‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 223 sur 286 · L'ADRESSE EN RÉPONSE AU DISCODRS DO TRONE · texte numérisé non relu

L'ADRESSE EN RÉPONSE AU DISCODRS DO TRONE

PllONONCÉ LE 23 NOVEMOnE 18G9

A L*AS8EMBLËE LÉGISLATIVE OË QUÉBEC

Sir Georges Cartier ne prit pas une port active aux travaux de la Chambre locale, le rôle considérable qu'il jouait dans le gouvernement central et ses absences fréquentes Ten empochant. C'est à peine s'il y a prononcé quelques discours. Mais il n*y a aucun doute que ses conseils fui*ent très utiles au cabinet Chauveau qui avait à inaugurer tout un ordre de choses nouveau. Parlant du discours prononcé dans le débat sur l'adresse, le correspondant de la Minerve écrivait de Québec, à la date du 24 novembre. •' Quand sir Georges s'est levé pour prendre la parole, un vif mouvement s'est produit dans l'enceinte délibérante et dans les galeries. 11 y avait deux ans que sa voix n'avait pas retenti dans cette salle si habituée à sa parole énergique et incisive. C'est avec un indicible sentiment d'intérêt et d'émouvante attention que nous voyons le Père de la Confédération en face de son œuvre, surveillant le fonctionnement de tous les rouages et esquissant à grands traits les principes de la politique, simpliQanl, en quelques paroles claires et lucides, les explications et les détails, ayant des paroles d'encouragement pour tout le monde, déposant les armes offensives qui le rendent si formidable dans une autre Chambre pour devenir l'ami de tous, se montrer un guide sûr et éclairé et e.\ercer une autorite toute paternelle au milieu des délibérations."

K rOrateur,

J'ai infiniment regretté de n'avoir pu assister à la session Tan dernier ; mais quoique absent, j'ai toujours suivi les progrès de la législation. Et si je n'ai pas eu l'honneur et l'avantage d'y con-

B3tl ADRESSB BN RÉPONSE AU DISCOURS DU TRONU

tribuer, da moins, de l'aatre c6M de l'Atlantique, j'ai éprouva une immense satisfaction de l'ensemble des travaux.

Il y a une qneel ion & laquelle je m'étais particulièrement intéreeed dans l'andeoDe Chambre, que&tion onvisagée sur toutes aee faces, avec espoir par les uns, avec crainte par les autres. Et j'ù été heureux de l'avoir vue décidée à la session dernière comme eUe devait l'être ; je veux parier de la question de l'instructioD publique, relativement aux différentes confessons religieuses.

Quand j'exposais do mon siège, en cette même salle, les bases de la Contëdération, pour faire restituer & l'ancienne province de Québec les privilèges qu'elle avait perdus, je comptais sur cette libéralité. Le siège que J'occupais alors, n'est pas loin de celui-ci. Do ce siège-là, j'avais fiùt des prameesee. Je dis^s aux protestante : " Ne craignez pas, vous aurez toute justice de mes compatriotes."

C'eat donc avec bonheur que j'ai vu ma promeeae accomplie. Muntcnant, je me permettrai cette hardiesse de dire que les catholiques canadiens-iVançais ont toujours traité libéi-alement les autres croyances. Ce n'était pas une affaire de majorité ou de minorité : c'éliùt une afTaire de justice. Il ne s'agissait pas de savoir qui serut le plus fort, mais qui serait le plue juste, ou laissant chacun libre de rendre hommage comme il l'entendrait à la divinité.

Je me rappelle que, dans le temps, un cortiùn nombre de pci-Honnes diaùent : " Pourquoi donner aux protestants du Bas- Canada des avantages que les protestants du HautCanada n'accordent pas aux catholiques." A cela je répondais i " Faisons le lâen. Si c'est notre conviction qu'il faut atTordcr toute liberté religieuse à ces compatriotes, faisons-le. Ce sera aux autres à faire leur devoir

Il fallait traiter les protestants avec la plus entière libéralité, afin que les catholiques pussent ensuite dire aux protcHtants : " Voilà te que nous avons liût." Au reste, chaque individu doit jouir, eu pareille matière do la liberté d'action dans toute sa plénitude ; et en cela, les minorités doivent être assimilées aux individualités.

Je suis content de voir que l'adresHe meniionne la grande question des chemins de colonisation. Si nous reportons nos regai'ds soixante années on anière, il n'en est pas un qui ne regrettera que les grands travaux de colonisation faits depuis deux ans n'aient été commencés aloi-s.

Quand nous sommes devenus colonie anglaise, nous étions au plus 65,000 âmes. Depuis cette é)x)que jusqu'à l'Acte d'Union,

jamids nous n'avons tant fait, pour l'amélioration et la colonisation de notre domaine, que dans les deux dernières années qui viennent de s'écouler.

On a beaucoup parlé des progrès d'Ontario. Nous devons nous en réjouir. Mais il faut tout d'abord remarquer que quand l'ancienne province de Québec avait sa législature, elle n'avait pas d'octrois pour la colonisation. En 1852, l'offre ayant été faite à la législature de lui prêter un million pour la colonisation, elle refusa. On fit la même offre au Haut-Canada, qui accepta et conmiença de grands travaux en chemins et voies de toutes sortes, entre autres celui du lac Simcoe au lac Ontario.

Qu'est-il arrivé ? Tandis que le Haut-Canada s'endettait, il améliorait sa situation intérieure. Le Bas-Canada avait un surplus, mais il ne jouissait d'aucune amélioration ; un jour, le Bas-Canada fut appelé à venir combler les déficits du Haut, et il dut contribuer à payer sa dette. De là date le premier avantage du Haut sur le Bas-Canada.

Mais le Haut-Canada a eu d'autres avantagea Quand on sécularisa les terres du clergé, le Haut-Canada obtint possession d'une immense quantité de terres. De plus, le Haut-Canada a fait usage de toute sa part du fonds d'emprunt municipal. Et à mesure qu'il créait do nouveaux chemins, il s'enrichissait. Le Bas-Canada n'eut en réserves sécularisées que quelques centaines de mille arpents de terres. Il obtint à peu près cent mille louis, quand le Haut-Canada eut trois millions.

Le Haut-Canada jouit d'un meilleur climat, d'un sol un peu meilleur. Il n'avait pas l'inconvénient de la tenure seigneuriale, qui causa tant de luttes en Bas-Canada. Si, pour nous affranchir de la tenure, nous n'eussions pas été obligés de sacrifier quatre millions, nous aurions aujourd'hui le bénéfice de «ces quatre millions, soit en argent, soit en améliorations. Nous pourrions donc rivaliser avec le Haut-Canada.

Je sms surpris qu'avec ces désavantages, nous ayons pu augmenter autant en population. Il ne faut pas nous décourager si le Haut- Canada a un ou deux millions de plus. Nous commençons une grande œuvre, nous en verrons plus tard les effets.

U ne faut pas toujours dans notre existence observer les côtés sombres. S'il y a un rayon de soleil, qu'on envisage ce rayon de soleil, comme on envisage l'obscurité.

Pour la prospérité d'un pays, la grande affaire est celle des

Page 1