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LE SALAIRE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL

M. l'Orateur,

Je croi8 que nous devons nous féliciter du progrès qui s'est fait dans les esprits sur cette question.

A la dernière session, le député de Châteauguay (M. Holton) nous a dit qu'il voterait pour que le traitement du gouverneur général ftit maintenu à £10,000, si tel était le désir des autorités impériales. Nous avons reçu depuis une dépêche du ministre dos colonies, portant que c'est bien là le désir du gouvernement impérial. Oe point est donc réglé.

A la conférence tenue à Londres, lorsqu'il s'est agi d'élaborer l'Acte de la Confédération, nous avons convenu de payer au gouverneur général un traitement de £10,000, mais les autorités impériales n'exigèrent du Canada aucune liste civile. Lord Camarvon nous laissa le contrôle absolu de notre liste civile, sans y attacher la moindre condition. Tout ce qu'il nous a demandé, c'est le paiement du traitement du représentant de la Eeine au chiffre que je viens de mentionner.

La dépêche du duc de Buckingham mande que ce traitement n'est pas trop élevé, mais elle ne dit pas que ce Parlement n'a pas le droit d'intervenir, elle nous fait connaître seulement la pensée impériale.

L'amendement qui est proposé par l'honorable député de Lambton, est, en substance, celui de l'honorable ministre de la justice. La seule différence est que ce dernier déclare qu'il n'est pas désirable de changer le traitement du gouverneur général pour les raisons énoncées dans la dépêche du duc de ]Buckingham, tandis que l'amendement du député de Lambton, mettant de côté la motion principale, dont tout le monde semble vouloir se débarrasser (JKd'res), affirme la possession de droits par cette Chambre, dont personne ne nie l'existence. Comme il s'agit principalement d'écarter la motion de l'honorable député d'Oxford-Nord, et que l'amendement du député de Lambton nous permet d'atteindre ce but, nous lui donnons volontiers notre adhésion.

L'ACQUISITION DES TERRITOIRES DU NORD-OUEST

A LA CHAMBRE DES COMMUNES

A cette séance, sir Georges Cartier présenta une série de résolutions pour ratifier l'arrangement qu'il avait conclu, au nom du Canada, avec le gouvernement impérial et la Compagnie de la Baie d'Hudson pour l'acquisition des Territoires du Nord-Ouest. Ces résolutions ne soulevèrent guère d'opposition, et un amendement proposé par M. Levisconte, qui aurait eu pour eflTet de les renvoyer aux calendes grecques, n'obtint que 15 voix contre 121. Voici les noms de ces 15 députés: MM. Béchard, Bourassa, Carmichael, Cheval, Chipman, Coupai, Forbes, Geoffirion, Godin, Killam, Levisconte, Paquet, Pelletier, Smith et Tremblay.

M. rOrateur,

Je n*ai pas besoin de dire que le gouvernement, en présentant les résolutions dont je vais parler, en a compris toute l'importance. Depuis plusieurs années déjà, la question qu'elles tendent à résoudre a provoqué le plus vif intérêt. L'ancien Parlement en a lui-même été saisi. Aussi n'ai-je pas l'intention de donner d'explications préalables. J'entrerai de suite dans le vif du sujet, de telle sorte que la Chambre pourra se prononcer avec pleine connaissance de cause. Le gouvernement a produit les documenta et la correspondance qui se rapportent à cette mesure, et je suis convaincu que mes collègues du Parlement ont appris avec plaisir que le Canada allait devenir propriétaire d'un immense territoire.

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A ce propos, il est intéressant de jeter d'abord un coup d'œil rapide sur l'exteneion du territoire de« Etats-Unis. Tout le monde eait que les treize colonies originaires étaient d'une 4<ten(iue ntlalivement limitée lorsqu'elles devinrent indépendantes de l'Angleteri-e. Uaia elles ne tardèrent pas & sentir le besoin d'agrandir leur donmine. La Louisiane fut acheta, puis les vastes solitudes de l'Ouest furent ouvertes i, la oolonisatioa et finalement, les colonies américaines étendirent leur empire de l'Atlantique au Pacifique. Il est inutile de signaler l'influence extrême que ces acquisitions de territoire ont exercée, durant la courte période dos cinquante dernières années, sur la prospérité et le progrès de la république voisine. A son tour, le Cajiada, grâce aux arrangements &it« avec la Grande-Bretagne, peut acquérir un territoire plus vaste et, it certains pointe de vue, plus important que celui quelesEtata-Unis ont ajouté àleursdomainos, durant le laps d'un demi-siècle.

La Colombie- Britannique est prête à se joindre à nous — b faire partie de notre grande Confédération, et Terreneuve semble sur le point d'unir ses destinées aux nfîtres. On voit par là combien le Canada s'agrandit rapidement On a cependant prétendu que nous n'avioim pas pro>;reBsé depuis la Con fédération, depuis que le Canada, le N^ouveau-Brunswick et la Xouvelle-Ecosse se sont alliés ; et voilà encore que le territoire canadien va s'étendre jusqu'à comprendre toutes les régions au nord du continent entre l'Atlantique et l'Océan Pacifique. Dans l'intervalle, le nom du Canada s'est répandu au loin. Nous avons eu à négocier en premier lieu avec le duc de Buekingham, qui représentait le gouvernement impérial et ensuite, au changement de ministère, avec le comte de Granville. Ce changement de gouvernement en Angleterre, est surtout ce qui a retardé la terminaison des négociations. A celte première cause de retard, il faut ajouter la grave maladie qui a malheureusement frappé mon collègue, l'honorable M. Me- Dougall, et qui a mis nos jours en danger. Bien plus, pour comble à son affliction, sa femme expiriiit de o« cSlé-ci de l'Atlantique, pendant qu'il était absent. L'honorable monsieur a la sympathie de toute la Chambre. Il a fait de grands sacrihces pour son pays; ses concitoyens lui seront reconnai^ssunts de la part qu'il a prise à l'acquisition du Nord-Ouest, de tous les services qu'il a rendus au Canada. {Beautés I Ecoutez I)

Deux considérations principales ont engagé la Compagnie de la

Baie d'Hudson à nous céder ses droits : la première est le paiement d'une somme fixe de £300,000 ; la seconde, la réserve que nous lui accordons du vingtième des terres concédées. On pensera peut-être que la Compagnie a fait là un excellent marché. On se tromperait, ces conditions nous sont plus favorables que celles qu'avait approuvées le Parlement canadien à sa première session. Dans l'adresse qui fut alors présentée à la Beine, aucune somme d'argent n'était promise. Le gouvernement canadien demandait seulement que les titres de propriété lui fussent transférés, tous les autres droits de la Compagnie restant intacts. Nous aurons maintenant à traiter avec elle sur une base différente. Il est heureux que le gouvernement impérial ne nous ait pas procuré ces territoires aux conditions énoncées daus cette adresse ; car la convention nouvelle nous est bien plus avantageuse. En payant £300,000, nous nous mettons à l'abri de tous troubles à l'avenir. Garanti par le gouvernement impérial, ce paiement équivaut tout au plus à £13 ou £14,000 par année, durant quarante ou quarantecinq ans. Comme compensation, nous aurons les recettes douanières, qui égaleront presque les sommes à payer ainsi annuellement. On pourrait aisément prouver que la population actuelle des territoires vaudra bien pour le Canada, ce que lui auront coûté ses nouvelles possessions. En Angleterre, on s'est beaucoup occupé du projet, et sous le régime libéral comme sous le régime conservateur, on s'est toujours montré très désireux de voir cette question réglée ; j'entends depuis 1858, année où je traversai l'Atlantique avec les honorables MM.Galt et John Eoss, jusqu'à la convention de ces jours derniers. Les territoires que nous acquérons sont presque aussi grands que les Etats-Unis.

J'ai quelquefois entendu préconiser l'indépendance, mais je n'ai aucune sympathie pour cette cause. (Ecoutez ! Ecoutez /) Il est bien probable que ceux qui parlent d'indépendance ne comprennent pas assez la portée de leurs paroles. Nous n'avons pas besoin de plusd'indépendancequo nous n'en possédons (Ecoutez l Ecoutez l) et, pour ma part, je désire m'en tenir à l'union avec l'Angleterre. (Ecoutez ! Ecoutez I)

J'ai établi que le prix payé est peu considérable, je passe maintenant à la réserve des terres. La Compagnie a le droit de retenir la vingtième partie des terres fertiles. Supposons que l'étendue des terres fertiles soit de quarante millions d'acres, la compagnie n'aura donc plus droit qu'à deux millions d'acres, choisis en blocs,

6ai L'ACQUISITION DES TBRRITOIRBB DU NORD-OUEST

à infime la masee, et sujets aux redevancee municipales. Elle devra faire le choix dans les dix ans qui suivront la délimitation des townships, et seulement sur le terrain qui n'aura pas encore été vendu. Cette concession de terres nous sera très avantageuse.

On évalue à 130,000 ou 200,000 le nombre des Indiens, répandus dans ces régions. La Compagnie de la Baie d'Hudson les a toujouis fort bien traitée et a réussi & s'en faire âstimer. Le Canada pourra compter sur son aide pour se mettre en bonnes relations avec eux, et pour bien administrer leurs affaires.

Si noue comparons le Canada aux pays voisins, nons conâtatons que sa population est presque égale k celle de la Nouvelle- Angleterre, de l'Etat de New- York et de la Fensylvanie respectivement. La population n'augmente pas très rapidement dans la Nouvelle- Angleterre. Dans l'Etat de New- York, l'augmentation se limite presque entièrement aux grandes villes, tandis que la Fensylvanie reste k peu près stadonnaire- Par contre, dans les provinoaB d'Ontario et de Québec, au Nouveau-Bru nawick, i la Nouvelle- EcOBse, et austâ k Terre-Neuve qui noua appartiendra bientdt, la population s'accroît beaucoup plus vite. Avec le Nord-Ouest ajoutiî à notre domu ne, nous aurons dévastes prairies qui attireront si fortement l'immigration que d'ici dix ans le recensement prouvera que le Canada se développe plus rapidement que les contrées de la République qui l'avoiùnent.

A àx heures, l'orateur quitte te fauteuil.

APBfcS L'AJOTJRNKHINT.

Je prétends que les provinces d'Ontario, de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse possèdent un sol capable de nourrir uue population égale k celle des contrées des Etats-Unis qui sont sur leurs frontières septentrionales, et comme l'augmentation de la population des Etats-Unîa a lieu principalement dans leurs prairies de l'Ouest, nous serons tout aussi favorisés qu'eux, par suite de l'acquisition que nous faisons des territoires du Nord- Ouest, plus étendus même que lesprairiesaméricaines. Déjà nous avons presque complété notre agrandisse )nent territorial, puisque la Colombie- Britannique est k la veille de s'unir à nous. Dans dix ans, la population du Canada aura doublé et notre commerce aura pris un immense e^eor ; nous aurons augmenté notre marine marchande non-seulement du cSté des provinces de l'Atlantique

mais au8iîi du côté de la Colombie-Britannique. La construction d'un chemin de fer d'un océan à l'autre sur notre territoire est en per8])ective à présent. Ce chemin de fer canadien serait de douze cents milles plus couH que le Transcontinental des Etats-Unis.

Aussitôt les résolutions adoptées et l'adresse votée, le gouvernement présentera une mesure pour obtenir l'autorisation d'organiser là-bas un gouvernement provisoire. H est important que l'organisation de ces territoires ne soit pas différée d'un seul jour. Il faudra que les townships soient tracés et délimités pour recevoir les immigrants. Quand la proclamation royale paraîtra, le gouvernement du Canada devra être prêt à former la nouvelle administration. L'Acte de l'Amérique britannique du Nord va donc s'appliquer bientôt à une suite, à une chaîne de provinces qui s'espaceront de l'Atlantique au Pacifique. J'espère qu'on n'entendra plus parler d'annexion. {Ecoutez ! Ecoutez l) Si notre pays était annexé aux Etats-Unis, le revenu actuel du Canada, qui se distribue en subventions aux provinces, prendrait le chemin de Washington, pour être la proie des spéculateurs. (jRires.)

On a dit que d'accord avec mes amis, je m'étais opposé à l'acquisition des teiTitoires du Nord-Ouest. Je n'ai jamais été opposé, en principe, à cette mesure. Mais je n'ai jamais voulu consentir à ce que la province d'Ontario devînt seule propriétaire de cette immense région, à l'exclusion des autres provinces, c'est la seule objection que j'ai faite, et j'espère que mes amis du Bas-Canada vont montrer, co soir, par leur vote, qu'ils sont convaincus que j'ai agi pour leur intérêt, comme j'espère que les députés du Haut-Canada seront unanimes à approuver le gouvernement. Je termine en remerciant la Chambre de l'attention qu'elle a bien voulu m'accorder. — (Applaudissements. )

SUR LE

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