‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 236 sur 286 · SÉANCE DV SOIR · texte numérisé non relu

SÉANCE DV SOIR

SiB Georges Cartier. — Je suis un peu surpris des observations faites par mon honorable ami, (M. McDougall) qui se dit du parti libérai d'Ontario. Pour moi, j'appartiens au parlî libéral-conservateur du Bas-Canada, et c'est bien évidemment le parti le plus libéral du ]>ays. Il me suffirait, ai j'avais à en fournir la preuve, de rappeler les luttes du ministère Baldwin-LaFontaine. A cette époque, le gouvernement n'était appuyé que par dix députa du Haut-Canada, sur quarante et un qui représentaient cette section du pays, & la Chambre d'assemblée. Lorsque M. Baldwin tenait les rSnes du pouvoir, il gouvernait, non pas avec l'aide des libéraux

haut-canadiens, mais avec notre aide à nons, et j*ai donc raison de dire que le parti dont je suis, est vraiment plus libéral que celui de Toppositon. Ainsi, Thonorable monsieur (McDougall) est d'avis que notre projet de loi est trop large, que la mesure législative de Tannée dernière ne Tétait pas suffisamment ; il nous offre aujourd'hui ce que je pourrais appeler un moyen terme. La mesure de Tan dernier ne devait durer pourtant que douze mois.

Je n'approuve pas ce qu'ont fait les habitants du Kord -Ouest, pas plus que je n'aime à les entendre qualifier sans cesse de rebelles et d'insurgés. Quoi 1 rebelles ? mais quand donc ont-ils voulu se soustraire à la souveraineté de la Beine ? Je ne doute pas que leur résistance n'ait été préméditée, mais l'autorité canadienne n'existait pas encore là-bas ; la résistance n'a pas eu d'autre effet que de nous empêcher d'exercer le pouvoir créé par l'Acte que voilà. Je ne m'arrêterai pas sur les troubles qui ont eu lieu dans le Territoire. Il vaut mieux en effacer toute trace par des mesures libérales. Ija population là-bas est éclairée, et la conférence de la Eivière-Eouge, qui a adopté la Déclaration des Droits, ne souffrirait pas trop, je crois, d'une comparaison avec celle qui s'est tenue il y a quelques années à Québec. {Applaudissements ironiques,)

Le projet de l'honorable M. McDougall qui voudrait instituer une sorte de gouvernement municipal bâtard, provoquerait le mécontentement, et retarderait la colonisation du pays, tandis que le bill du gouvernement, s'il est adopté, amènera le règlement des difficultés du Nord-Ouest. Accepter l'amendement de l'honorable député serait ajourner de trois années, l'organisation de la province. Le Manitoba va recevoir $67,204 du gouvernement fédéral, savoir : $13,000, sous forme de capitation pour 17,000 âmes, à raison de quatre-vingts centins par tête ; $23,604, pour la dette provinciale, et $30,000 pour les frais d'administration. Cela suffira au gouvernement provincial durant les dix années prochaines, et dans le cas où la population atteindrait au tenue de cette période le chiffre de 400,000 âmes, auquel semt applicable encore la subvention de quatre-vingts centins par tête, nous aurions de ce chef à payer $320,000, ce qui, ajouté aux $23,604 que nous allouons pour la dette, et aux $30,000 affectées à l'administration, ferait $373,604, somme relativement légère, et qui nous assurera la possession d'une province destinée à devenir infiniment riche et prospère. Mes calculs sont positifs, tandis que le plan du député de Lanark

comporte toutes les incertitudes d'un gouvernement territorial.

Au point de vue de réconomie, c'est le bill ministériel qm a Tavantage. Si le député de Ijanark eût réussi à faire son entrée dans la province, son administration nous eût coûté plus de $67,000 avec le système qu'il songeait à établir.

Pour ce qui est des terres, nous voulons, comme je l'ai dit, en avoir la disposition, en vue surtout de construire un chemin de fer qui relierait les deux océans, à travers le territoire britannique. Naturellement, les frais de gestion de ce domaine retomberont sur les autorités fédérales ; de sorte que le gouvernement de Manitoba sera le moins coûteux de tous les gouvernements du pays.

Le député de Lanark a fait un éloge mérité du juge Black, que Ton peut regarder en effet comme le personnage le plus éminent des Territoires. Il a été moins heureux en dénonçant M. l'abbé Eichot, coupable à ses yeux de ne pas être tout à fait versé dans les affaires politiques. Quoi qu'il en soit, je dois déclarer que, depuis que j'ai l'honneur de le connaître, l'abbé Eichot a toujours rempli avec modération sa mission de délégué, et qu'il manifeste clairement le désir de voir les Territoires du Kord-Ouest s'annexer au Canada. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de l'entendre exprimer ses sentiments de fidélité à la Couronne. {Eires ironiques,) La gauche peut rire, mais elle ne saurait nier ce que j'ai vu ou entendu. Dans tous les entretiens que nous avons eus avec les délégués de la Bivière-Eouge, ceux-ci se sont toujours montrés prêts à accepter tout ce qui amènerait la pacification. L'honorable député de Lanark a prétendu qu'ils n'étaient pas les vrais interprètes de Topinion de leur pays. Mais est-ce que par hasard, il aurait luimême la prétention de mieux connaître, de mieux traduire cette opinion ? K'avons-nous pas raison d'écouter plutôt les délégués que les membres de la gauche ?

Inutile de revenir sur la question des terres. Le gouvernement veut agir de manière à contenter les Métis, et il veut user, dans sa politique générale, d'une libéralité que ne pourraient dépasser ni les provinces, ni les Etats-Unis. Si les enfants des Métis ne profitent pas des avantages que leur ofl'rira le gouvernement, pour s'établir sur les réserves, les terres reviendront à la Couronne. Il est convenu que les lots seront de deux cents acres.

L'honorable député de Lanark nous a donné des explications personnelles. Après le malheur qui lui est arrivé, à la suite de sa nomination au titre de lieutenant-gouverneur du Nord-Ouest, je lui offris mon appui. Le gouvernement n'avait pas pourtant

approuvé sa proclamation. Le retard apporté au paiement pouvait être un motif plausible, mais nous lui avions mandé, dans une dépêche, d'attendre de nouvelles instructions avant de passer outre. Nous sommes tous persuadés qu'il pensait bien faire, et nous n'avons jamais discuté ses intentions, bien que sa conduite fdt entachée d'illégalité. Je termine en répétant que notre projet est plus libéral, plus juste et plus économique que le plan de l'honorable député de Lanark.

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