‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 174 sur 286 · PAR LES CITOYENS DE KINGSTON · texte numérisé non relu

PAR LES CITOYENS DE KINGSTON

Le diner joue un grand rôle sous le régime parlementaire. Il est entendu que c*est le plus beau compliment que des électeurs puissent déceraer à rhomme public qui jouit de leur confiance. L'honorable J.-A. Macdonald représentait la ville de Kingston depuis son entrée dans la politique active (1844), et ses électeurs voulurent lui donner un témoignage éclatant de leur estime et de leur admiration. Le diner eut lieu au Bernelt House ; les décorations de la salle ofTraient un superbe coup d*œil, et les murs étaient chargés de devises patriotiques parmi lesquelles se détachait le portrait de Téminent homme d'Etat. Au nombre des 160 convives présents, Ton remarquait les honorables MM. Cartier, McGee, Howland, Ferguson Blair, Cockbum, Carling, llamilton, le juge Draper, le recorder O'Reiiiy, plusieurs députés, le préfet du comté de Frontenac, des dignitaires ecclésiastiques, etc. Une lettre de M. Cartwright, M. P.P., annonçait que des malheurs domestiques le retenaient chez lui, mais qu'il avait la plus vive estime pour celui qui avait tant contribué au succès du projet de Gonréilération. Les honorables MM. Macdonald et McG^^e prononcèrent deux remarquables discours. MM. Cartier et Howland Auront chargés de répondre à la santé du gouvernement. M. Howland fil observer qu'il avait combattu pendant de longues années l'honorable M. Macdonald, mais qu'il s'était uni à lui par pur patriotisme, afin de travailler à l'union des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, et que plus il avait connu M. Macdonald, plus il avait ^apprécié ses qualités d'homme d'Etat. M. Cartier porta la parole dans les termes suivants:

M. le Président, Messieurs,

Je sois très sensible à votre aimable attention. Soyez persuades que j'en conserverai le souvenir.

C'est un beau jour pour mon ami, et je suis on ne peut plus

504 BANQUET A L'HONORABLE J.-A. MACDONALO

heureux de tous les honneurs que lui font ses fidèles électeurs. La population de Kingston est fière avec raison de son représentant, et ce dernier ne doit pas l'être moins de ceux qui l'ont député au Parlement pour y prendre soin de leurs intérêts. Kingston est une ville favorisée. Elle a pour la représenter un homme d'Etat qui n'a encore jamais été surpassé en Canada et qui probablement ne le sera pas non plus dans l'avenir, comme le dit un de vos invités, qui a envoyé une lettre d'excuse.

Je le vois avec plaisir, l'intelligente population de Kingston n'a aucune disposition à suivre l'exemple des anciennes républiques de la Grèce, lesquelles, souvent, condamnaient à l'ostracisme les citoyens illustres qui leur avaient rendu des services éclatants. Plus son représentant déploie de patriotisme en servant la cause de notre commune patrie, plus elle se groupe autour de lui pour le soutenir contre les attaques, de quelque lieu qu'elles viennent. {Applaudissements.)

Ses commettants agissent ainsi, sans doute par des motifs de gratitude et d'adminition, mais aussi, je le crois, par un sentiment éclairé de leurs intérêts. Chacun comprend que, sous notre système de représentation parlementaire, mon honorable ami n'est pas seulement le procureur dans certaines aifaires de ceux qui l'ont élu, mais leur mandataire général dans toute la force du terme. 11 y a là une différence notable, à notre avantage, entre notre système représentatif et celui de nos voisins.

J'ai eu le bonheur de m'associer avec le député de Kingston dans ma carrière publique, et de faire avec lui une alliance qui a déjà duré plus longtemps que toutes les alliances de ce genre en Canada.

Les succès que nous avons obtenus ensemble sont dûs à ce que nous avons toujours repoussé l'esprit de section, et recherché ce qui pouvait convenir au Canada tout entier. Le pays a prospéré sous rUnion. L'Acte d'Union a mis fin aux douanes, etc., qu'il y avait auparavant entre les deux provinces. Maintenant que nous avons goûté les fruits de cette union, nous sentons combien il est bon de l'étendre encore et jusqu'à comprendre non-seulement avec le Canada-Uni, toutes les pix)vinces atlantiques, mais même les terres britanniques de l'Ouest jusqu'au Pacifique. Cette union, nous l'espérons, sera pour nous, la source d'une prospérité dépassant tout ce que nous avons rêvé.

Dans une conversation que j'eus l'année dernière avec lord

LE 6 SEPTEMBRE ISG6 505

Ljtton, il me marqua une grande satiafactïon du projet de Confédération, qu'il espérait voir bientôt se réaliser ; il y aviùt place, selon lai, sur cet immeone continent, pour des institutions monarchiques et pour des institutions républicaines. Voili notre tScbe indiquée. Au bout de quatre-vingt-six ane nous voyons nos voisins appliqués à reformer leur union. Chez nous, une pareille nécessité peat diffluilemcnt se produire parce que le gouvernomont fédéral et lee gouvernements provinciaux tireront leur origine et leur existence du Parlement impérial. lApplaudissemmts prolongés.)

PRONONCÉ LE 30 OCTOBRK 1866

PAR LES CITOYENS DE MONTRÉAL

A une réunion du Conseil exécutil', tenue au commencement d'octobre, il fut résolu que les honorables MM. Cartier, Macdonald, Langevin, Howland, McDougall et Galt partiraient dans le mois suivant pour Londres, afin de presser l'adoption du projet de Confédération par les autorités impériales. M. Galt qui avait démissionné quelque temps auparavant comme ministre des iinances, au sujet de la question des écoles, fut adjoint à cette mission, parce que dans une matière aussi grave que celle qui devait être débattue à Londres, il était juste que les protestants du Bas-Canada fussent représentés par une voix autorisée. Deux grands dîners furent donnés en l'honneur des délégués, dont un à Hamilton et l'autre à Montréal, le lendemain, en l'honneur de M. Cartier. Ces démonstrations obtinrent un plein succès et montrèrent que le projet de Confédération faisait rapidement son chemin dans la faveur populaire. A l'une et à l'autre, il y avait environ 250 convives, autant que la salle pouvait contenir. M. le maire Starnes présidait le banquet de Montréal, et à ses côtés l'on remarquait Son Excellence le commandant des forces, sir John Mitchel, M. McDougall, adjudant général, le major général Lindsay. l'honorable M. McGee, l'honorable M. Rose, les honorables MM. Armand, Charles Wilson, Louis Renaud, Ferrieret Dumouchel et MM. Louis Archambault, L.-U. Bellerose, R. Bellemare, Andrew Allan, J.-J. Curran, J.-A. Chapleau, M.-H. Galt, C -J. Brydges, Maurice Cuvillier, A.-M. Delisle, Moïse Dufresne, Dr Durocher, Ferdinand David, de Lobinière Harwood, R.-A.-R. Hubert, Isidore Hurteau, C.-A. Leblanc, Victor Hudon, Jesse Joseph, Magloire Lanctôt. Siméon Lesage, P.-S. Murphy, James McShane, J.-A. Mousseau, Damase Masson, F.-P. Pominville, E.-U. Piché, Joseph Royal, Dr Rottot, C. S. Rodier, T. K. Ramsay, S. Saint-Onge, J. B. Rolland, George Stephens, C.-E. Schiller, F.-X.-A. Trudel, Octave Villeneuve, Wm Workman, Wm Wainright, M.-P. Ryan, A. Ouimet, U.-J. Robillard, Augustin Laberge, etc., etc. Les honorables MM. sir Narcisse Belleau, J.-A. Macdonald, CauchoQ, Langevin, Galt, Perguson Blair, entre autres, se llrent excuser d'être empêchés de participer à ce témoignage d'estime envers le chef du Bas-Canada. M. Macdonald disait, dans sa lettre, que M. Cartier était son

collègue le plus intime, que le Bas-Canada avait ses sympathies et qu*il ne manquerait jamais Toccasion de lui faire rendre pleine justice. " J'aurais été heureux/' disait M. Langevin, ** de pouvoir assister à cette démonstration en faveur du procureur général du Bas-Canada, au milieu de cette grande ville de Montréal, qui a su reconnaître, à plusieurs reprises, les services éminents que M. Cartier a rendus au pays. Mais je dois me refuser la satisfaction de prendre part à cette fôte patriotique et de me retrouver au milieu d'un aussi grand nombre de mes amis politiques. Choisi avec plusieurs de nos collègues poiur aller à Londres mettre la dernière main au projet de constitution de l'Amérique Britannique du Nord, je dois m'embarquer le sept de novembre, et je ne puis, en conséquence, m'absenter en ce moment de Québec." L'honorable M. Cauchon qui était maire de Québec, écrivait : ** Je pensais pouvoir assister au dîner donné à l'honorable M. Cartier, et je vous l'ai fait savoir, mais les citoyens de Québec, voulant faire de la moi t de M. le lieutenant Bayues l'occasion d'un deuil public et la corporation devant assister en corps à ses fVinérailles, je me vois obligé de rester ici. Vous pouvez dire au comité d*organi$ation que le but de leur dîner a mes pleines sympathies et que j'aurais voulu, en les sanctionnant par ma présence rendre hommage au ciractère et aux services éminents rendus au pays par l'honorable procureur général du Bas-Canada." Ce fût l'honorable M. McGœ qui fut chargé de répondre à ' la santé du gouvernement ; comme toujours il se montra orateur de haute volée. ** Je me lève," dit-il en commençant son discours, " pour payer mon tribut d'hommage à notre hôte, à celui qui a tant fait pour rendre possible la confédération des provinces de l'Amérique britannique du Nord. L'un des principaux obstacles à cette union est provenu du conflit, réel ou supposé, des intérêts de races, de langues et de religions, qui existent en Canada. Et ce conflit n'a pu être évité que par une grande fermeté et beaucoup de libéralité, les uns envers les autres, et par une administration des afl'aires très impartiale, et c'est surtout à l'honorable M. Cartier que nous sommes redevables des heureuses conséquences de cette administration aux vues larges et éclairées. Ce soir, vous êtes réunis dans le seul but de rendre hommage à ses vertus civiques et à ses services, et vous, ses compatriotes, ses électeurs, vous proclamez de la sorte que, pour les services qu'il n'a cessé de vous rendre et qui ont rendu la Confédération possible, il a bien mérité de son pays." M. Starnes s'exprima à peu près dans les termes suivants en proposant la santé de l'honorable M. Cartier. •• Comme notre hôte, dit-il, doit répondre à cette santé en français, j'ai cru par déférence devoir la proposer en anglais. Messieurs, vous éprouvez certainement autant de plaisr c]ue moi de trouver une occasion de témoigner de votre respect pour l'honorable M. Cartier, et de la conflance que vous reposez en lui. {Applaitdissements,) Vous venez ici pour rendre un éclatant témoignage de confiance à M. Cartier, non-seulement en votre nom, mais aussi au nom de tous vos concitoyens Je suis donc certain que votre plaisir égale le mien en cette circonstance. Tout jeune encore, M. Cartier sut gagner l'estime de ses compatriotes. Dès l'année 184 1, des hommes tels que M. LaFontaine et M. Baldwin le sollicitèrent d'entrer dans la vie publique. Ses talents distingués lui méritaient

cette distinction. En 1848, cependant, ces hommes qui font rhonnenr du nom canadien, réussirent à triompher de la répugnance de M Cartier à entrer dans la vie politique. A peine M. Cartier était-il élu député qu'il fUt appelé à entrer dans le ministère. Vous savez les services rendus par M. Cartier, et les sacriQces qu'il a fkits pour son pays. Lorsqu'il entra au Parlement, il possédait une superbe clientèle comme avocat, or qui peut dire que son absence de Montréal ne nuisit pas à ses succès dans la profession ? Vous connaissez aussi les principales mesures qu'il a fait adopter. Il sufBt de mentionner la mesure de la tenure seigneuriale. C'est à M. Cartier que revient en grande partie l'honneur de son adoption. La codification des lois est un autre monument qui fera passer son nom à la postérité, et toutes les grandes mesures pour l'administration de la justice depuis 1857, sont dues encore à l'homme distingué que nous fêtons. Ces mesures d'un intérêt primordial pour le Bas-Canada placent M. Cartier au premier rang parmi les hommes d'Etat qui ont eu à prendre soin de la chose publique dans notre pays. Oui, son nom sera inscrit dans les fastes de notre histoire aussi haut que celui des plus grands bienfaiteurs de notre patrie. D'un autre côté, je défie qui que ce soit de prouver que M. Cartier ait profité de sa position pour s'enrichir; au contraire, il s'est appauvri au service de son pays. Nous pouvons donc saluer en lui, M. Brown l'a admis, un homme d'Etat honnête et distingué. Quant à nous, Canadiens-Français, nous reconnaissons en M. Cartier l'honneur de notre nom. 11 a des adversaires, mais je ne crains pas de dire que ceux-ci même sont forcés de le respecter ; nous le respectons, aussi voilà pourquoi la santé que j'ai proposée sera reçue avec un vrai bonheur. (Applaudissements prolongés.) " Il est impossible de décrire l'enthousiasme avec lequel M Cartier fut accueilli quand il se leva pour répondre. Des hourras frén<^tiques retentissaient comme une tempête dans l'enceinte, non contents de saluer le héros de la fête de leurs vives acclamations les convives étaient montés sur leurs sièges, les mouchoirs voltigeaient audessus des têtes, et |)endant dix minutes, les Vive M. Carlier ! éclatèrent sans interruption. Ce discours est pour amsi dire l'abrégé de sa vie politique.

M. le Maire, Général et Messieurs.

Je vous demande quelques moments d'attention, et j'adresse cette demande plus particulièrement aux convives distingua de ce banquet dont la langue maternelle n'est pas la mienne.

Devant une pareille démonstration je me dis naturellement : Qu'ai-je donc fait f II m'est difficile, sans repasser sur ma carrière politique et parlementaire, de m'expliquer, ce soir, l'honneur insigne que je reçois. Sans doute, les amis qui me fêtent croient

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que je n'ai pas été inutile à mon pays. Maïs je dois chercher à me justifier d'accepter de tels honneurs. (Applaudissements.)

Je me présente devant vous, non comme un homme usé mais après dix-huit années de carrière parlementaire, dont dix années de carrière officielle, prdt à travailler comme au premier jour.

Aux élections de 1844, des hommes éminents tels que MM. Lafontaine et Baldwin voulurent me faire entrer au Parlement Certes ceux que nous avions alors à la tête des affaires, pouvaient bien faire seuls les luttes de parti auquel j'appartiens ; mais en dehors du Parlement, je rendais service, plusieurs de mes amis ici présents en peuvent témoigner. On me reproche d'être ambitieux, à moi qui ai eu tant de répugnance à prendre un rôle parlementaire ou officiel. Enfin, j'acceptai le mandat du comté de Verchères, le préférant à tout autre, parcequ'un de mes ancêtres, nommé Jacques Cartier, avait été un des premiers représentants de ce comté, sous la constitution du Bas-Canada. Je suis né sur la rivière Chambly, comme vous le savea, peut-être, presque tous.

M. Leslie avait été élevé au Conseil législatif en 1848, mes amis me prièrent de me présenter pour le remplacer à .'Assemblée. Je cédai à leurs instances et je fus élu. Un certain nombre de mes compatriotes avident alors, je pense, les yeux fixés sur moi. (Applaudissements.) Avant mou entrée au ministère, j*ai participé, permettez-moi de le dire, à plus d'une mesure de grande importance. Ainsi, en 1849, je présentai une pétition tendant à la construction du chemin de fer du Saint-Laurent et de l'Atlantique, et un acte fut passé conformément à cette pétition. Il inspira au gouvernement Lafontaine-Baldwin le désir de relier Montréal à Halifax.

£n l'année 1852-53, je demandai, encouragé par le ministère Hincks-Morin, la constitution de la corporation de la compagnie du Grand-Tronc et je la fis voter malgré l'opposition la plus acharnée. Je fis aussi voter la construction du pont Victoria. Vous vous rappelez encore les préjugés qu'il y avait contre cette mesure. C'était un ouvrage qui allait produire des inondations à Montréal ; c'était une voie qui détournerait le commerce vers Portland ; mais les préjugés contre les grandes mesures se dissipent bientôt, c'est une tempête passagère. 11 en fut ainsi pour le Grand-Tronc et le pont Victoria. Le Grand-Tronc et le pont Victona ont inondé Montréal d'une abondance de prospérité. (Applaudissements. )

Unb voix : — D'argent !

M. Cartier : — Que serait Montréal sans le Grand-Tronc ? Il nous a assuré le commerce de TOuest. Donc, j'ai eu les préjagés contre moi, mais, je vous Tai dit, la tempête a été passagère. (^Applaudissements.) Yoilà en partie mes actes hors du ministère. Laissez-moi maintenant dire ce que j'ai pu faire comme ministre, je veux, vous le voyez, justifier l'honneur que je reçois de vous. J'ai mon ambition : mais je la crois louable et digne.

En 1851, le gouvernement Hincks-Morin m'avait offert un portefeuille. En 1853, à la retraite de M. John Young, M. Hincks et lord Elgin me pressèrent d'accepter, je refusai encore. Vous voyez par là quelle ambition m'animait. A la retraite de M. Morin, en 1855, je ne pus refuser davantage. La première chose dont je me préoccupai comme ministre de la couronne ce fut l'éducation nationale. Il fallait placer à la tête du département de l'instruction publique dans le Bas-Canada, un homme capable de rivaliser avec le Dr Kyerson, cet habile surintendant du Haut-Canada. Je fis choisir l'honorable M. Chauveau. Je savais quelle grande connaissance il avait des langues française, anglaise, latine et grecque, et je me glorifie aujourd'hui de cette nomination.

Ma première mesure législative en 1856, a placé notre système d'enseignement sur le même pied que celui du Haut-Canada. Quel fruit a-t-elle eu ? Le Bas-Canada, qui, en 1856, n'avait que 1,500 écoles élémentaires, en possède aujourd'hui plus de 3,000. Je suis heureux d'ajouter que c'est cette même loi de 1856 qui a donné aux catholiques les écoles normales Jacques-Cartier et Laval et aux protestants l'école normale McGill.

Depuis le mois de mai 1856, où je suis devenu procureur général du Bas-Canada, je le suis demeuré dix ans, à l'exception d'environ vingt-deux mois. Dans la session de 1857, je compris que la situation faite aux Canadiens-Français dans les townships de l'Est du Bas-Canada, par les systèmes de lois qui y régissaient la propriété, ne pouvnit durer plus longtemps. Il y eut trois mesui'os importantes à présenter: celle, d'abord, qui déterminerait quelle loi devait régir les personnes et les propriétés dans les townships de l'Est, la décentralisation judiciaire, ensuite, et la codification. Aujourd'hui, que la nécessité de ces lois ne se fait plus sentir, aujourd'hui que les réformes sont accomplies, et depuis des années, on ne se souvient plus des inconvénients auxquels on était soumis à cette époque.

Alors un habitant des townships de l'Est, qu'il fW> Canadien^

français, Anglais, Irlandais, ou Ecossais, ne savait pas an juste quelle loi régissait sa personne ou ses propriétés. Un tel état de choses ne pouvait plus guère durer, y y rais tin par une loi qu'avec Taide des mes arois, je fis passer au Parlement. Depuis cette époque, les terres des townshi])s se sont rapidement colonisées. Canadiens-français, Anglais et Ecossais s'y sont portés en foule. Comment ce pays, en eflet, aurait-il pu se peupler ? Comment cen terres incultes auraient-elles été défrichées, si cette incertitude sur le système de lois réglant la tenuro des terres s'éttiit prolongée?

n avait dans le même temps un autre grief : Textrême centralisation judiciaire. L'administration de la justice était restreinte aux seuls sièges des districts do Montréal,de Québec,de Graspé et de quelques autres ressorts. Figurez- vous. Messieurs, cette vaste étendue de territoire qui va de Gaspé aux rapides des Joachims. Comment la justice pouvait-elle y être bien exercée sous le système qui régnait alors? Il y avait là, non-seulement une cause de grief, mais une absurdité. J'ai apporté remède au mal par la décentralisation judiciaire. Je voyais que le Bas Canada, avec ces cinq districts, ne pouvait soutenir la comparaison avec le Haut-Canada qui jouissait déjà d'un système de subdivisions judiciaires par comtés.

Donc, Messieurs, en 1857, j*ai obtenu la décentralisation ; et depuis cette époque, le Bas-Canada a fourni un plus grand nombre d'hommes de loi qui se sont honorés dans leur profession. *

A cette même date de 1857, la population qui ne parlait pas la langue française, aimait cependant nos vieilles lois françaises ; mais elle n'en possédait pas de version en sa langue. Il fallait remédier à cet inconvénient. J'ai avisé aux moyens d'assurer cette facilité à nos compatriotes de langue anglaise. Il importe qu'aucun d'eux n'ignore la sagesse et l'équité de nos lois civiles. On a dit que je ne réussirais point à mener à bien la codification de ces lois. — Moi je crois que les événements ne justifieront pas ces prédictions du moment. En 1858, je devins premier ministre. Quelles furent aussitôt les pnncipales mesures que je proposai ? Une Confédération et Tétablitiisement du chemin de fer de l'Intercolonial. Je fus envoyé en Angleterre avec deux de mes collègues pour ces grands objets. Nous y projetâmes une constitution qui devait, à une époque ultérieure, se réaliser pour toute l'Amérique Britannique du Nord. Je puis vous dire en effet que le projet de

Québec, contient presque toutes les propositions que nous fîmes en 1858.

En 1859, Monsieur le maire, il fallut redresser un autre grief: celui de la tenure seigneuriale. Je voulus Tabolir parce qu'elle entravait le progrès de la ville de Montréal et aussi le progrès de toute la nation. Mais il y eut beaucoup de préjugés encore qui se soulevaient.

J'ai contribué à améliorer la loi criminelle. C'est moi qui, en 185*7, présentai la loi autorisant la Cour du Banc de la Eeine à siéger en révision des décisions des juges de la Cour criminelle. C'est moi qui ai introduit une loi pour l'administration sommaire de la justice criminelle. J'ai aussi avec l'honorable J.-A. Macdonald, mon collègue, fait passer la loi établissant des maisons de réforme, et à l'avant dernière session j'ai fait abolir en certains cas la peine de mort.

On m'a dît en ce qui concerne le Haut-Canada, que ma conduite, avait été plus ou moins appréciée, discutée avec plus ou moins d'aigreur : je défie pourtant qui que ce soit de prouver que j'aie jamais fait voter pour une section du pays une loi qu'elle n'ait pas agréée. J'ai appuyé la mesure législative de l'honorable M. J.-A. McDonald, pour le règlement de l'importante question des réserves du clergé ; nous, catholiques du Bas-Canada, nous n'avons pas voulu que l'on spoliât l'Eglise du droit d'avoir part aux réserves. J'ai soutenu cette mesure, mais à condition que les droits des titulaires de toutes les communions seraient garantis.

J'arrive à une époque capitale pour nous. Quand je suis rentré au pouvoir en 1864, nous avons fait une coalition avec l'honorable M. Brown^ et elle a amené la Confédération. Je n'ai pas l'intention de m'étendre sur ce sujet parce que d'autres le feront. Mais vous verrez que c'est le mémoire de 1858 qui a produit le résultat de 1864. Qui dit confédération dit agrandissement, non-seulement pour le Bas-Canada, mais encore pour toutes les provinces de l'Amérique Britannique du Nord. Le projet de confédération a été voté par les Chambres en 1865, et à la session dernière, nous avons adopté un d'organisation provinciale, en sorte que nous sommes prêts aujourd'hui à aller en Angleterre pour y faire approuver et le projet qui intéresse toutes les provinces et celui qui nous concerne le plus spécialement. Voilà, Messieurs, toute ma carrière politique. Vous savez que je suis catholique ; j'aime ma religion,

la croyant la meilleure ; mais tout en me disant hautement

catholique, je crois de mon devoir comme homme public, de respecter la sincérité et les convictions religieuses des autres.

Je suis aussi Canadien-français, comme un grand nombre de ceux que je vois autour de moi. J'aime ma race, j*ai pour elle une prédilection bien naturelle assurément; mais, comme politique et comme citoyen, j'aime aussi les autres. Et je suis heureux de voir, par cette réunion de concitoyens de toutes classes, de toutes races, de toutes religions, que mes compatriotes ont reconnu ces sentiments chez moi : j'ai déjà eu l'occasion de proclamer en Parle ment que la minorité protestante du Bas-Canada ne devait rien craindre de la législature provinciale sous la Confédération. Ma parole est engagée et, je le répète, il ne sera rien fait qui soit de nature à blesser les principes et les droits de cette minorité. J'en prends à témoin tous les convives protestants qui m'écoutent. La parole que je donne sera gardée ; c'est celle d'un homme d'honneur. Je vois ici à mes côtés des militaires distingués dont la divise est : " Mourir pour la patrie." Quelle doit être la divise de l'homme d'Etat ? : " Tiens ta parole jusqu'à la mort."

Après vous avoir dit que les protestants du Bas-Canada auront toutes les garanties possibles, je dois ajouter que la minorité catholique du Haut-Canada aura les mêmes garanties, et je vous en donne aussi ma parole solennelle : La minorité catholique du Haut-Canada sera protégée à l'égal de la minorité protestante du Bas-Canada. Toutes les appréhensions à ce sujet sont vaines et fausses. Ne vous y arrêtez pas , et, j'y insite, tout ira bien. Si j'ai été peu long je le devais à moi-même et à vous ; car j'avais à vous fournir les moyens de justifier quelque peu l'honneur que vous me faites.

Mes amis, nous avons devant nous une ère de gloire : nous entrons dans la Confédération. Qu'elle ne vous effraie pas ! Ce n'est pas autre chose, au reste, que la réalisation d'un dessein du premier Européen, qui ait mis le pied en Canada : Jacques Cartier. Le Bas-Canada voudrait-il donc limiter l'influence de la race française aux bornes étroites de notre province ? Quand, en 1534, Jacques-Cartier, après avoir touché à Terreneuve, vint découvrir une partie du Canada et du Nouveau-Brunswick, il en assura la possession à la France. François 1er, qui réclamait sa part de l'Amérique en vertu du testament d'Adam, renvoya Jacques Cartier, qui étendit ses découvertes. Ce que le navigateur appelait i'Acadie comprend le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse.

Ainsi les pays que Jacques-Cartier a rieconnus ou dëcouvertSy en partie du moins, vont bientôt se trouver rëgis par un même gouvernement. Avec la (Tonfédëration, nous réaliserons une vue de ce grand homme : la réunion de toutes les provinces qu*il avait découvertes. S'il sortait aujourd'hui de la tombe, il jetterait sans doute un regard de satisfaction sur ce vaste pays, que la civilisation éclaire de ses lumières et auquel la Confédération va bientôt ouvrir une ère de prospérité et de bonheur.

Les Canadiens-Français ne doivent pas avoir peur des Anglais. Après tout, ils ne sont pas si eif rayants. {Rires,) Admirons plutôt leur énergie et leur pei'sévérance, imitons-les. Pour être d'excellents Canadiens-Français, il faut posséder avec les qualités de notre race, les meilleures de celles des Canadiens- Anglais. {Applaudissements,) Nous descendons en partie des Normands, et les Anglais possèdent aussi, infusé dans leurs veines, du sang de cette race héroïque, depuis les jours de Guillaume le Conquérant.

Avant de terminer, je voudrais dire un mot sur les institutions britanniques qui nous gouvernent. C'est le seul gouvernement au monde qui, tout en utilisant l'élément démocratique, a su le tenir dans les limites raisonnables. L'élément démocratique a une heureuse action dans la sphère politique, lorsqu'il est balancé par une autre force. Nous avons cet avantage sur nos voisins les Américains, qui ont la démocratie extrême. Il n'en est pas autrement dans l'ordre politique que dans l'ordre physique. J\ faut que la force centripète soit en raison de la force centrifuge.

Le découvreur apportait avec lui les principes monarchiques que j'aime et que je chéris. Jacques Cartier est mon homonyme : je voudrais marcher sur les traces de cet homme illustre et ne pas déroger à ses grands dessein!. Si après trois siècles encore rhistoire, venant peut-être à mentionner mon nom comme celui d'un homme qui a fait quelque chose pour sa patrie, disait que j'ai un jour forligné, on aarait ma mémoire en horreur, et je ne veux pas qu'il en soit ainsi ! {Applaudissements prolongés.)

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