DÉSÉTABLISSEMENT DE L'EGLISE D'IRLANDE
PRONONCÉ LE 31 UKl 1869
A LA CUAMBHE DES COMMUNES
A la séance du 30 mai 1869, Thonorable M. Holton, député de Gbâteauguay, proposa à la Chambre des Communes d'adopter une adresse à 8a Majesté la Reine pour appuyer le projet de loi présenté au Parlement anglais par M. Gladstone dans le but de décréter le désétablissement de l'Eglise d'Irlande. Notre expérience en Canada, dit-il, nous convainc que la dotation de l'Eglise établie en Irlande est une des principales causes du mécontentement qui règne parmi une classe des sujets britanniques, et que sa suppression aurait pour eflet de ramener parmi eux le bonheur, la tranquillité et la prospérité. Entre autres objections, sir John-A. Macdonald fit observer que, si le Parlement du Canada affirme le principe qu'on peut, pour n'importe quelle raison, priver une église d'une partie de ses revenus, c'est condamner du coup le Bas- Canada, dont l'église possède des propriétés considérables qu'elle tient depuis la conquête. Nos ministres, dit l'honorable M. Chauveau, sont les conseillers de Sa Majesté la Heine comme les ministres anglais sont les conseillers de Sa même Majesté. Une adresse de notre Parlement, en supposant qu'elle serait adoptée par les trois pouvoirs qui forment le Parlement, pourrait mettre les conseillers royaux d'ici en complète contradiction avec les conseillers royaux de Londres. C'est la meilleure preuve de l'incompatibilité de notre rôle de Parlement distinct avec nos prétentions de censeurs des actes impériaux. Cette intervention dans les affaires impériales n'a certainement pas sa raison d'être, et lorsque, voilà quelques années, notre Parlement vota une adresse à la Heine en faveur du Home Rule en Irlande, le ministre des colonies ne se gêna pas de nous prier, dans une dépêche très laconique, de vouloir bien nous mêler de ce qui nous regarde. Les débats ayant été repris à la séance du lendemain sur la question du désétablissement, sir Georges Cartier prononça un discours remarquable par sa hardiesse, sa franchise, son raisonnement. On a dit avec raison que seul, comme, membre d'un ministère, il
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pouvait M permellm de tenir un pareil langage, et surtout dôtre compris et Scoute comme il le lut. Ce discours porta le coup de grâce h la propositioD de M. UolloD.
Je ne vois pas que le di&itahlissemertt de l'Rglise d'Irlande influe aur le fïnianisme. La meeure de M. filadstone protiteiii certainement aux catholiques ; et ceux qui appuient la niolion de l'honorable députa de Ch&teauguay, eioient sane doute fhire acte de compliùiHuiceenverocL-adennciisen conbidéraQtlefénlaniBmecomnie un pi-odiiit de leur religion. ]je féniaiiierae, à moD sens, n'est pa» le produit de notre l'eligion. Tous lee ùvêqueo catholiquee ont comliattu le tënianisnie, lee che& de ce mouvement n'étaient pas catholiques, et ceux qui y pivnnent part ne peuvent fitre animés du sentiment religieux puisqu'ils sont, pour ainsi dire, rejetës du sein de l'Eglise.
Le fénianisnie est une ligue d'hommes déclassés, de mécontents de toutee croyances ivligîeiim's ; c'est une conspiration politique à laquelle les convictions religieuBos n'important guère. Les Irlandais enrôlés aux Etats-Unie sous sa bannière, se niettent peu en peine de ce que deviendra la religion catholique en Irlande. J'ai eu l'occnsion de protester k Sa (iracieuee Majesté la Heine, que le catholicisme était absolument étranger au fénianismo, et j'ai euégalemeut le bonheur de dire la même chose d ce saint vieillard qui est aujoui-d'hulen bulteauxattnquesdetitVnienad'ltalie dirigés itarGalibaldi. {Mottcements d approbation.)
Si le désélabliwi'inent de l'Eglise d'Irlande se fait pour les catholiques, [«urquoi les auluui's de la présente motion rapprochent-ils le téiiiuuisnie do l'idée qu'ils se forment du catholicisme ? Non, la mesure de M. Gladstone sera sans efl'et sur le fénianisme, et conaéquemment te Canada n'a rien il y voir.
Examinons, si vous le voulez bien, les propositions contenue» dans la motion de l'houorahle député de Chfiteauguay. En voici la teneur :
lo. Que, dans loiiinion de cette Chambre, la mesure soumise au Parlement impérial dans le but d'aboUr l'Eglise établie d'Irlande et de la déposscder des biens dont elle a été dotëe, aura l'etfot, si elle devient loi, en faisant disparaître l'une des principales causes du
méeontentemeût profond qui existe depuis longtemps chez une classe nombreuse de sujets de Sa Majesté, d'assurer la tranquillité, la prospérité, la force et la juste renommée du grand Empire dont le Canada forme une partie considérable.
2o. Que cette opinion est appuyée sur la récente expérience de la ci-devant province du Canada, car les difficulté» qui ont divisé depuis plusieurs années cette province et qui en ont retardé les progrès, ont heureusement pris fin en 1854, H la suite de l'adoption d'un acte de la législature provinciale, qui a beaucoup de ressemblance à plusieurs égards avec la mesure dont est saisi le Parlement imi>érial.
3o. Qu'une adresse basée sur les résolutions précédentes soit présentée à Sa Majesté la Eeiue, et qu'un comité soit nommé pour rédiger la dite adresse et en faire rappoil.
La première de ces propositions est inadmissible pour les catholiques ; la seconde est tout à fait inexacte.
La première résolution tend à nous faire déclarer que TÏIglise n'est pas une bonne chose. Or, aux yeux dos catholiques une église établie est une nécessité.
M. Anqlin. — Ah I Non.
Sir Georges Cartier. — L'honorable député dit que non. Qu'il aille donc répéter cela au prochain concile œcuménique, qu'il essaie donc de concilier son opinion avec le Syllabus ! C'est parce que nous admettons la nécessité d'une église établie que nous soutenons le pouvoir temix)rel. Assurément les catholiques savent se prêter aux circonstances ; ils ne sauraient, en effet, exiger partout que leur religion soit reconnue pour celle de l'Etat. Mais, en quelques pays qu'ils soient, il y a toujours cependant une église établie pour eux ; c'est l'église de Eome, qui s'étend à toutes les parties du monde, qui renferme tous les catholiques dans son sein et pour laquelle nous réclamons le |X)uvoir tem])orel au siège de la papauté, que nous voulons qu'elle soit forte, indépendante, qu'elle unisse toutes les prérogatives du pouvoir civil à l'autorité religieuse.
Sa Sainteté le Pape, dans ses négociations avec les puissances pmtestantes, ne leur a jamais demandé d'abolir l'Eglise établie dans leur royaume, le Pape a toujoure i-especté le principe fondamental. A-t-il jamais, par exemple, demandé au czar d'établir le catholicisme dans ses Etats comme religion dominante ? 11 s'est borné à demander la permission pour les catholiques de Eussie de se rattacher \i l'Eglise établie de Eome, et de jouir, dans le royaume, de la liberté reconnue aux membres des autres communions.
Ainsi donc, un catholique ne ^xîut pas souscrire à la motion do M. Holton, qui veut nous faire approuver une chose mauvaise ou tout au moins peu désimble. Les catholiques ne sont pas en dispo-
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sition de renoncer & l'Eglifte établie, I& ou elle eet catholique ; ils ne veulent pas se mettre inconaid élément dans l'obligation de le faire. Ils demandent justice pour eux dans les pays protestants, et promettent justice pour les protestants dans les paya catholiques.
Il faut remarquer que le désitablisiement de l'EgliM^ d'IHande n'est \}a& nne mesure catholique ; cet acte est dû uniquement à la gënéroMilé du peuple anglais. Lee quclquets membivs catholiques des (■hambree anglaises ont accepté ce qu'on leur oft'rait, mais ils ne l'ont pas exigé. En effet, l'abolition de l'Eglise d'Irlande ne s'est pas opérée comme l'Egliee catholique l'eût désiré. Il y a deux moyens de faire dispamttre les inégalités, soit en abaissant le point le plus élevé au niveau du plus bas, mil en élevant le pIuB bas à la hauteur du premier. Or, la mesuro de M. Gladstone s'est bornée à abolir une inégalité en abai.ssnnt la religion dominante ; mais elle ne moditie guère la condition de la religion catholique. Lee catholiques seront exemptés, il est vrai, de certaines redevances, mus dans quarante-cinq ans, et au moyen d'un fonde d'amortissement En sorte qu'ils se trouveront avoir à peu prèe capitalisé Ja rente qu'ils ont i. payer aujourd'hui. Sous le rapport pécuniiùre, la situation des cathoUques n'est donc pas très eenàblement changée, lie grand et bon cSté de la mesure, c'est que l'on donne aux Irlandms la satisfaction de ne pins subir l'injuste suprématie d'une roligion en minorité ; on entrevoit dans l'avenir la suppreeaion de toute exaction.
La nouvelle mesure améliore-t-elle la situation de la hiérarchie catholique? La loi reconnaît-elle lestilulairesdesBiÈgesépiscopaux? Eecon naît-elle lee limites de» diocèses, comme en Canada 7 Pas du tout. Elle IfÛBse & l'Eglise catholique un désavantage marqué.
C'est en quoi celte loi est défectueuse ; c'est ce qui ^t qu'elle ne peut être regardée comme une mesure catholique. Laissons aux protestants le mérite do leur généreuse inH]}ii-alion ! I>u reat« il ne nous appartient pas d'inteiTcnir en pareil cas.
Si, comme le prétendent les orateurs qui ont appuyé la motion de l'honorable député de Cbâieauguay, ils n'agissent que par symimthie pour les catholiquiîs d'Irlande, qu'ils ne s'arrêtent pasoo aussi beau chemin. Il leur reste lee catholiques d'Angleterre iV soulager. Ceux-li sont un million et demi et n'ont encore qu'un seul représentant au Parlement. Faites donc je vous prie quelque chose pour eux, nmis quelque chose de plus utile qu'une motion e celle-là.
En Chambre, on ne recherche pas les motift ; c'est un examen qui a lieu plus tard, sur les hustings. On saura peut-être alors si c'est véritablement par sympathie pour les catholiques que M. Holton a proposé ses résolutions. Il est unitaire, partant opposé à l'Eglise anglicane, qui est l'Eglise établie d'AngleteiTe. M. Mackenzie n'appartient pas non plus à l'Eglise anglicane. Il est assez naturel que ces massieurs se procurent une satisfaction i^eiisonnelle en invitant la Chambre à épouser leurs idées à ce sujet.
Si MM. Holton et Mackenzie sont emportés par la s^^mpathie vers les catholiques, qu'ils aillent plus loin ! Qu'ils présentent une adresse, suppliant Sa Gracieuse Majesté la Eeine de renouer les i-apportfl diplomatiques, depuis si longtem])s interrompus, entre la cour de Rome et la cour britannique : les catholiques qui sont sujets britanniques, auraient le plus gmnd intérêt à revoir ces rapports rétablis.
Qu'ils présentent aussi une requête à Sa Majesté, pour obtenir qu'elle donne ordre à son ambassadeur en Russie de faire rendi^e justice ^ux catholiques, en engageant le czar à ne plus dépouiller lee églises et les couvents de la Pologne. Ses sujets catholiques du Canada, en éprouveraient la plus vive satisfaction.
Que l'on prie en même temps Sa Majesté la Reine de persuader à Victor-Emmanuel de mettre aux fers ces misérables qui se nomment Garibaldi et Mazzini, ces assassins du pauvre Rossi, ces brigands, cette écume de l'impiété.
Que l'on prie Sa Majesté de demander à Victor-Emmanuel de ne plus enlever à l'Eglise ses biens par millions à la fois.
Voilà des questions qui intéressent assurément les catholiques du Canada autant que l'abolition de l'Eglise d'Irlande.
M. Holton aura la même raison de l'autoriser de notre qualité de sujets de l'Empire britannique iK)ur présenter là-dessus des observations à la Reine. Au lieu de prodiguer leur énergie pour louer des choses accomplies, pourquoi l'honorable député de Châteauguay, et surtout M. Mackenzie, ne s'appliquent-ils pas à remédier à des maux existants ?
A la dernière session de Québec, les catholiques ont adopté la loi la plus libérale qu'on ait jamais vue à l'égard des protestants. Pourquoi M. Mackenzie qui manifeste tant de symj)athie pour les catholiques, ne s'emploie-t-il pas à leur assurer la même libéralité dans le Haut-Canada ? Qu'on leur fasse donc avoir une part des deniers publics ix)ur le soutien de leurs institutions.
DË8ËTABI.ISSEUENT DE L'ÉGLISE D'IRLANDE
prie la Chambre de m'excuser, ai je p&rie ainsi. Ce sont là des : quu je n'aime pas k aborder et qu'il est désagréable de r sans néceeeité, dans une société mixt«, mais je euiscatho-
et jamais cette Chambre ni aucune autre Chambre, ni aucun >ir sur la terre, ne me feront renoncera ma foi. Mes convicreligieueessontinébraolablee et plusieurs me sauront gré de les
défendues.
ant b la seconde partie de la motion, il n'est pas vrai que nous
) fait en 1859 ce que O. Gladstone vient de ùâie en Angleterre.
avons changé la destination de certains biens, mais noua ns dépouillé aucune Eglise, puisqu'il n'y en avait pas au titre ilie. En Irlande, on a réellement diaitabli une église I Les
cas n'ont donc de parité que sur un point accessoire.
PnONONCÉ LB "8 SEPTEHDIIK 1869