PAR LES CITOYENS DE SHERBROOKE
En 1869, rhonorable M. Christophor Dunkin se démit de ses fonctions de trésorier provincial de Québec pour devenir ministre de ragriculture à Ottawa. Deux ans après, il acceptait d'être juge de la Cour Supérieure, et l'honorable M. John-Henry Pope, député de Compton» le remplaçait dans le gouvernement. M. Pope, run des plus anciens représentants des Cantons de TEst, était connu pour ses vues larges, son sens pratique, son expérience en agriculture, Tintérôt qu'il portait aux chemins de for et aux exploitations minières, bref à tout ce qui pouvait contribuer au développement des ressources du pays. Sa nomination fut extrêmement bien accueillie par les électeurs, qui célébrèrent l'événement par un grand banquet, à Sherbrooke, le 9 novembre 1871. Sir Georges Cartier, sir A -T. Galt, sir Francis Hincks, l'honorable M. Howe et l'honorable M. Peter Mitchell étaient au nombre des convives. Ceux qui portèrent la parole firent l'éloge non-seulement de leur hôte, mais de sir Georges Cartier dans les termes les plus flatteurs. Le nouveau ministre proclama hautement qu'il avait accepté la charge difficile de représentant de l'élément anglais du Bas-Canada dans le cabinet, parce qu'il savait qu'il aurait à seconder le plus grand politique de la province, un homme incapable, disait-il, de faire une injustice à qui que ce soit. A son tour, sir Francis Hincks s'exclama: '* Je suis lié d'amitié depuis près de vingt ans avec sir Georges Cartier. Les sentiments qu il a exprimés, ce soir, dans un langage qui a été chaleureusement applaudi, ne m'ont pas surpris. Il n'en a pas connu d'autres depuis son entrée dans la vie publique. Ses collègues les partagent, car nous voulons comme lui le respect des droits de tous et l'entente cordiale entre toutes les races qui constituent notre population." Sir Georges Cartier reçut une véritable ovation lorsqu'il se leva pour répondre au toast : ** La Puissance du Canada".
716 BANQUET OFFERT A M. J.-H. POPB
Heesieurs,
Mes collègues et moi, qui avons le pifdsir d'assister à cette joyeuse fête, nous sommes très heureux et très fiers à la fois des démonstrations d'estime que vous donnez ce soir à notre nouveaa collègue, rhonorable M. Pope. Tout gouvernement aurait raison de s'enorgueillir d'une pareille approbation d'un choix fait par lui. {Applaudissements,)
Ce n'est pas la première fois que j'ai cette bonne fortune de me présenter devant vous. Il y a quelques années, au banquet que la reconnaissante population des Cantons de l'Est donnait à mon honorable ami, sir A.-T. Galt, aussi mon collègue dans d'autres circonstances, je me suis trouvé an milieu d'elle, et je n'ai pas oublié ses excellents procédés envers moi.
Tous ceux qui sont ici connaissent ma carrière politique ; peu, je crois, ignorent ce que j'ai fait comme législateur. Je ne vous rappellerai pas les lois dont je suie l'auteur, pour en tirer vanité ; mais ]M>ur justifier la ligne de conduite que je suivais. Qui ne se souvient ou n'a entendu dire qu'à une époque les propriékures d*immeubles dans les Cantons de l'Est étaient sans cesse exposés à d'étemels procès sur leurs titres ? Jusqu'à 1857 la loi régissant la tenure des terres y était incertaine : cela donnait lieu à toutes sortes de difficultés. En 1857, je m'occupai sérieusement de cette importante question, comme procureur général ; votre situation que je connaissais, ne pouvait pas m'être indifi'érente. Mes prédécesseurs s'en étaient occupés eux aussi, dans l'espoir sans doute de débrouiller le chaos, mais leurs efibrts avaient eu fort peu de succès. Après m'êtro employé résolument à cette œuvre, j'eus la satisfaction de réussir à rédiger et à faire accepter une loi qui dissipait toutes les obscurités et levait tous les doutes. (Applaudissements.)
Je signalerai une autre mesure législative dont les Cantons de l'Est eurent aussi à se réjouir. Avant 1857, il n'y avait dans tout le Bas-Canada, que sept centres d'administration de la justice. Le peuple, je le savais, en souffrait, et je fis adopter la loi de la décentralisation judiciaire, pour mieux distribuer les tribunaux dans le pays.
Il est encore un fait que je veux particulièrement mentionner; il se rapporte à notre droit commun, au droit civil du Bas-Canada,
qui intérossait si profondément les habitants de langue anglaise. Tous admiraient Tesprit du système, les hommes de profession comme les autres, mais ils ne pouvaient pas tous lire le texte et le comprendre eux-mêmes. Pour supprimer cette juste cause de mécontentement, j'ai demandé et obtenu la refonte de nos lois du Bas-Canada, et leur impression dans les deux langues. (^Applaudissements.) Ma proposition fut combattue par des juges et des avocats, qui pétitionnèrent même contre son adoption, je répondis que cette refonte était moins nécessaire aux Canadiens-Français qu'à la population anglaise, et qu'il ^'agissait là surtout d'accomplir un acte de justice à son égard. J'ajoutai que je saurais bien passer à traveiTB ces adversaires, non que je manquasse de respect pour la magistrature ou la profession à laquelle j'appartiens, mais parceque Ton s'opposait à une mesure infiniment désirable. Aujourd'hui, je ne crois pas que personne m'en veuille de ma victoire. {Applaudissements,)
Enfin, je pourrais vous rappeler l'abolition de la tenure seigneuriale dans le Bas-Canada. Mon honorable ami et collègue, sir A.-T. Grall, m'avait prêté son cordial appui. (Applaudissements.) Pour effectuer la suppression des droits seigneuriaux, nous dûmes voter une indemnité. Les Cantons de l'Est ne sont pas étrangers au paiement de cette indemnité comme contribuables ; si l'Acte de 1854 ne parle pas d'eux, l'Acte de 1857 pourvoit au dédommagement des occupants de terres dans ce district.
11 me serait facile d'indiquer d'autres mesures que j'ai proposées au Parlement, et qui vous intéressaient ; mais j'ai passé les principales en revue. Eevenons-en à un sujet qui vous touche plus spécialement. Les habitants de ces riches Cantons de l'Est occupent géographiquement une position qui n'était pas sans avoir eu apparence de désavantages ; formant pour ainsi dire une zone de séparation entre les anciens établissements du Bas-Canada et plusieurs Etats de la puissante république américaine, ces Cantons avaient à rivaliser avec d'entreprenants voisins ; mais ils ont réussi à merveille dans toutes les opérations de l'agriculture et de l'industrie. En agriculture, la comparaison leur est même favorable, de l'aveu de leurs rivaux d'au-delà de la frontière. ( Vifs applaudissements.) Us ont fait mieux encore; en montrant aux émigrants des pays voisins que le succès les attend en Canada, ils en ont attiré un grand nombre que nous sommes heureux de voir au milieu de nous. {Applaudissements,)