LE BILL DE LA MILICE
traste entre pa mesure et l'ancienne, il passe maintenant cette partie sous silence.
M. Cartier. — L'explication est facile. L'an dernier, il fallait acheter les canonnières ; de là la somme. Aujourd'hui, le gouvernement possède deux canonnières, et n'a nullement besoin d'un vote de fonds à cette fin. En outre, les canonnières sont en grande partie entretenues par le gouvernement impérial.
En réponse à l'honorable J.-S. Macdonald.
M. Cartier poursuit : — Le rassemblement des compagnies en activité s'affectuera en vertu de règlements promulgués de tempe à autres, suivant les besoins de chaque district. J'ajoute que l'allocation annuelle de $400,000 ne sera peut-être pas toujours dépensée entièrement. En pareil cas on pourra employer l'excédent à acheter des tentes aux compagnies. D'après un état que j'ai sous les yeux, les tentes nécessaires pour les officiers et les soldats de 200 divisions régimentaires, coûteraient en Angleterre, $86,000. Le bill dispose que le gouverneur en conseil fera des règlements pour la mise en application de la loi de milice, et que ces règlements seront communiqués aux Chambres dans les vingt ou trente premiers jours de la session. En temps de guerre, le service serait obligatoire, avec privilège, néanmoins, pour l'enrôlé de fournir un remplaçant. En temps de paix, tout homme sera également tenu de servir, mais pourra s'exempter du service soit en fournissant un remplaçant ou en payant $30.
M. Jones. — Des garanties seront-elles exigées des jeunes gens instruits et gradués dans nos écoles militaires, afin qu'ils ne quittent pas le pays, pour aller servir à l'étranger ?
M. Cartier. — Aucune loi n'oblige les jeunes gens instruits dans nos écoles militaires à rester dans le pays. Ils sont libres d'aller où bon leur semble, et le pays ne peut qu'être fier d'avoir donné à ceux qui partent une bonne éducation militaire. La jeunesse canadienne, je suis heureux de le dire, est d'humeur assez martiale. 11 est notoire aujourd'hui que 50,000 Canadiens se sont enrôlés dans l'armée américaine du Xord, pendant la guerre de la sécession. Et cent-cinquante jeunes gens viennent de partir volontairement pour s'enrôler dans l'armée pontificale. Ils vont coinbattre Garibaldi, qui est le grand fénien de l'Italie. Ils vont défendre Sa Sainteté le Pape qui est l'ennemi le plus déterminé des féniens. Et je suis sûr de ce que j'affirme ici, car, lorsque j'ai eu l'honneur, en compagnie de M. T. D'arcy McGee, d'obtenir une audience de
Sa Sainteté, la première question qu'Eile m'a adressée, a été celleci : '^ J'espère, mon cher fils, que les féniens irlandais d'Amérique ont cessé de troubler la paix de votre pays ? " J'ajoutend, à ce propos, que toute l'Eglise catholique est opposée au fénianisme.
M. J.-S. Macdonald. — L'insuccès du biil de 1862 a clairement démontré que toute loi de milice coercitive répugne à la population du Canada. Je crois qu'en l'absence de danger, la mesure actuelle, ou toute autre qu'on pourrait présenter, sera lettre morte pour la gi'ande majorité des miliciens. Mais qu'il survienne un danger, et tous les Canadiens voleront aux armes pour la défense de leurs foyers et de la patrie. On se rappelle avec quelle générosité les Chambres votèrent, un jour, les allocations énormes à cette fin et avec quelle imanimité tout le pays sut applaudir à cette décision de la législature. L'honorable ministre de la milice a fait un brillant tableau des hauts faits que pourniîent accomplir 700,000 Canadiens appelés tout à coup sur les champs de bataille. Mais je sais parfaitement que le bill actuel n'assure aucunement la bonne instruction militaire de cette immense armée. J'excepte toutefois la milice active.
M. Cartwright et plusieurs autres membres de la droite ont attaqué violemment dans le temps, la mesure que je présentais, et où ils trouvaient mille défauts. Ces attaques étaient fondées, en général, sur une dépêche du ministre des colonies, exigeant que le Canada entretînt 50,000 hommes en état d'activité militaire. L'honorable ministre des finances fut l'un de ceux qui me reprochèrent le plus vivement de n'avoir pas su élever mon patriotisme à la hauteur de cette exigence du cabinet anglais. Je suis curieux de savoir quelle attitude mes honorables adversaires vont prendre, aujourd'hui que le ministre de la milice se contente de 40,000 hommes dans des circonstances beaucoup plus critiques et après l'adjonction de deux nouvelles provinces.
Ici l'honorable monsieur lit des passages de la dépêche du duo de Newcastle, qui demandait le maintien d'une milice active de 50,000 hommes et voulait obliger le gouvernement canadien à créer en cinq ans un fonds applicable à la défense du pays, et dont le gouvernement impérial aurait à l'exclusion du Parlement canadien le contrôle et la disposition.
Le cabinet dont j'étais le chef, n'hésite pas à répondre que, selon l'usage du pays, les deniers publics ne pouvaient être dépensés qu'avec l'approbation du peuple, et que l'entretien de 50,000 mili-