‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 278 sur 286 · AUX CITOYENS DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

AUX CITOYENS DE QUÉBEC

le mouvement des dernières années et vous avez autant que tout autre homme public contribué à rétablissement et au développement de la Confédération canadienne. En plus d'une circonstance, les loyaux adversaires ont admis la sincérité de vos convictions, la puissance de votre talent, l'intégrité de votre conduite. Si les passions politiques se sont quelquefois acharnées avec violence contre vous, elles ont par là môme rendu un nouveau témoignage à votre valeur personnelle, à votre courage et à la force d'une volonté que rien ne peut abattre ni séduire.

" A tous ces titres à Testime de vos concitoyens de toutes les croyances et de toutes les origines, se joint Tesprit de Justice et de libéralité qui vous a toujours animé, tandis que vous avez su défendre avec autant d'habileté que de fermeté, les droits et les intérêts qui vous étaient plus spécialement conliés.

" S'il vous a été donné de rendre d'importants services à la région de Montréal, à laquelle vous appartenez, vous n'en comptez pas moins dans la cité de Québec un grand nombre d'amis personnels qui pendant vos longues résidences dans cette ville ont su apprécier vos qualités sociales ; aussi un grand nombre d'admirateurs sincères de votre patriotisme, de rhabileté, de la diligence, du courage et du désintéressement avec lesquels vous avez dirigé Jusqu'ici les affaires publiques.

" Nous devions ce témoignage à vous-même, à la vérité, à l'avenir du pays dont le bonheur ne peut être assuré que par la Justice et la reconnaissance des populations envers les hommes qui les ont longtemps servies avec fidélité.

" Agréez les vœux que nous formons pour votre bonheur, pour celui de lady Cartier et de votre famille, et pour qu'un heureux voyage vous rende promptement à la santé, à votre pays et aux aiïaires publiques."

Sir Georges prononça un discours d'environ une demi-heure en réponse à cette adresse. Son émotion n'avait fait qu'augmenter, et ses paroles étaient entrecoupées de sanglots. Il avait trop présumé de la science, car le touchant au revoir par lequel il prit congé de ses nombreux amis devait se changer en un éternel adieu ! Ce fut son dernier discours. Le 20 mai suivant, la mort fermait ses lèvres !

M. le Maire, Messieurs,

Je ne saurais vous exprimer toute ma reconnaissance pour les marques d'estime et d*amitié que vous venez de me donner. D est impossible de quitter ce magnifique spectacle, de dire adieu à votre port et à votre bonne vieille ville sans en emporter avec soi un bien durable souvenir. Pour moi ce souvenir sera embelli par celui de votre bonté et de votre affection.

n y a une choeo dans votre adresse qui m'a particulièrement touché ; c'est Tallusion que vous voulez bien faire à ma longue résidence parmi vous. J'ai en effet habité Québec pendant plus de cinq années et à diverses reprises depuis. Dans ce laps de temps, j'ai éprouvé des jouissances que je n'ai jamais ressenties dans aucun moment de ma vie ; j'ai pu apprécier tout le charme de la société québecquoise et jouir de cette hospitalité, qui est devenue proverbiale, non-seulement en Canada et en Amérique, mais aussi en Europe.

Dans ma vie publique, je me suis efforcé de considérer le pays tout entier. J'ai eu pour but surtout d'élever notre politique audessus des questions de localité : mais je puis vous assurer que l'avenir de votre bonne vieille cité m'intéresse vivement, et je suis de ceux qui désirent et attendent pour elle l'avenir le plus prospère et le plus brillant.

(Ici l'orateur ftit interrompu par le bruit de la vapeur et reprit, en disant après quelques instants :)

Voici une interruption ; mais vous savez que les interruptions ne me dérangent pas. On a essayé aussi d 'interrompre ma carrière publique ; mais je puis vous assurer que l'incident de Montréal-Est ne me dérange pus plus et n'aura pas plus d'influence sur ma conduite politique que cette interruption n'en pourra exercer sur mon discours. (^Bravos enthousiastes et prolongés.)

Je no suis pas de ceux qui se découragent facilement. Si Dieu me prête vie et santé, je prouverai, je l'espère, bientôt à mes adversaires, que le grand parti conservateur ne se laisse pas abattre par un échec de cette nature.

J'en reviens à ce que je disais de votre belle et bonne vieille cité. Je puis vous répéter un témoignage bien plus important que le mien, celui de deux personnages du rang le plus élevé et de la plus grande distinction, personnages auxquels vous venez de faire une ovation bien méritée, et dont le récit m'a causé la plus vive satisfaction. Après leur première visite à Québec, ces nobles personnages m'ont exprimé vivement tout l'intérêt que votre ville leur inspirait. " Québec, m'ont-ils dit, a produit sur nous la plus vive impression, nous avons beaucoup voyagé, et il y a peu d'endroits si propres à séduire l'imagination du voyageur. Nous resterons à Québec aussi longtemps que nous le pourrons." ^

* Lord et lady DulTerin.

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