L'ACQUISITION DU NORD-OUEST
Il faut se réjouir de ce résultat. Je puis dire que Tapparente hostilité qu'il y avait entre le Canada et la compagnie n'existe plus.
Nous sommes en paix et amitié et la compagnie a le même intérêt que le Canada au développement de ce territoire.
J'ai donc les meilleures raisons de croire que le compromis sera approuvé avec empressement par le Parlement auquel nous aurons d'autres explications à donner.
Quant à ce qui me regarde comme chef — titre que je tiens de la confiance du pays depuis douée ou quinze années— on a prétendu, pour me l'imputer à blâme, que mes compatriotes du Bas- Canada étaient opposés à l'acquisition du territoire de la Baie d'Hudson. Je suis prêt à affirmer en Parlement que le reproche n'est pas mérité. Nous ne nous sommes jamais opposés à Tacquisition du territoire, et je suis certain que la grande majorité des habitants du Bas-Canada approuvera la mesure. Alors, si les habitants du Haut-Canada s'opposaient au compromis, eux seuls en devront porter la responsabilité. Je le répète, le Bas-Canada, lui, est prêt à accepter le compromis. Mais je ne pense pas que le Haut-Canada s'y refuse sérieusement lorsque toute la question aura été expliquée. Ce sera mon devoir de demander aux adversaires ce qu'il faut penser de leur sincérité durant les dix ou quinze années dernières où ils n'ont cessé de réclamer à grands cris l'acquisition du Nord-Ouest.
Si vous me permettez d'aller au delà de votre adresse, je vous dirai combien je suis satisfait des résultats de la session de la législature à Québec. Je me rappelle qu'en 1866, lors de la discussion du projet du système fédéral, la minorité protestante éprouvait quelque crainte au sujet de l'instruction publique. *) 'ai la réputation comme homme politique de remplir mes promesses ; mais je dois vous dire que cela ne m'est pas difficile, vu que je n'en fais point ou très rarement. Je suis fort prudent sur ce point. Pour revenir aux craintes que faisait naître le projet de Confédération, j'ai pris sur moi d'affirmer à la minorité protestante du Bas-Canada qu'elle n'avait aucun sujet de s'alarmer, que la législature de Québec lui rendrait toujours justice. J'ai appris avec plaisir que cette parole a été accomplie par mon ami l'honorable M. Chauveau et ses collègues. Quoique je m'y attendisse, rien ne pouvait m'être plus agréable dans le moment où j'ai appris ce fait. Ne démontre- il pas la libéralité qui inspire les catholiques du Bas-Canada ? Je connaissais bien toute cette libéralité lorsque j'ai fait ma pro-
messe. Une chose qui me ftit bien agréable, c'est la confiance que me témoigna la minorité protestante en cette circonstance vraiment très importante pour elle. En voyant que mon engagement a été fidèlement tenu, sans en être surpris, je m*en réjouis. C'est un de ces moments heureux qui surviennent de fois à autres dans la vie des hommes politiques. On pense généralement que l'homme d'Etat mène une vie facile. Que Ton se détrompe ! Si le lit parait être de roses, on ne sait pas toujours que les épines y sont vraiment trop nombreuses.
Je vois avec joie la situation de l'échiquier de la province de Québec, si bien administré par notre habile ami, l'honorable M. Dunkin. Tel est l'état de nos finances qu'il fait disparaître toutes nos craintes, et nous assure qu'on n'aura point à recourir à la taxe directe pour suffire aux dépenses. Permettez- moi encore, Messieurs, de vous exprimer mes remerciements pour l'honneur que vous m'avez fait en m'écoutant avec une telle attention et pour la confiance dont vous m'honorez depuis plus de quinze ans. J'espère ne rien perdre de cette confiance.
Je n'ai jamais fait appel aux préjugés, j'ai plutôt, comme homme politique, proposé et fait voter des mesures très impopulaires dans le temps, mais qui ont été avantageuses au pays. Je ne me guide pas d'après les préjugés populaires, je ne consulte et ne consulterai jamais que ma propre conscience.
SUR LE