‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 225 sur 286 · PAR LES NÉGOCIANTS DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

PAR LES NÉGOCIANTS DE QUÉBEC

Le 23 décembre 1869, les marchands de Québec donnèrent un grand diner en l'honneur de sir Georges Cartier et de Thonorable M. Langevin, ministre des travaux publics. L'un et l'autre parlèrent avec beaucoup de succès. Parmi les convives se trouvaient l'honorable M. Chauveau, premier ministre de la province, l'honorable M. Dunkin, trésorier, et messieurs Pierre Garneau, Withall et Grant, qui portèrent aussi la parole.

M. le Président, Messieurs,

Me voici encore une fois dans cette vieille ville aiix souvenirs historiques. Québec doit être chère non-seulement à ses habitants, mais encore à tous les Bas-Canadiens, non-seulement à ces derniers, mais aussi aux habitants d'Ontario et de TOuest. Si l'Ouest est aujourd'hui prospère, c'est grâce à l'esprit d'entreprise, à la persévérance de la race intelligente, qui avait résolu, coûte que coûte, de se domicilier sur les bords du Saint-Laurent. Nos concitoyens do l'Ouest ont suivi le soleil, et avec ces deux éléments de prospérité : un heureux climat et un sol fertile, ils ont réussi. Mais ils ne seraient rien du tout si nous n'avions pas d'abord colonisé cette province.

On a dit que j'étais un Montréalais. Je suis né à Saint- Antoine, sur la rivière Chambly, d'où je suis parti pour me fixer à Montréal Il y a plus d'un siècle, mon grand-père voyait le jour à

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Qntfbec. Son père avait quitta la PraDC« pour venir s'établir, comme négociant, à Québoo. Mon grand-père naquit en 1750. et fit ses études aa collège des Jésuites, transformé depuis en casernes. A son départ de Québec pour Charably, le Canada passait aux mains des Anglais. Hon grand-père alla s'établir A Saint-Antoine, vers 1760. Tlngt-cinq ans plus tard, il expédiait i Québec environ 500,000 minota de blé par année. Toilà un fait qui prouve la fertilité de cette région et qui doit disposer les Québecquois à me pardonner, à cause du mérite de mou afeul, de n'être pas marchand. Quand les intérêts du Canada aunt en jeu, je ne me préoccupe jamais d'une localité, ni d'une classe d'hommes en particulier. Lorsqu'il a été question, ces jouni derniers, de changer le idôge du gouvernement provincial, je ne me suis pas laissé influencer par des préjugés de section. J'ai fait entendre i mes deux collègues de Montréal que tant que j'aurais de l'influence, le siège du gouvernement ne serait pas changé. (^Applaudiêsements.') Je reviens A mes ancêtres. Uon grand-père avait deux ou trob sœurs. L'une d'elles fut la première Canadienne qui ait épousé un marchand anglais. Son mari s'appelait Murdock Stewart, qui, je pense, a fuît construire le quai Saint^André. Ce quai, me ditH>n, appartient maintenant à M. le président de cette assemblée et aux antres actionnaires de la compagnie florissante des remorquenrs de Québec. Je ne rappelle ces souvenirs que pour faire connaître les liens qui me rattachent i cette ville.

Comme je l'ai dit tantôt, dans ma carrière publique l'intérêt général a toujours occupé exclusivement mon attention. Bien n'est plus vrai que cotte maxime qui me sert de règle : la piwbité est la meilleure politique. S'il m'avait fallu obtenir des succès au dépens de mon honneur, j'aurfûs reculé. Ces sacrifices m'auraient fait quitter la vie publique.

Ponr revenir à Québec, plusieurs pensent que cette ville a va SM meilleurs jours. Mon opinion est qu'ils n'envisagent pas sa position sous le vrai point de vue. Qnébeo est encore la clef de l'Amérique britannique. ' Longtemps après la conquâte, elle était la principale ville. Montréal vers 1812, n'avait que 9 à 10,000 Smes. C'est la colonisation de l'Ouest qui a fïtit la prospérité de Montréal. A mesure que l'Ouest se peuplait, Montréal prenait une partie des affaires de Quûbec en vertu d'une loi de la nature et du commerce. Cependant, Québec l'emportera toujours sur les autres villes pendant la saison de navigation.

Jusqu'en 1830, votre ville a vu des années très prospères. Ce n'est pas le commerce des bois qui Tenrichissait alors, mais les exportations de grain de la province et le commerce avec les Indes. La colonisation de l'Ouest opéra une révolution ; le commerce de grains eut lieu ailleurs, et le trafic des bois prit sa place. Ainsi, il ne faut pas croire que la vente des bois ait été la cause première de la prospérité de votre ville. Ce commerce était d'abord jieu considérable ; je me souviens cependant d'avoir vu avant 1830 sur la rivière Chambly des trains de bois qui descendaient à Québec.

Je regrette de ne pas voir au milieu de nous un de nos anciens amis, M. Symes. TJn de ses élèves est ici, M. Knight. Lorsque M. Symes commença à faire le commerce de bois après avoir cessé de vendre du grain, la prospérité de Québec ne laissait rien à désirer. Ce commerce de bois a subi depuis une révolution. Vous avez moins de bois carré aujourd'hui, non pas parce que le commerce en est fini, mais parce que le commerce d'autres produits s'est développé.

Le pays profite beaucoup du changement, mais si une partie du commerce diminue, les Québecquois ne doivent pas supposer qu'il va cesser complètement, et que leur ville est rainée. Québec était riche avant l'introduction du commerce de bois. Je ne suis pas un marchand, quoique j'appartienne à une famille de marchands. Peut-être ai-je commis une erreur en n'embrassant pas la profession de ma famille, au lieu de la loi et de la politique. Tel que vous me voyez, je suis un espèce d'homme de loi qui s'occupe de politique et de commerce. Bien ne me plaît autant qu'une question d'économie politique et de commerce. Le commerce facile des bois a quelque peu gâté Québec ; votre ville a eu pins de princes-marchands que Montréal ; elle a enrichi plus d'hommes, qui sont allés ensuite vivre en Angleterre.

Uns voix : ils feraient mieux de dépenser leur fortune ici.

Sir Gsoross. — ^Je voudrais voir ces marchands enrichis rester au milieu de nous. Mais nous faisons partie de l'Empire britannique, et si un des sujets de la Eeine amasse une fortune, il doit être libre de la dépenser dans l'endroit de cet Empire qui lui plaît le plus. Qui sait ? si demain mes moyens me le permettaient, et si je pouvais sortir de ce tourbillon de la politique, j'irais peutêtre vivre à Londres. (^Non ! Non /) Québec est encore un grand centre de commerce. Il m'a fait peine d'entendre dire au Parlement, l'autre jour, que cette ville avait perdu 30,000 âmes.

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