‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 44 sur 286 · L'INSTRUCTION SUPÉRIEURE DANS LE BAS-CANADA · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION SUPÉRIEURE DANS LE BAS-CANADA

Quant à l'école normale, elle menaçait de naître au milieu de difficultés que nous espérons avoir fait disparaître entièrement. Le crédit de 25,000 louis pour le traitement des professeurs et pour l'entretien des élèves, est très insuffisant, comme Ton s'en convaincra en jetant un coup d'œil sur le tableau des revenus et des dépenses de l'école normale du Haut-Canada. Aussi avons-nous décidé que, dans le Bas-Canada de même que dans le Haut, le fonds des écoles communales viendrait en aide à celui de l'école normale jusqu'à concurrence de £3,500. Ajoutez à cette somme environ 500 louis, pi*ovenant des paiements versés par les élèves de l'école normale, et vous obtiendrez un total de 5,000 louis au moins, destiné à subvenir aux frais de l'école normale. Ce revenu, tout considérable qu'il paraît, sera d'autant plus nécessaire que le gouvernement se pi*opose de fonder dans le Bas-Canada plusieurs écoles normales.

Néanmoins, avant d'organiser ces grandes institutions, il a fallu songer aux bâtiments qui leur seraient affectés. L'école normale du Haut-Canada n'a pas été établie dans ses immeubles aux frais de son budget spécial ; mais les £10,000 des dépenses occasionnées par la construction de ses bâtiments, ont été fournis par le fonds de construction du Haut-Canada. Il est certain que, dans l'autre partie de la province, nous n'avons pas un besoin immédiat de nouveaux bâtiments ; c'est ce qui nous permettra de créer sans difficulté, peu à peu, un fonds spécial de £16,000, en i*etirant chaque année, pendant sept ans, et plaçant à intérêt une somme de £2,000, des £22,000 produits par le fonds permanent de l'enseignement supérieur. Par ce moyen, on ci-éera un fonds de construction sans priver les écoles secondaires d'une partie considérable des allocations annuelles sur lesquelles elles comptent.

Mais le gouvernement veut plutôt s'occuper de l'instruction que des constinictions. Pour atteindre ce but, il est évident qu'il faut des professeurs capables et aussi des livres de choix. Il me reste maintenant à discuter quelques détails relatifs aux écoles normales. Nous commencerons par en établir trois. On pourra me demander pourquoi nous en donnons trois au Bas-Canada, quand le Haut-Canada n'en possède qu'une ? Notre décision est basée sur la diversité des langues en usage dans le Canada français et sur la situation géographique de cette partie de la province. Dans le Haut-Canada, la très grande majorité ne parle que la langue anglaise ; une seule école peut donc répondre à tous les besoins ; mais dans le Bas-Canada, la population anglaise, qui se

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plaint bien à tort d'être négligée, aurait raison de dire que ses droits sont foulés aux pieds, si ses instituteurs étaient obligés de puiser leur instruction dans une école française.

Il faut donc pour le moins deux écoles dans le Bas-Canada, Tune où renseignement se donne en français, et Tautre où l'on se serve de la langue anglaise. La situation géographique du fias-Canada fait, cependant, que trois écoles sont nécessaires.

Bans le Haut-Canada, Técole normale de Toronto se trouve à peu près au centre de la province, tandis que, dans le Canada français, ni Québec ni Montréal n'occupent une position centrale pour cette population qui s'étend de Gaspé aux townships de l'Est, du Saguenay à la vallée du Saint-Maurice, et des rives du lac Champlain aux bords de la rivière Ottawa.

L'école normale anglaise sera établie à Montréal. En effet, sur 220,000 citoyens de langue anglaise épars dans le Bas Canada, environ 200,000 sont groupés dans un rayon de 120 milles de Montréal. Nous n'aurions donc pas pu choisir de ville plus centrale pour cette population. D'un autre côté, dans les townships de l'Est, dans la région de Montréal, jusqu'à celle du Saint- Maurice, et dans la vallée de l'Ottawa, nous avons une population d'environ 300,000 Français, qui, eux aussi, ont droit à une école normale, et dont Montréal est réellement le centre.

Voilà pourquoi cette ville possédera dans ses murs deux écoles normales, l'une destinée aux Français et l'autre à la population d'origine britannique.

Enfin, dans cette vaste région qui s'étend des Trois-Rivières à Gaspé, habite une population presque entièrement française et aussi considérable que celle qui se groupe dans l'arrondissement dont Montréal est le centre. On ne pouvait pas exiger sans injustice que ces 300,000 Français déi)endisscnt de l'école normale établie dans cette dernière ville, et nous leur devions d'en fonder une à Québec.

M. Chapais. — La langue anglaise sera-t-elle exclue de cette dernière école ?

M. Cartier. — Nullement. Les deux langues seront enseignées dans les trois écoles. Seulement, dans celle de Québec et dans l'une des deux institutions établies à Montréal, l'enseignement se fera en français ; et dans la seconde école de Montréal, on emploiera l'anglais. Ce plan a été généralement approuvé par les représentants des deux races auxquelles il a été soumis.

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