Sa Majesté.
1 M. Tabbé Bayle fut Tune des plus grandes figures de Thistoire du Canada. Après avoir été pendant longtemps professeur et directeur du collège de Montréal, il devint supérieur du Grand Séminaire, en 1846, charge qu'il occupa jusqu'à sa mort, le dernier juillet 1888.
DISOOUES
SUR LE