BANQUET OFFERT A M. J.-H. POPE
Mon aimable ami M. Pope s'est exprime en termes si flatteurs sur mon passé qu'il me faut bien en dire encore un mot à mon tour. Depuis vingt-cinq années que je suis dans la carrière, j'ai toujours eu pour principe, de ne pas me lainser égarer par les préjugés, soit de races ou de religions. Je n'ai pas cessé de dire aux Canadiens-Français qu'ils devaient être toléranU et généreux, et ne jamais se prévaloir injustement de la supériorité du nombre. (^Applaudissements,) J'espère qu'ils continueront de suivre ces conseils dignes d'eux, et que lorsque j'aurai disparu de la scène politique mon successeur saura s'inspirer de mon exemple.
Il appartenait, selon moi, à la vieille province de Québec de donner bon exemple aux autres ; et je pense que ses chefs l'en ont convaincue ; car l'on discute moins dans le Bas-Canada que partout ailleurs les irritantes questions de race et de religion. (Applaudissements.) Si je n'ai pu accomplir de grandes choses pour mon pays ; j'espère, du moins qu'une politique constamment libérale envers tout le monde, sans distinction aucune, aura rendu notre pays plus heureux, plus prospère, et que ce fruit de mon administration servira d'encouragement à qui voudra marcher dans la voie déjà faite. Certes, je n'aurais eu jusqu'ici, et je n'aurais guère à l'avenir de valeur ou d'utilité comme homme d'Etat, si je n'avais dû ou ne devais compter, que sur l'appui des Canadiens-Français. S'il m'avait fallu céder à Tesprit d'exclusion, je serais sorti sans hésitation et sans retard de l'arène publique. Cet esprit n'est pas le mien. Dans les luttes ardentes soulevées par telles classes fanatiques de la population d'Ontario, qui m'a soutenu ? Les catholiques et les protestants unis du Bas-Canada. (Applaudissements.) On a répété pendant des années que je n'étais que l'instrument du clergé. La majorité protestante du Bas-Canada s'est chargée de répondre elle-même à cette accusation en me donnant un appui, qui m'a aidé beaucoup plus qu'on ne l'imagine. {Applaudissements. )
Mon honorable ami M. Pope nous a dit que les habitants anglais du Bas-Canada étaient une minorité. Par le nombre, oui ! mais personne ne saurait nier leur importance aux autres points de vue. Leur esprit d'entreprise en tous genres, d'industrie, par exemple, a été un puissant facteur dans le développement de ce pays. Les Canadiens-Français reconnaissent leur mérite, leurs réelles qualités et sont heureux de les voir à leurs côtés travailler avec
eux à la prospérité, à la fortune de la province de Québec. (Applaudissements.)
Mon honorable ami M. Pope, n'a accepté le poste de ministre de l'agriculture qu'avec hésitation ; le sentiment seul du devoir pouvait le décider. Il est certain que sa connaissance parfaite de vos intérêts lui permettra de vous rendre de sérieux services. Ainsi il a l'émigration dans ses attributions. Nous savons que nombre d'immigrants des îles Britanniques refusent de venir au milieu des Canadiens-Français, dont ils ne comprennent pas la langue. Eh bien, pourquoi ne les engagerait-on pas à s'établir dans votre belle contrée ? J'espère donc qu'avant longtemps votre entreprenante population va se grossir de plusieurs milliers de bons colons. (Applaudissements^)
Le prédécesseur de mon ami, l'honorable M. Dunkin, maintenant juge, a été ministre capable, honnête et laborieux. On l'a cependant beaucoup attaqué au sujet surtout du recensement. Mais le public saura bientôt à quoi s'en tenir : le travail est fini, et chacun verra bien qu'il a été fait avec un grand soin et avec toute la diligence possible. C'est peut-être la première fois dans l'histoire, qu'une question politique se rattache à ce degré aux chiffres d'un recensement. Pour les remaniements de la représentation au Parlement, il était nécessaire, en effet, que le dénombrement f(it exécuté avec une scrupuleuse exactitude ; je n'hésite pas à le déclarer, ce dernier recensement est le plus complet et le plus fidèle que nous ayons eu jusqu'ici dans nos provinces confédérées.
M. Dunkin occupait, il y a vingt ans, la charge de sous-secrétaire d'Etat ; il s'en démit pour étudier le droit. Après avoir conquis une belle position au barreau, on l'a vu entrer dans la vie publique, où il a fort bien réussi ; quand on lui a offert le haut emploi déjuge, il n'y songeait pas plus que M. Pope ne s'attendait à être son successeur. Je suis très aise d'avoir eu cette occasion de défendre M. Dunkin contre les attaques de certains journaux trop prompts à dire du mal dun ministre qui se retire. C'est le devoir des anciens collègues d'un serviteur public qui n'a jamais épargné ni soin ni peine de reconnaître ses services. Faire autrement sei*ait forfaire.
J'arrive brusquement au point par lequel j'aurais dû peut-être commencer. Le président ayant eu la gracieuseté de proposer la santé du gouvernement fédéral, j'offre mes remerciements personnels et ceux de mes collègues à tous ceux qui ont accueilli
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oe toMt avec un si grand applaudiBsement. Je n'y ai paa saiai qae l'exprefleion d'uce approbation donnée au cabinet d'Ottawa ; non, car, je le voie, en parcourant du regard cett« longue table, le banquet a réuni toutes les opinions. Fermettez-moi, cependant, de proclamer ici, en terminant ce discours, que te gouvernement a pour règle d'administrer avec prudence et économie. Nous avons honnêtement rempli nos obligations. Consultes, Measteurs, les livres biens aux chapitres des impositions et des dépenses, et voua conviendrez tous qu'il n'y a pas de pays au monde qui soit gouverné plus éconoiuiquement que le nfitre, et oA, malgré cela, il se fasse plus de grands travaux d'utilit4 publique. (^Applauditsementt prolongé».)
CHEMIN DE COLONISATION DU NORD DE HONTRÉAl
PBONOHCA IX i AVRIL 1872
Une dèpulalion comprenant plusieurs citoyens influents de Monlrëal-Est et quelques membres du Conseil de Vitte, entre autres MH. les ëcbevins David, M. P. P., el Wilson et messieurs les conseillers Rolland, Hunro, Desmarteau el Brunet, eut une entrevue, ta cinq avril après-midi, avec sir Georges Cartier, à sarésidence.à Montréal, relativement au chemin de fer de Colonisation du Nord. Le ministre do la milice accueillit la députation avec cordialité, et le président, M. Jean-Marie Papineau, lui adressa la parole à peu près en ces termes. " Vous savez, dit-il, tout l'inlÉrèt que prend l'immense majorité, sinon toute la population de la partie Est de la cite à l'enlrepHse nationale du chemin de fer de Colonisation du Nord. M c'est cet intérêt qui nous amène aujourd'hui auprès de vous pour demander en faveur de cette œuvre le puissant appui de votre influence aOn d'assurer son succâg. Nous représentons ici vos Électeurs qui ont conllance dans votre coneours," Sir Georges répondit :
Je vouB remorclc d'ëiro vouub en ansei grand nombre, vou^qui étee les délégui^s de la circonitcrifition Est de Montréal, pour conférer d'une question aussi importante. Je Buia content bussï do voir parmi voue mon collègue, le reprâaenlant à la Chambre pro\'inciale du même collège électoral, M. Fei-diiiand David.
Je puis vous assurer que je prends autant d'intérêt que vous à la vatit« entreprise dont vous diisirez si ardemment le succès. Jj'œavre du chemin de fer de Colonisaition du Nord a eu mon appui