‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 222 sur 286 · BANQUET A M. JOHN ROSE · texte numérisé non relu

BANQUET A M. JOHN ROSE

vie intérieure. Je pense que, tout en me décernant un compliment, en cette occasion, mes anciens adversaires politiques ont fait un grand dcte politique. {Applaudissements.) Ils ont montré que, quelque vives qu'aient pu être nos luttes, nous ne sommes pas de purs gladiateurs politiques, qui aiment la bataille pour elle-même et que la perpétuité de Tamitié personnelle n*est pas incompatible avec Tantagonisme politique. Ils ont montré de plus qu'il y a assez de magnanimité parmi les hommes publics d'opinions opposées pour se reconnaître mutuellement quelque valeur personnelle. J'aurais désiré que ce tribut d'éloges eût été plus mérité. Une telle bienveillance adoucit tout ce qu'il y a de désagréable dans la politique et éloigne une des causes qui empêchent les hommes sensibles de prendre part aux affaires publiques. Vous me croirez, lorsque j'affirme, en terminant, que, si le lieu de ma résidence change, les associations et les amitiés créées par plus de trente années me seront toujours chères. Le lieu où Ton a combattu une fois les combats de la vie, le théâtre de sa vie publique et professionnelle, la terre peuplée des souvenirs d'une amitié franche et désintéressée, le i)ays de ses enfants et la sphère qui a été témoin du succès ou de l'insuccès dans la vie de quelques-uns de ces derniers, et enfin le pays où j'ai reçu et où j'ai été témoin de votre généreuse amitié, ne saurait jamais être oublié." {Applaudissements.) M. Cartier fut appelé ensuite à répondre à la santé des " Ministres de Sa Majtjsté."

Monsieur le Maire, Grënéral et Messieurs,

Je ne saurais assez vous exprimer ma gratitude et celle de mes collègues pour la santé que vous venez de boire avec tant d'enthousiasme. Je comprends bien que ce n*est pas là une approbation de notre conduite ministérielle. Comment concevoir, en effet, qu'au moment où tous les partis s'unissent pour rendre un tel hommage à l'ami que nous perdons, on voulût chercher à faire tourner cette démonstration en approbation d'actes politiques ?

Mais, je l'avQue, il ne m'est pas facile ici de répondre au toast. Je ne puis guère parler ni du passé ni de l'avenir. Je ne dirai donc pas que le gouvernement a l'intention de faire mieux qu'il n'a encore fait ; que dorénavant toutes nos mesures seront si parfaites que des hommes éminents comme les représentants de Châteauguay et d'Hochelaga, n'y pourront trouver à redire. Cela pourrait faire plaisir au parti ministériel, mais l'opposition le trouveraitelle de son goût ?

Néanmoins les deux partis s'ëtant réunis en cette occasion, non pas comme en Chambre, pour remplir une fonction officielle, mais pour remplir un devoir d'amitié, je crois que je puis dire un mot des actes de mon ancien collègue. Nous faisons tous une perte bien sensible par son départ, nous-mêmes et le pays tout entier. Chacun sait que c'était un habile financier. Pour moi, j'ai ce sujet de satisfaction de l'avoir le premier, il y a plusieurs années, appelé à devenir solliciteur général. Plus tard, le portefeuille des travaux publics étant disponible, c'est encore moi qui le lui ai offert. Là, comme dans le premier emploi, il réussit complètement. Il y a dix-huit mois, je l'engageais à accepter le portefeuille des finances, sa modestie et sa timidité le firent hésiter. Il m'avoua qu'il craignait de ne pouvoir suffire à cette charge, et je puis ici mentionner un fait qui n'est probablement connu que de peu de personnes. En lui offrant le portefeuille des finances, je lui dis qu'il y aurait bientôt une vacance au banc de la Cour d'Appel et je le mis à même de choisir. Bien qu'assuré d'être juge, il consentit à accepter la plus difficile des deux tâches. Il s'en est acquitté, du reste, avec son habileté accoutumée.

Il y a trois conditions du succès : l'habileté, l'honnêteté et la persévérance. Mon honorable ami sut déployer ces trois qualités, comme solliciteur, commissaire des travaux publics et ministre des finances.

Et aujourd'hui, si nous avons une consolation dans notre perte, c'est que le Canada envoie en Angleterre un de ses enfants capable de lui faire honneur et qui se distinguera là-bas comme il s'est distingué ici. L'éclat de ses succès rejaillira sur le Canada.

J'ai lu avec peine dans le grand journal de la mère-patrie qu'elle ferait bien de se séparer de ses colonies, je tiens à conserver le mot de mère-patrie. Et qui ne l'aimerait pas? Le Koyaume-Uni représente trois nationalités qui se retrouvent ici et qui ont pour emblèmes la rose, le trèfle et le chardon, auxquels nous ajoutonH, en Canada, l'érable. L'érable appartient proprement aux Canadiens- Français. Or ces derniers viennent en partie de Normandie, du même pays qui fournit Guillaume le Conquérant et qui envoya des colons en Angleterre. Nous sommes donc plus ou moins du même sang que les enfitnts de l'Angleterre. Nous avons donc i)lus d'une raison de fraterniser tous ensemble sous l'égide de l'Angleterre. J'ai lu avec regret, dans le Times de Londres, que la mère-patrie devra se séparer des colonies ; et, à ce propos, sans parler politique,

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i^oyoïi» qu'elle aéra la ntuation souh dos succeeseura. Cor il nous faudra Lien lût ou tard déposer le pouvoir, et le jour où il le faudra fiùre, je n'en serai pas ftché. Jetons un coup d'œil sur l'aventr, tlora que de Terre-Neuve à l'Ile Vancouver, le Canada ne fera qu'une vaste Confédération. Nous serons bientôt quatre millions ; c'était la population des Etats-Unis à la déclaration de l'Indépendance : et je dirai & mon noble ami, U. le consul américain, que nous sommée aussi ambitjeuz qu'eux et que nous ne voulons ptnnt rester en arrière.

Sans chercher à amoindrir le commerce et l'industrie de la grande république, ne puie-je pas dire que, proportionnellement, le commerce canadien est, je crois, plus considérable que le commerce américain. D'apris le rapport sur lo commerce qui vient d'être publié, noBex)X)rtationsse sont élevées à $67,000,000 et nos impoiv tations à $71,000.000, oe qui fiùt un total de $138,000,000, nos voisins estiment leur population à 40 millions d'âmes, c'est-à-dire qu'ils sont dix fois plus nombreux que nous. Leurs importations devraient être de $710,000,000 par année et leurs eximrtatione de $670,000.000, pour être proportionnées aux nStree.

J'aime à encourager nos populations ; je suis moi-même plein de confiant en l'avenir et je voudrais que tout le monde sût que nous ne sommes pas très en arrière de la Bépublique.

Je ne saurais trop vous remercier de ce toast.

Avant de tei-miner, je puis déclarer que les ministres actuels sont décidés à demeurer les conseillers do Sa Majesté. Et j'exprimerai le vœu que nos héritiers maintiennent aussi rénolument nos institutions britanniques. J'espère qu'il en sera ainsi jusqu'à la tin des siècles. ÇApplaudiêsements.}

DISCOUES

SUR

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