‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 2 sur 286 · A SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

A SAINT-DENIS

Les élections de septembm 1844 eurent une grande importance. Le ministère La Fontaine-Baldwin s'étant démis, parce que le gouverneur, sir Charles Metcalfe, n'avait pas voulu accepter sa recommandation pour des nominations à des charges publiques, ce qui mettait en jeu tout le principe de la responsabilité des ministres, M. Denis-Benjamin Viger forma un cabinet avec M. W. Draper, qu'il avait combattu jusqu'alors. Le 23 septembre, la législature fut dissoute et des élections générales suivirent. Le lendemain, M. Denis-Benjamin Viger adressait la parole à Saint-Denis, comté de Saintliyacinthe, et M. George-Etienne Cartier lui donnait la réplique. Le ministère fut battu dans le Bas-Canada, et M. Viger se vit repousser par deux comtés ; mais le gouverneur, car c'était lui qui régnait pratiquement, obtint la majorité dans le Haut-Canada. M. Thomas Bouthillier gagna le comté de Saint-Hyacinthe, où M. Cartier prononça le premier discours que les journaux rapportent de lui. Cette analyse, évidemment, est bien incomplète.

Messieurs,

Vous venez d'entendre le discours de M. Denis-Benjamin Viger, le président du Conseil exécutif. Ce discours ne saurait avoir mon approbation, non plus que la conduite tenue par cet honorable

t LA RESPONSABILITÉ MINISTËRIELLB

monsieur en acceptant de former une administration à la demande de Bir Charles Metcalfe.

La question qui agite le pays, la voici en peu de mots : faire triompher le principe de la responsabilité ministérielle, posé dans les résolutions de 1841, et mis en pratique sous sir Charles Bagot.

Or, que disent ces résolutions ? que le plus important et le plus incontestable des droits d'un peuple est d'avoir un parlement qui protège ses libertés, qui exerce une influence constitutionnelle sur l'exécutif, qui légifère sur toutes les matières de son ressort ; que le gouverneur, tout en étant comptable aux autorités impériales seules, doit conduire nos affaires avec l'assentiment de ministres responsables, et que ces ministres doivent jouir de la confiance des représentants du peuple.

Sir Charles Bagot voulut faire un essai loyal de ces résolutions, voilà pourquoi il appela au pouvoir notre digne et respecté chef, M. La Fontaine, qui, avec son éminent collègue, M. Baldwin, représentait réellement la majorité du sentiment populaire. Son successeur, sir Charles Metcalfe, refusa de suivre l'avis do ses ministres dans des matières qui étaient de leur ressort absolu, et je suis ici aujourd'hui pour le blâmer. Il s'est trouvé trois députés bascanadiens pour l'approuver, et M. Viger est un de ceux-là. Non content d'avoir mal voté, il est devenu le principal conseiller du gouverneur et s'est allié à nos pires ennemis. Qu'est devenu l'homme qui resta dix-neuf mois derrière les verrous pour ne pas souscrire à des conditions qui n'étaient pas d'accord avec l'honneur de son pays ? Les temps sont bien changés.

Il n'y a plus à craindre le retour des événements de 1837, causés par les agissements d'une minorité qui voulait dominer la majorité et exploiter le gouvernement dans son intérêt. Les événements de ISSÏ ont été mal interprétés. Le peuple avait plutôt pour but de réduire au néant cette minorité oppressive, que d'amener une séparation de la province d'avec la mère-patrie. Mais, heureusement, nous pouvons espérer d'avoir franc jeu depuis la concession du gouvernement responsable, qui oblige le chef de l'administration de s'entourer de conseillers jouissant de la confiance de la majorité.

La minorité se trouve aujourd'hui dans l'impuissance de faire le mal. C'est en vain qu'elle cherche à relever la tête pour dominer encore, elle se brisera à ce jeu. Les événements de 1837 et 1838 ont coûté à PAngleterre des sommes d'argent trop énormes

pour qu'on ait à appréhender qu'elle appuie une pareille tentative. Au reste, la majorité est autrement loyale et fidèle que la minorité, qui est trop souvent guidée par Tintérêt dans ses effusions de loyauté.

La responsabilité des malheureux événements de 1837 pèse sur la tête de ceux qui dirigeaient l'opinion publique à cette époque. M. Viger était un de ceux-là, et, avec l'influence qu'il avait, il aurait dû mieux conseiller ses compatriotes ; lui et ses amis, auraient dû, dis-je, se conduire en politiques plus éclairés et plus clairvoyants. Maintenant M. Yiger cherche à nous diviser en se prêtant aux manœuvres de sir Charles Metcalfe ; mais le Bas- Canada lui dira dans quelques jours, d'une voix à peu près unanime, qu'il reste uni et inviolablement attaché au principe de la responsabilité ministérielle. Là est le salut dans les luttes du présent comme dans les luttes de l'avenir.

Electeurs de Saint-Denis, vous avez fait preuve de courage le 22 novembre 1837, quand, armés de quelques mauvais fusils, de lances, de fourches et de b&tons, vous battiez les troupes du colonel Grore ! J'étais des vôtres et je crois n'avoir pas manqué de bravoure. Aujourd'hui, je vous demande une preuve plus grande, mieux raisonnée do patriotique intelligence, je vous conjure de repousser par vos votes, arme encore plus formidable, ceux qui veulent continuer l'oppression en vous privant des avantages du gouvernement responsable. Oui, électeurs de cette noble paroisse, faites votre devoir, donnez un exemple salutaire, et le Bas- Canada sera fier de vous!

SUR LE

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