‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 226 sur 286 · BANQUET A MM. CARTIER ET LANGEVIN · texte numérisé non relu

BANQUET A MM. CARTIER ET LANGEVIN

Je crois que c'est là une exagération. H y a beaucoup de vie à Québec. Yous luttez bien contre Montréal, après tout. Et puis tenez compte aussi de la population de vos faubourgs de Saint- Sauveur et de la Pointe-Lévis. Les marchands de Québec peuvent espérer qu'une ère nouvelle va s'ouvrir pour eux. Ils sont à même de devenir maîtres de nos pêcheries. {Applaudiêsements.)

Je suis d'avis que 10 à 12,000 hommes de Québec devraient se trouver dans le golfe au temps de la pêche pour s'y substituer aux pêcheurs du Maine et du Massachusetts.

La pêche de la morue a beaucoup contribué à rendre ces Etats florissants ; leurs enfants ont cherché fortune sur un domaine qui appartenait à Québec. Outre la pêche, il y a la manufacture à exploiter. Je ne connais point de ville où, pendant sept mois de Tannée, la main-d'œuvre soit aussi bon marché qu'à Québec.

Une voix. — Donnez-nous un débouché étranger.

Sir Gborobs. — Vous l'avez, voyez ce qu'a fait mon ami, M. Greorges Stephens, ' de Montréal. Il a établi une manufacture de draps à Cornwall, où dans le commencement, il a été obligé de faire venir des travailleurs à prix d'argent. Aujourd'hui, il vend ses draps à plus bas prix que les manufacturiers écossais et anglais. (^Applatulissements,)

Les citoyens de Manchester et de Sheffield m'ont reproché de trop protéger cette industrie. Je leur ai répondu que le droit maximum était de 15 pour 100, le même que le droit imposé sur leurs produits. — Comment se fait-il alors, m'ont-il dit, que vous puissiez vendre à meilleur marché que nous ? Nous ne pouvons pas confectionner des draps aussi bons et aussi peu coûteux que ceux que M. Stephens expédie à Manchester.

1 M. Stephens est devenu depuis Tun des bienfaiteurs du Canada et Tun de ceux qui ont le plus fait pour sa prospérité. Il est douteux que sir Georges Cartier ait eu raison en ce qui le concerne, car la fabrique de Cornwall est très prospère, ce qui n*a pas empoché rétablissement d'une grande lilature aux Chutes Montmorency, près Québec, oiî Ton manufacture du coton spécialement destiné à la Chine et au Japon. M. Stephens est Pun de ceux qui ont construit le chemin de fer du Pacifique, il a môme été le président de la compagnie qui a exécuté cette gigantesque entreprise à travers le nord du continent. L'Angleterre Ta récompensé de l'immense service qu'il a rendu à l'Empire, en le faisant membre de la Chambre des Lords sous le nom de lord Mount-Stephens. Ce nom de Mount-Stephens avait été donné précédemment à l'un des pics les plus élevés des Montagnes Rocheuses.

Les comptes publics prouvent que le Canada a exporté aux Etats-Unis et en Angleterre pour $800,000 de lainages, Vannée dernière.

Vous ne pouvez établir de trafic avec des nations étrangères si elles n'en veulent pas. Il vous reste un grand avantage. La main-d'œuvre chez vous est à bas prix, et vous pouvez vendre vos produits industriels moins cher qu'eux. H n'y a pas un endroit en Canada où cette vérité ait plus de force qu'à Québec. Les manufacturiers souvent demandent à être protégés à outrance. C'est une proposition absurde, autant que les idées extrêmes sur la libre-échange.

Ce dernier système vous force à payer, sous forme de taxe directe, les mêmes droits au gouvernement qu'avant. Avec la protection illimitée, vous portez un coup mortel au commerce étranger. Demandez-le aux Américains. Nous ne ferons pas une telle folie. Nous avons décidé d'imposer un droit de revenu qui offre en même tempe une protection suffisante, nous réservant de modifier le fisc suivant les circonstances. A l'égard de l'industrie anglaise, nos marchands paient ses produits 20 pour 100 plus cher qu'il y a cinq ans. Ce changement est l'œuvre des associations ouvrières, qui ont élevé le prix du travail d'une façon exorbitante, si bien que les manufacturiers anglais sont obligés de mêler du coton à la soie et du coton à la laine pour pouvoir vendre à des prix raisonnables. En apparence ils vous vendent la même étoffe, mais elle est de qualité inférieure. Quant à Québec, si M. Grover et autres pensent à établir des manufactures, ils ne commettront pas sans doute la faute de M. Stephens, qui est allé se placer là où le main-d'œuvre était rare. Québec, en fait de bras, leur fournira tout le nécessaire. Ce travail est le premier élément de la richesse.

Si l'on n'a pas profité plus tôt de cet avantage, la faute n'en est pas au climat ni au sol, mais bien aux capitalistes. M. Stephens nous a demandé de protéger la production indigène contre la conçu i*rence étrangère, mais il ne faut pas aller trop loin dans ce sens. Si vous protégez les manufactures d'une façon excessive, leurs produits ne peuvent être écoulés que dans les limites du pays. Les Etats-Unis n'exportent presque point. La protection a rendu leurs produits trop chers. Ils ne trouvent pas autant de consommateurs au dehors qu'ils pourraient le désirer. Le chemin de fer Intercolonial est à la veille de s'ouvrir ; quant il sera en service, Québec deviendra en quelque sorte le cul-de-sac du Canada. J'es-

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père qne cette ville voudra avoir accès aux pêchericB, dont elle pourrait retirer tant de bénéfices ; même en hiver, ce commerce serait profitable. On expédierait du poisson frais à Montréal, à Toronto et à Chicago.

De plQS, le Donvean commerce avec les provinces maritimee devra augmenter. Il «ppartieul i votre ville.

Les marchanda contribuent beaucoup aux progrès d'an paya. Sans les marchand» anglais, l'Angleterre n'aurait pu conserver ses posseBfiionB dans l'univers. Comme Borne, elle aurait perdu ses colonies, peu après leur conquête. Mais le marchand anglais a'en allait former des liens entre tes nouvelles possessions et l'Empire. Dès que le Canada a été conquis, les négociants anglais ont mis pied à terre sur ce rivage avec leurs marcbandiBes, et ils ont aidé à conserver ce pays i la Grande-Bretagne.

Heureusement, nous avons en nous cet esprit nouveau qui a fait du Bas-Canada une province prospère de l'Empire britannique. Kous ne sommes plus des Français ici, mais bien des citoyens anglais parlant le franç^s. Qu'est-ce qui nous a conservé sujets anglais 7 c'est cet esprit commercial qui a suivi l'armée anglaise et multiplié les liens d'intérêt entre nous et l'Angleterre.

En finissant, je vous remercie cordialement de votre hospitalité. Je l'apprécie comme venant de marchands anglais, et sous ce nom je comprends aussi les marchands appartenant  ma nationalité, parce que, comme je l'ai dit, tout homme né à l'ombre du drapeau anglais, a droit i. tons les privilèges da sujet anglais. Je respecte les intérêts représentés parles hommes qui sont ici ce soir. Ces intérêts ont beaucoup contribué à rendre le Canada prospère. Oenx qui se livrent comme vous an commerce forment, en tout pays, une des classes les plus importantes de la société.

SUR

L'ADRESSE EN RMSE AD DISCODRS DD TRONB

A LA CHAMBRE DES COMMUNES

La session de l'année 1870 s'ouvrit le 15 février, et le débat sur l'adresse, qui Alt exceptionnellement animé, ne se termina que le 21. Après la retraite de l'honorable M. Rose comme ministre des finances, ofi^re Ait faite à l'honorable M. G ait de rentrer dans le ministère, mais il reAisa d'accepter à cause des opinions qu'il avait énoncées en faveur de l'indépendance du Canada. M. Galt croyait alors que la destinée inévitable de notre pays était la séparation d'avec la Grande-Bretagne, et il avait môme commencé une agitation qui n'eut pas beaucoup de succès. Sur son refus, le portefeuille de minisire des finances Ait confié à sir Francis Hincks qui avait joué autrefois un rôle important dans la politique canadienne. M. Galt ayant pris la parole pour expliquer son attitude sur la situation politique, sir Georges Cartier défendit la politique ministérielle dans les termes suivants :

M. rOrateur,

Je signale avec plaisir le changement qui est sui*venu depuis la Confédération dans le caractère et le ton des débats, qui sont généralement dégagés des personnalités que l'on regrettait d'y voir autrefois.

On a beaucoup parlé de la correspondance échangée entre l'honorable député de Sherbrooke et moi au sujet de l'offre du portefeuille de ministre des finances. Je ne vois rien cependant dans cette correspondance qui puisse donner lieu à une interprétation défavorable. Nous avons agi de bonne foi de part et d'autre, je

648 A0RB68B EN RÉPONSE AU OISCUURIâ OU TRONB

D'en ai ancun doute. Ceux qui combattent le gouvernement ont exprima le déeir de preudre conaaiseaDce de ces lettres.

Sir John-A. Macdonald. — Je ne voU aucun inconvénient à ce que cea lettres soient lues.

SiK Gbobokb Cartckb. — Ni moi non plus, et je vais en donner lecture.

Ottawa, 13 septembre 1869.

Hon cherGalt,

Lorsque je vous rencontrai, il y a quelques jours, à Uontréal, je vous exprimai le plaisir que J'aurais de voua voir accepter le portefeuille de ministrt: dea finances au départ de U. Kose. Je suis heureux aujourd'hui de pouvoir vou» faire, avec l'autorisation de sir John Macdonald, l'otli'u d'entrer dans le ministère, aussitôt que M. Bose aura donné sa démission.

Comme vous le saves, la question de l'indépendance du Canada se discute en ce moment, dans les journaux ; il est bon de dire que, si elle se présentait & la Chambre, tons les partisans du gouvernement devraient s'unir pour réûster & toute tentative dans le sens de l'indépendance. Je regrette beaucoup de n'être pas prèe de vous pour causer de l'offre qui vous est faite, mais » vous vouliez avoir une entrevue personnelle avec sir John Macdonald et avec moi, avant de répondre à celle lettre, nous serions heureux de vous voir ici.

Croyez-moi, mon cher M. Galt, votre tout dévoué ami,

Geo. -Et. Cabtieb.

Montréal, 14 septembre 1869.

Mon cher Cartier,

Je regus votre lettre du 13 courant hier soir. J'ai longuement médité sur ce que vous me dites et je vous remercie ainsi que sir John du désir que vous exprimez de me voir entrer dans l'administration comme ministre des finances ; mais mes vues sur le devoir public me forcent de refuser. J'aurais mieux aimé que vous n'eussiez pas fait aliusion à la question de l'indépendance, quoique, pour d'autres raisons, ma réponse eût été la même ; mais votre but en agissant ainsi, autant que je puis le présumer, était de me montrer qu'en m'invilant k accepter un portefeuille vous n'aviez nullement l'intérêt d'entraver mes opinions. Cela i mes yeux était inutile, car je suie persuadé que le public serait plutâl porU à su]iposer que j ai renoncé & mon opinion qu'à croire que le gouvernement de sir John est devenu progressif i, ce point. Puisque vous avez touché cette question, je dois dire, en t^nte

fVanchise, qu'étant convaincu que c'est là la politique du gouvernement impérial, et qui offre pour ce pays de grands avantages, je ne puis pas consentir à entrer dans le cabinet avec rengagement de m'y opposer do toute manière, au contraire, notre politique devrait être dirigée dès à présent, dans le sens où elle devra l'être

Élus tard, à tendre à la séparation du Canada d'avec U Grandeiretagne.

Croyez-moi, etc.

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