‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 56 sur 286 · FORMATION DD MINISTÈRE TACBÉ-MACDONALD · texte numérisé non relu

FORMATION DD MINISTÈRE TACBÉ-MACDONALD

A L^ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

Le cabinet MacNab-Taché succomba à la Un de la session de 1856, une session féconde en mesures importantes et en débats retentissants. Composée de plusieurs rérormistes, la section haut-canadienne fut plusieurs fois abandonnée par les elear^ils, qui, sous la conduite de M. George Brown, commençaient à former un parti qui devait Unir par absorber la plupart des réformistes du Haut-Canada. Le dernier coup fut porté au ministère sur la question du siège du gouvernement. Il fut bien décidé, par un vote de 62 contre 51, que Québec serait la capitale permanente après 1858, le système des capitales alternatives étant devenu impossible ; mais sur un nouveau vote, proposé par M. Holton, le ministère qui avait obtenu une majorité de 23 voix, recueillit une minorité du Haut-Canada, 33 députés s'étant prononcés contre lui et 27 pour. Après ce vote, MM. John A. Macdonald, Spence, Morrison et Cayley donnèrent leur démission, en alléguant que ce vote avait affaibli le gouvernement, que de semblables votes pouvaient se répéter et qu'ils ne trouvaient pas convenable de continuer de siéger dans le cabinet D'un autre côté, la section québecquoise jouissait plus que jamais de la confiance de la députation, puisque sur 43 voix du Bas-Canada, 14 seulement s'étaient alliées à Topposition. 8ir Allan MacNab capitula bien à regret, et le gouverneur, sur Tavis des autres ministres démissionnaires, fit mander Thonorable Etienne-Pascal Taché pour reconstituer le cabinet. Celui-ci entreprit cette tAche avec succès, et tous les anciens ministres reprirent leurs portefeuilles, sauf sir Allan MacNab et Thonorable M. Drummond, qui furent remplacés par M. Vankoughnet et M. Terrill. M. Cartier succéda à M. Drummond comme procureur général du Bas-Canada. La retraite de M. Drummond causa de Témoi, vu qu'il agissait comme chef du parti ministi^riel à l'Assemblée législative. La reconstniction du cabinet fut l'objet d'un débat très violent, au cours duquel MM. Galt et Lorangor dénoncèrent les derniers arrangements ce dernier préconisant le système de

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la double majorité pour la protection des deux provinces. Le nouveau cabinet se trouva encore en minorité dans le Haut^Ganada ; un nouveau vole lui donna une majorité totale de 22 voix dans les deux provinces.

M. rOrateur,

Personne ne doute de mon amitië pour l'honorable député de Laprairie (M. T.-J.-J. Loranger). Malgré sa déclaration contre le gouvernement, — déclaration que je regrette — j*ai cru que mon honorable ami reviendrait à d'autres sentiments quand il connaîtrait tous les faits.

Le député de Laprairie s'est tout d'abord attaqué au ministère pour des raisons constitutionnelles, mais il est dans l'erreur. Il nous a dit ensuite que sa confiance dans le ministère avait diminué à la suite de la retraite du procureur général (l'honorable M. Drummond). Personne ne respecte plus que moi l'honorable démissionnaire, mais je crois que le député de Laprairie doit perdre de vue un instant son amitié pour l'honorable monsieur, s'il veut juger la situation froidement et impartialement.

Mon honorable ami prétend que les ministres qui s'étaient démis et qui ont repris leurs portefeuilles, ont violé les privilèges de la Chambre et du peuple. C'est une fausse interprétation de la situation. L'une des pièces soumises à la Chambre explique les circonstances dans lesquelles leur démission a été donnée. Les ministres bas-canadiens n'ont pas été les premiers à se démettre, et tous ne se sont pas démis ; leurs collègues du Haut-Canada ont renoncé à leurs portefeuilles parce que plusieurs d'entre eux représentaient un parti qui leur retirait son appui.

Comme le député de Laprairie, je voudrais voir tous mes collègues du Bas-Canada parfaitement unis, mais je ne saurais m 'allier, dans les circonstances, à un homme (M. Brown) dont la politique inspire de profondes répugnances au Bas-Canada et à la grande majorité du Haut-Canada. Les principes doivent passer avant les simples jouissances du pouvoir. Le vote qui a été donné est plutôt favorable qu'adverse aux ministres. L'administration n'a pas été battue puisqu'elle a eu une majorité de vingt-trois voix. Ce sont plutôt certains ministres qui se croient atteints par ce vote dans la partie de la province qu'ils représentent. Or, la théorie constitutionnelle veut que la confiance publique, qui est essentielle

pour le cabinet, ne repose pas sur une section mais sur le pays tout entier.

H est vrai que le premier ministre siège au Conseil législatif, mais cela ne doit pas amoindrir la confiance dans le gouvernement. L'honorable député doit savoir que, à maintes reprises, les chefs des cabinets anglais ont appartenu à la Chambre des lords. . Cela ne les a pas empêchés de gouverner avec éclat, avec succès. En cas de vote de non-confiance, la pratique constitutionnelle veut que le souverain offre le pouvoir aux chefs du parti qui a renversé l'administration.

L'honorable député de Laprairie prétend que le gouverneur général aurait dû prendre plus de ministres du côté de l'opposition bas-canadienne. Pourquoi aurait-il eu recours à un parti qui forme une minorité infime dans le Bas-Canada ?

On pourra dire encore que l'on aurait dû s'adresser à l'opposition du Haut-Canada. Le député de Laprairie aurait-il voulu que le député de Lambton (M. George Brown) fût invité à former le gouvernement ? Assurément, il n'aurait pu saluer avec plaisir un pareil événement. Le gouverneur général, en demandant à un homme de notre race de devenir le principal conseiller de la couronne, a certainement fait un acte qui ne devait pas nsêtre ou désagréable. Les députés du Bas-Canada comptaient une grande majorité dars le vote en question, et si leurs ministres se sont démis de leur charge, c'est à cause de la retraite du chef du cabinet : une simple affaire d'étiquette, pas autre chose. Ce n est pas parce que l'Assemblée législative manquait de confiance en eux. Laissez-moi dire à l'honorable député de Québec (M. Chabot) que le gouvernement saura remplir la recommandation contenue dans le budget quant à la somme qui doit se dépenser à Québec pour en faire la capitale. La nouvelle administration demandera le crédit nécessaire à cette fin.

Le temps n'est pas encore venu d'exposer notre politique relativement aux chemins de fer et notamment au Grand-Tronc. Le gouvernement, quand il réglera cette question, aura soin de protéger le crédit de la province tout en développant les ressources du pays. Il ne traitera pas la question avec mesquinerie, comme s'il ne s'agissait que d'actionnaires et d'entrepreneurs ; on peut compter là-dessus.

Nous avons aussi l'intention de pousser l'entreprise du chemin de fer du Nord, dont nos prédécesseurs ont pris l'initiative.

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C'est plutôt r Assemblée législative qni nous guide, pour ce qui est de la dissolution de la Chambre, que toute opinion préconçue du nouveau cabinet. Aucune réponse ne saurait donc être donnée sur ce point.

Je dois dire que la section haut-canadienne du nouveau ministère a cessé d'être une coalition (cris ironiques : Ecoutez / Ecoutez /), mais qu'elle est formée d'hommes aussi opposés au fanatisme de l'honorable député de Lambton (M. George Brown), qu'au torysme de l'honorable député de Toronto (M. John Hilyard Cameron). Ils pensent absolument comme leurs collègues du Bas-Canada. Tous ont des opinions larges, dégagées de préjugés, de sentiments extrêmes, et sont déterminés de résister à l'agitation des honorables députés de Lambton et de Haldimand (M. Wm Lyon Mackenzie), qui préconisent la représentation basée sur la population dans le but d'asservir le Bas-Canada.

SUR LA

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