LA DÉMISSION DB L'HONORABLE M. GAUCHON
homme d*Etat qui considérait avant tout les intérêts du pays, L*Acte du Grand-Tronc passa aussi au Gonseil législatif à une forte majonté.
II n*y a pas de doute qu'une mauvaise administration avait présidé aux affaires du Grand-Tronc ; sans les salaires trop élevés des employés, et sans les spéculations sur Tachât des terrains et les autres gaspillage^ on serait arrivé à un résultat différent. Les actionnaires furent réellement exploités. Mais la province était intéressée au succès définitif de cette grande entreprise. Elle allait retirer indirectement d'immenses avantages, par le surcroît de facilité donné au commerce, et par la diminution des frais de transport. Aussi tous ceux qui étaient grandement intéressés à la prospérité générale, donnèrent lour concours au gouvernement MM. Young, Hoiton, Dorion, McNab et Drummond le firent avec les vues larges d'hommes d'Etat.
Si quelques partisans du ministère votèrent contre l'Acte du Grand-Tronc, ce fut parce que le cabinet hésitait à accorder de l'aide au chemin de la Rive-Nord. M. Gauchon, pressé par les amis de ce chemin, quitta le cabinet à cette occasion. Il voulait qu'une aide fût accordée à cette route avant d'appuyer la mesure relative au Grand-Tronc ; Il était de plus mécontent des délais que ses collègues apportaient dans leur décision.
Après la retraite de M. Gauchon, le gouvernement accorda une aide indirecte au chemin de la Rive-Nord. Il donna à la Gompagnie du chemin de fer et de la navigation du Saint-Maurice une subvention de 1,500,000 acres de t9rres incultes. Gette compagnie s'engageait à ouvrir des communications entre les Trois-Rivières et La Tuque, au moyen d'une voie ferrée et de bateaux à vapeur ; on lui permit d'opérer sa fusion avec la compagnio de la Rive-Nord. Les deux compagnies s'unirent, en effet, sous le nom de Gompagnie de chemin de fer de la Rive-Nord et de la Navigation et des Terres du Saint-Maurice. La concession du million et demi d'acres devait être la propriété de la Gompagnie de la Rive-Nord à la condition expresse qu'elle établirait des communications entre Trois-Rivières et la Tuque
La compagnie tenta alors de mener cette belle entreprise h bonne fin. A sa demande, la ville de Québec lui vint en aide et avança une somme de cinquante mille piastres ; l'exploration fut entreprise et les travaux môme commencés. Malheureusement MM. Langevin et Gasault, envoyés en Angleterre pour s'entendre avec les capitalistes, ne purent réussir dans leur mission ; ces derniers demandèrent des conditions trop onéreuses. L'entreprise fût alors abandonnée pour plusieurs années. En 1871, M. Gauchon la prit sous sa protection ; il réveilla l'opinion publique dans la presse, dans des assemblées publiques ; grâce à son énergie, à l'appui généreux de la ville de Québec et au concours des véritables amis du progrès, la construction du chemin de la Rive-Nord fut décidée et est aujourd'hui un fait accompli. *
1 Les notes oi-deMui sont tirées de YHiêtoire du Canada sous VUniortf par Turcotte. Elles ezpUquent parfaitement les circonstances dans lesquelles ont été prononcés les deux discours qui suivent
M. rOrateur,
Mœ collègues et moi regrettons beaucoup d'être obliges de nous séparer de notre ancien et digne collègue (l'honorable M. Cauchon) qui a rempli ses fonctions d'une façon très satisfaisante, qui n'a pas même été dépassée.
Je ne veux pas soulever un débat, mais relever seulement quelques observations. L'honorable démissionnaire nous a dit que certaines paroles de l'honorable procureur général du Haut-Canada lui ont fait comprendi'e qu'aussitôt l'Acte du Grand-Tronc passé, il y aurait dissolution de la législature et des élections générales. Je dois nier l'exactitude de cette assertion.
De même je nie l'accusation que les membres du gouvernement, l'honorable ministre de l'agriculture (M. Vankoughnet) étant particulièrement visé, aient combattu systématiquement le projet de consti'uire un chemin de fer de Québec au lac Huron. Quand les ministres quittèrent le Conseil, hier, le débat sur la mesure de de Vankoughnet avait été ajourné, et tous comptaient que le pi*ojet de mon honorable ami serait discuté, ce qui a eu lieu. *
M. Cavchon. — L'honorable pix)cureur général du Bas-Canada me désignant comme son ancien ami, dois-je comprendre que j'ai cessé à ses yeux d'être son ami ?
M. Cartier. — Je n'ai parlé que de son ancienne liaison avec le gouvernement. Jai toujours considéré mon honorable ami comme un homme digne de mon estime.