‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 179 sur 286 · RETOUR DE SA MISSION A LONDRES · texte numérisé non relu

RETOUR DE SA MISSION A LONDRES

seconde délibération, il traversait l'épreuve définitive, le 8 mars, au milieu d'acclamations unanimes. Le 29 mars, le bill recevait la sanction de la Reine. Leur grande œuvre accomplie, il ne restait guère plus aux délégués qu'à revenir au pays où les attendaient maintes ovations. Plusieurs d'entre eux restèrent toutefois quelque temps encore à Londres pour surveiller le bill de garantie du chemin de fer Intercolonial, qui fut adopté à la Chambre des Communes par une majorité de 170 voix. Quant à M. Cartier, il partit pour Rome où il fut accueilli avec empressement par Sa Sainteté Pie IX, qui n'avait pas oublié tout ce qu'avait fait le ministre canadien pour la cause catholique. De retour à Londres, l'honorable M. Cartier s'embarqua à bord du steamer Hibernian pour le Canada. Il atteignit Québec, le 16 mai 1867, et là, comme à la Pointe-Lévis, l'on put compter par centaines les citoyens distingués qui allèrent lui présenter leurs hommages et lui exprimer la joie qu'ils ressentaient de son heureux retour. Le lendemain il quittait Québec, à bord du Grand-Tronc, pour Montréal, et ce voyage fut tout un triomphe. Les citoyens de Victoria vil le, d'Arthabaska et d'Acton lui présentèrent des adresses des plus sympathiques. Le Courrier de Saint-Hyacinthe raconte dans les termes suivants la démonstration dont il fut l'objet dans cette ville : *• Dès trois heures de l'après-midi, la gare du chemin de fer présentait le spectacle le plus animé. Près de trois cents personnes s'y pressaient, attendant le moment favorable pour saluer cet homme à qui le Bas-Canada a confié ses destinées. Plusieurs citoyens de Montréal étaient venus jusqu'ici en députation pour le recevoir. Vers cinq heures, le convoi arriva et des acclamations enthousiastes saluèrent M. Cartier lorsqu'il parut. Chacun se pressait autour de lui, heureux de lui donner la main. Lui-môme paraissait tout ému de cette réception cordiale. M. Raymond, M. P. P., lut une adresse de bienvenue, à laquelle M. Cartier répondit en substance comme suit : "

Messieurs,

Je ne saurais vous dire comme je suis honoré de cette démonstration des citoyens de Saint-Hyacinthe, à laquelle, je l'avoue, je ne m'attendais pas. Pour répondre dignement à votre adresse, je vous parlerai avec franchise et avec cordialité.

Oui, Messieurs, comme vous le dites, je viens après Taccomplissement d'un grand acte politique, après Télaboration complète et entière d'une constitution. Cet acte, cette constitution a pour résultat l'union, sous un même gouvernement, des Canadas, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, et cette union ellemême a pour résultat de faire de nous une nation. Nous marchons

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vers de plus hautes destinées ; le nom de Canada a fVanchi nos frontières, il s'étend aujourd'hui aux provinces du Golfe.

Lorsque mon homonyme, Jacques Cartier, mit le pied sur nos plages et eut découvert cette magnifique étendue de pays qui forme aujourd'hui les colonies britanniques de l'Amérique du Nord, il donna le nom de " Canada " non pas seulement aux deux provinces que nous habitons ; mais aussi, comme je le disais tout à rheure à nos amis d'Acton, aux colonies du Grolfe. Aujourd'hui, avec la Confédération, nous sommes revenus aux anciennes frontières marquées par Jacques Cartier. La Confédération embrasse aujourd'hui tout le pays qui était autrefois compris sous le îiom de ** Canada." Je dis " aujourd'hui," car à l'heure qu'il est, la proclamation royale qui doit fixer le jour de l'entrée en vigueur de l'Acte fédéral, a été lancée ; nous la posséderons dans quelques jours.

Messieurs, ne perdez point de vue qu'avec l'union fédérale, nous devenons la troisième nation maritime commerciale du monde. J'ai mentionné ce fait à Paris, et je puis vous dire qu'en France on prend un grand intérêt à ce noyau de Français qui, si loin de l'ancienne mère-patrie, conservent intact le dépôt de ses traditions. Ces sympathies nous honorent et nous devons en être fiers. On comprend, en France, que la Confédération est pour les colonies de TAmérique britannique du Nord le seul moyen d'échapper à l'annexion aux Etats-Unis ; et l'on sent bien, dans le pays de nos pères, qu'il est de l'intérêt du reste du monde que les Etats-Unis n'élargissent point d'avantage leurs frontières ; voilà, à part les liens du sang, pourquoi, les Français suivent avec intérêt la marche des événements politiques dans ce Canada qu'ils regrettent de ne plus posséder. Ils s'étonnent singulièrement de ce que, étant de même race qu'eux, nous ayons pu accomplir comme nous l'avons fait un acte sans parallèle dans l'histoire, c'est-à-dire que nous ayons pu traverser une grande révolution politique sans verser un peu de sang dont ils sont si prodigues.

Pour nous, cette révolution pacifique nous a semblé facile, par ce que l'entente et la bonne volonté ont concouru à son accomplissement. La Confédération a été un compromis, elle conserve encore aujourd'hui son caractère. Vous vous souvenez que l'on disait qu'elle serait contraire aux intérêts bas-canadiens, à la religion du Bas-Canada. Plusieurs mêmes qui n'entretenaient pas cette opinion, disaient que l'on ne savait à quoi s'attendre de l'Angleterre ; que l'on avait pu élaborer une bonne conbtilution

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