LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE
vais avoir rhonneur de vous lire ; mais avant d'en faire lecture à rassemblée, je demande qu'elle soit assez bienveillante pour m'écouter quelques instants.
Oui, le sentiment religieux est inhérent à Thomme. De tout temps la grande question, la question dépassant toutes les autres, ça été la question religieuse. Dans les pays où Ton jouit de plus ou moins de liberté, les hommes s'agitent pour la chose publique, il 7 a des contrées où cette agitation n'existe pas, où les peuples semblent indifférents sur ce point. Mais il n'y a pas une nation, pas un peuple au monde, où la question religieuse ne remue pas le cœur humain. C'est la grande affaire qui a toujours préoccupé l'homme
Le sentiment religieux accompagne, soutient, nourrit la foL Cette foi est plus ou moins active et fervente, elle produit dans le monde des résultats plus ou moins grands. S'il est une communion où le sentiment religieux se traduise par une foi plus profende et sincère, c'est sans contredit la oonununion catholique, à laquelle nous nous faisons gloire d'appartenir. Oui, pour le catholique, le sentiment religieux et la foi ne sont pas lettre morte. Nous n'avons pas tous, il est vrai. Monseigneur, votre admirable piété, mais y a-t-il une seule personne dans cette assemblée, qui, en matière de foi, se croie surpassée par une autre ? Monseigneur, tout ce qui intéresse notre foi nous touche bien vivement
Aujourd'hui, de quoi, de qui s'agit-il ? Il s'agit du chef visible de l'Eglise, que l'on veut humilier, dépouiller et opprimer. Donc, nécessairement, tout le monde catholique s'émeut : car pour le catholique, le Pape n'est pas seulement une individualité sacerdotale, un simple ministre de la religion ; il représente, il personnifie la grande famille catholique du monde entier ; il relie les catholiques sur la terre au Bédempteur dans le ciel.
n est affligeant, pour nous, de voir qu'une grande partie des amertumes dont notre Saint Père est abreuvé, sont dues à des puissances catholiques, à une nation surtout, à laquelle nous appartenons, non seulement par la foi, mais encore par le sang. Nous connaissons les incidents qui ont donné lieu à la malheureuse guerre d'Italie. Pour ma part, j'ai à dire ici que cette guerre m'a toujours attristé. En effet, n'était-il pas visible que, du moment qu'elle se déclarait, les éléments les plus hideux de la démocratie italienne se mettraient en activité ? Il est malheureux que la France et l'Autriche ne se soient pas entendues au lieu de croiser
lears armée redoutables. Elles ont prouvé une fois de plus leur courage dans les combats ; les soldats de la terre de nos ancêtres n'ont point désappris à gagner des victoires. Mais quand on réfléchit que les victoires de Magenta et de Solferino ont eu pour résultat d'accabler de douleur notre Saint Père le Pape, cette pensée n'est-elle pas poignante pour nos cœurs ?
En consultant l'histoire dos temps modernes, il est impossible de ne pas être frappé du caractère pénible des relations entre le Saint-Siège et les membres de la famille Bonaparte, qui ont présidé aux destinées de la France. En 1796, nos regards s'arrêtent sur le bon Pie VI ; nous voyons ses Etats envahis par l'oncle du présent Empereur, qui n'était alors que général. En 1798, il est pris au Vatican et bientôt il meurt captif Et tout son crime était de n'avoir pas voulu reconnaître la validité du décret de 1789, qui proclamait la constitution civile du clergé fonçais. Quelques années après, nous voyons le premier Napoléon, le grand Empereur, outré de la noble résistance qu'il opposait à ses entreprises ambitieuses, persécuter le parent de Pie VI, l'infortuné Pie Vil. Ce pontife ne voulait pas consentir à ce que ses ports dissent fermés aux vaisseaux anglais, ni à ce que son territoire devint le théâtre de la guerre entre les nations avec lesquelles il était en paix.
Il n'y avait pas là de crime, et cependant le Pape Pie VII est fait prisonnier, conduit à Savone et en 1812 à Fontainebleau, où il demeura jusqu'en 1814, époque à laquelle il fut délivré par un concours d'événements qui, (chose remarquable) ont eu pour conséquence de rendre captif celui qui l'avait emprisonné. Il y a là. Monseigneur, un grand enseignement pour tous ceux qui veulent y réfléchir, et surtout pour l'Empereur actuel, qui connaît mieux que personne l'histoire de son parent, Napoléon 1er. Espérons qu'il fera de sérieuses réflexions sur ces coïncidences remarquables. Elles le ramèneraient sans doute à de meilleurs sentiments envers la Papauté.
Le Pape peut avoir pour son partage la souffrance et même le martyre ; la persécution ne fera pas plus disparaître de cette terre la Papauté, que la catholicité elle-même. Si le Pape ne possède pas la force matérielle, il possède l'affection de deux cents roUlions d'hommes. Le Pape a la patience dans la souffrance ; mais s'il y a une loi providentielle, qui gouverne les choses humaines, à plus forte raison existe-t-il une providence qui régit les intérêts de la religion.