‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 244 sur 286 · AUX CITOYENS DE RIM0U8KI · texte numérisé non relu

AUX CITOYENS DE RIM0U8KI

M. le MairO) Messieurs,

Vous n*ête8 pas sans avoir entendu parler de moi en bien par les uns, en mal par les autres. C'est le sort ordinaire des hommes publics. Ils ont leurs amis,ils ont leurs détracteurs. Mais si, les chefs doivent recevoir les félicitations de ceux qui marchent sous leur bannière comme un encouragement légitime, ils ne doivent pas, d'autre part, conserver rancune des attaques dont ils sont Tobjet.

Ici, il ne s'agit pas d'une manifestation de parti. L'adresse que vous m'avez fait l'honneur de me présenter ne contient aucune allusion à mes actes politiques. Vous n'avez voulu voir en moi, à l'occasion de ma première visite à Eimouski, qu'un homme qui a pu, dans sa carrière publique, être utile à son pays. Cette démonstration spontanée et dégagée de tout esprit de parti n'en est que plus flatteuse pour moi.

Il y a quelques années, lorsque j'ai fait décréter la décentralisation judiciaire, on a pu croire la mesure prématurée, sinon téméraire. La population du comté de Kimouski était alors bien faible. Au dernier recensement, elle était portée à 20,000 âmes au plus. Aujourd'hui on m'assure qu'elle atteint le chiffre de 25,000 à 40,000 âmes. En présence d'un accroissement si rapide, qui peut supporter la comparaison avec le progrès de n'importe quelle autre localité du Canada, j'ai lieu de me féliciter d'avoir compté sur l'esprit d'entreprise des habitants de Rimouski, sur leur amour du travail et sur leur attachement au sol de leurs pères.

L'attachement au sol, c'est le secret de la grandeur future du peuple canadien-français. On parle beaucoup de nationalité. £h bien, je vous le dis, la race qui l'emportera dans l'avenir, c'est celle qui aura su conserver le sol.

Voulez-vous savoir l'endroit de votre adresse qui m'a causé le plus de plaisir ? c'est quand vous vous êtes appelés vous-mêmes pêcheurs et laboureurs. La mer qui baigne vos plages est belle ; je la vois d'ici, je l'admire. Je sais qu'elle vous y attire avec ses trésors inépuisables et aussi ses dangers, car vous êtes d'habiles et hardis marins, je ne l'ignore pas. Mais d'un autre côté, la terre, c'est la grande nourrice du genre humain. Elle ne garde pas ses richesses avec parcimonie. Il n'est pas nécessaire de courir les aventures pour les lui arracher ; elle les prodigue à qui veut se donner la peine de féconder son sein généreux. Attachez- vous donc à la terre,

travaillez la avec amour, elle vous rendra au centuple le prix de vos peinee et de vos soins. La possession du sol donne le titre toujours si honorable do propriétaire. Et puis le travail du sol favorise le développement de la population. Nos ancêtres étaient des laboureurs. Aussi voyez quelle postérité ils ont laissée 1 11 n'y a guère plus de cent ans, ils n'étaient que 60,000 et leurs descendants aujourd'hui sont au nombre d'un million dans le Bas-Canada, de 100,000 dans la province d'Ontario et de 250,000 aux Etats- Unis.

Pourquoi tant de nos compatriotes émigrent-ils à l'étranger, abandonnant la culture pour se livrer à des travaux mercenaires ? C est que ceux-là n'aiment pas le sol comme ils le devraient, comme vous l'aimez, vous, par exemple, qui, je suis heureux de l'apprendre, envoyez vos jeunes gens, dès l'âge de quinze à dix-huit ans, s'établir sur les terres non défrichées. Voilà le secret de votre prospérité. Loin de moi l'idée de vous prodiguer la flatterie. Je sais que je ne m'adresse pas à des oreilles vaniteuses, mais je dois vous le dire : en passant pour la première fois sur vos chemins si beaux, si bien entretenus, en voyant vos demeures si spacieuses, si bien construites, où tout semble indiquer le confort et une honnête aisance, et vos terres si bien cultivées, j'ai pensé que vous aviez plus de fierté que de vanité, et je ne crois pas m'être trompé. Quand, ensuite, j'ai eu occasion de causer avec quelques-uns d'entre vous, je me suis convaincu d'une autre chose, c'est que vous avez conservé les mœurs douces, polies, bienveillantes et hospitalières de vos ancêtres, ainsi que leur amour pour la religion.

La religion est la sauvegarde des peuples. Quelle reconnaissance la race canadienne-française ne doit-elle pas à son clergé ! Si elle a conservé sa nationalité, sa langue, ses institutions, à qui le doit-elle surtout , sinon à ce corps vénérable ? On demandait à Jean-Jacques Sousseau, quel était le meilleur moyen d'empêcher la russification de la Pologne. *' Que les Polonais restent Polonais I " telle fut sa réponse. Le meilleur moyen, pour les Canadiens-Français, c'est l'attachement au sol et surtout la conservation de leur langue et de leur religion.

Vous avez bien voulu mentionner la part que j'ai prise à l'adoption du présent tracé du chemin de fer Intercolonial. En effet, si vous pouvez espérer d'avoir une voie de communication qui mette les produits de vos terres et do vos pêcheries, aux portes des marchés du Canada et même du monde entier, surtout quand le che-

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min de fer dn Pacifique complétera le réBean de dob voiei> ferrées, OUB le devcE, en partie & mee efforts.

J'en snia heureux aujoard'hni plus que jamais, car j'ai constaté ar moi-même les immenses reeeonrces dont tous pouvez dispoeer.

Itimouski et les prorincea du Golfe deviendront avant longtemps n grand centre commercial. L'avenir du Canada, comme Puisiince maritime, est ici ; et si je l'osais, je dirais à quelle date prohaine ce centre devra contenir une population de 100,000 âmes.

Certes, cotte perspective eet brillant«, mais aussi vous en etee ignés. Pêcheurs et laboureurs, comme vous vous intitulez vousnêmes avec une fierlé que j'honore, vos bi'as vigoureux sont ton- >urs utiles i- la pairie, HOÎt que vous gouvernies une barque au niliea des âots, ou que vous tenies les manchons de la charrua

Quant à moi, j'ai depuis longtemps renoncé au repos. Homme nblic, je fournirai ma carrière jusqu'au dernier lionfle démon xistence. { Vives acclamationt.)

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