L'INSTRUCTION SUPÉRIEURB DANS LE BAS-CANADA
M. Brown. — Ces écoles aaront-elles un caractère religieux ?
M. Cajitier. — Les élèves auront à se conformer aux pratiques religieuses des directeurs de l'établissement qu'ils choisiront L'école anglaise sera annexée à l'Université McGill, qui jouit d'une si haute réputation ; et l'école de Québec deviendra une succursale de l'Université Laval. Par ce moyen, nous mettrons ces doux écoles en relief. Dès le principe, elles occuperont une haute place dans l'estime publique. Car, si nous voulons arriver au succès, il ne suffît pas de faire de notre mieux, nous devons encore nous assurer le concours des personnes les plus élevées et mériter les sympathies des hommes influents qui se sont consacrés à la cause de l'enseignement.
M. Brown. — Les directeurs des universités McGill et Laval choisiront-ils les professeurs des deux écoles normales annexées à ces deux établissements ?
M. Cartier.— Nous nous servirons simplement d'une partie des bâtiments de ces deux universités, mais nous nous réservons la nomination des professeurs.
M. Brown. — Je désirerais savoir si ces universités exerceront un contrôle quelconque sur les écoles normales, ou si elles leur céderont seulement des locaux.
M. Cartier. — Les directeurs do ces universités n'auront rien de commun avec l'administration ou la direction des écoles normales. Une clause du bill déclare que les écoles normales seront sous la haute direction du Gouverneur en conseil. Le gouvernement présentera en outre un projet de loi pour créer un conseil d'instruction publique.
M. DoRiON. — Allez-vous réserver une somme pour pourvoir à l'enseignement d'un certain nombre d'élèves ?
M. Cartier. — ^Je ne saurais entrer à présent dans les détails les plus minutieux. Il nous importe peu de les connaître et je ne suis pas prêt non plus à répondre à toutes les questions. La troisième école normale, celle qui sera destinée aux Français de la région de Montréal, sera établie dans le palais de justice, l'ancien hôtel du gouvernement, et placée sous le contrôle immédiat du surintendant de l'instruction publique. Et le U\lent administratif de ce fonctionnaire nous fait croire que cette école ne sera ni la moins florissante ni la moins bien conduite des trois. A ces grands établissements seront de plus annexées des écoles modèles, qui recevront des élèves au moins un millier de louis; et
cette somroe) ajoutée aux cinq mille louis dont j*ai parlé, nous donnera un total annuel de £6,000, affecté à Tentretien de ces écoles normales.
En expliquant la nécessité d'avoir plus d'une école normale dans le Bas-Canada, j'ai dit un mot de l'institution de Toronto, que je suis loin de vouloir déprécier, et dont j'admire au contraire le succès. Mais j'ose dire que, malgré sa situation centrale et l'unité de langue dont jouit la population du Haut-Canada, l'école de Toronto ne suffit pas à cette province, et, comme je vais le prouver, trois établissements de ce genre auraient pu y trouver des éléments de prospérité. En effet, de 1847 à 1854, il est sorti de l'école normale de Toronto 1,476 instituteurs, soit environ 200 par an ; et sur ces 1,476 élèves 635 appartenaient aux comtés de Peel, York et Ontario, qui, à eux trois, n'ont qu'une population de 135,000 âmes, tandis que les 816,000 habitants du reste du Haut-Canada n'avaient fourni que 814 élèves. C'est-à-dire que, dans les comtés les plus rapprochés de l'école normale, nous trouvions un élève par 1,500 habitants, tandis que dans les comtés les plus éloignés la proportion n'est que de un élève par 8,000 âmes. Ne devons-nous pas supposer que cette énorme différence est due à l'éloignoment do l'école normale, et que les comtés de l'est et de l'ouest auraient donné plus d'élèves s'il s'était trouvé une école normale vers les extrémités de la province ? D'après ces données, nous pouvons raisonnablement espérer d'avoir environ 60 élèves par an dans l'école normale anglaise de Montréal, 75 dans l'école française et une centaine dans celle de Québec ; et, avec de tels éléments de succès, je suis presque assuré que nous élèverons l'enseignement dans le Bas-Canada à une hauteur qu'il n'a jamais atteinte dans le Canada anglais.