‹ Discours de Sir Georges CartierChapitre 95 sur 286 · LB POUVOIR TBMPORBL DU PAPE · texte numérisé non relu

LB POUVOIR TBMPORBL DU PAPE

Il est impossible que Sa Sainteté joue le rôle qu'on lui destine : celui de pensionnaire dans la ville sainte, aux fnûs de telle et telle province qui lui paiera tribut. Non 1 le Pape ne peut être mis à la portion congrue. Ce rôle ne convient pas à la dignité du chef de l'Eglise. Les nécessités de TEglise catholique exigent qu'il en soit autrement, et il en sera autrement : nul pouvoir humain ne peut Tempêcher. Youdrait-on, par hasard, imposer au Pape un rôle semblable à celui du patriarche de Constantinople, entouré de musulmans, sans dignité, sans propriété, tombé de son antique splendeur ? Le patriarche de Constantinople est peut-être, an moins, entouré d'honnêtes musulmans. Mais le Pape, de qui serait-il entouré, si les desseins pervers de la révolution recevaient leur accomplissement ? Du hideux Maszini ? Des confédérés ? De ces conspirateurs qui ont assassiné Bossi, son premier ministre ? Est-ce ce rôle que les catholiques sincères veulent fkire jouer à Sa Sainteté, qui représente le Christ sur la terre ? Sans doute un bon catholique peut quelquefois se laisser tromper par des arguments captieux ; mais à la réflexion, il aperçoit les conséquences déplorables où le conduiraient des principes fi&ux et contradictoires.

Monseigneur, nous avons l'avantage, nous Canadiens, de vivre sous un gouvernement où nous pouvons exprimer en toute liberté notre sympathie pour le chef de l'Eglise catholique. Cet avantage est ungrand bonheur pour nous aujourd'hui. Avec votre permission, Monseigneur, je vais lire une dépêche écrite par un ministre anglais, de qui j'ai eu l'honneur de recevoir l'hospitalité à mon voyage en Angleterre. Elle fera voir comment un gouvernement protestant sait apprécier la position de Sa Sainteté. Je me bornerai à citer le passage où l'Angleterre conseille aux gouvernements français et autrichien de ne pas rompre la paix, parce que la guerre mettrait en fermentation et en jeu, les plus mauvaises passions de l'Italie; et l'événement prouve qu'on no s'est pas trompé.

<* Dans cette guerre, la France aurait plus d'argent et de sang << à dépenser contre un ennemi redoutable par sa force militaire, '^ et déterminé de combattre jusqu'à la dernière extrémité ; tandis '^ que, d'un autre côté, les phases de la lutte donneraient une vie *^ nouvelle à cette classe redoutable d'hommes qui n'attendent

'* que Tanarchie poar la réalisation de leurs vues ambitieuses et " rassouvissement de leur avarice."

Cette dépêche a été écrite par lord Malmesbury, ministre des af&ûres étrangères, du ministère Derby, le 10 janvier 1859, deux mois avant la guerre.

Je suis bien aise, Monseigneur, de faire part de ces sentiments à l'assemblée. Comme catholique, j'aime à le reconnaître, nous vivons sous un gouvernement qui permet à Sa Sainteté de vous adresser des encycliques, qui permet de les lire dans vos cathé* drales, de les faire lire dans les églises paroissiales par les curés, de les faire publier par la presse, sans que personne vous inquiète. Nous vivons, nous, sous un gouvernement où le catholique peut à la fois s'attacher au service de l'Etat et faire partie de l'association de Saint-Vincent de Paul, servir son pays et servir les pauvres.

Je sens que j'ai déjà abusé de l'attention de cette bienveillante assemblée ; cependant qu'elle me permette encore une courte observation.

Catholiques, nous savons que rien ne peut prévaloir contre l'Eglise, mais nous savons aussi combien la prière est une arme puissante !

Vous priez Monseigneur, de toute votre âme d'apôtre pour le Souverain-Pontife, nous prions aussi ; Dieu veuille que la prière soit triomphante !

Notre espérance est d'autant plus forte, Monseigneur, que nous savons quelles supplications partent du cœur de ce Pontife vénéré, pour ceux mêmes qui le persécutent et, en particulier, pour le fils aine de l'Eglise qui semble aujourd'hui manquer à ses devoirs. Grâce à ce puissant concours de prières, l'Empereur des Français, il nous est promis de le croire, rentrera dans le droit chemin. Il fera encore le bonheur et la joie de Pie IX.

SUR

L'AFFAIRE FELLOWES

A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

Les élections de 1858 furent marquées par des actes de violence, de flraude et de corruption, comme Ton n'en avait pas vu depuis longtemps. Trentetrois d'entre elles Airent contestées devant les comités spéciaux de la Chambre, suivant la pratique d'alors, et il Ait établi que les votes avaient été fabriqués en grand, notamment dans les comtés de Russell,Lotbinière, Oxford et la ville de Québec. M. O'Farrell, député de Lotbinière, dût remettre son siège après qu'il eut été prouvé que la seule paroisse de Saint-Sylvestre avait enregistré 2780 voix. M. Louis-B. Garon, aujourd'hui juge de la cour supérieure, qui avait été élu à l'Islet, dût aussi céder son mandat à M. G.-F. Fournier, et M. Abbott, devenu plus tard sir John Abbott, fut proclamé député d'Argonteuil, en 1860, en remplacement de son vieil adversaire, M. Bellingham, sur la preuve qu'il avait la majorité des votes.

Le seul député qui ait été sévèrement puni fut M. Byron Lyon Fellowes, député de Russell. Accusé d'avoir conspiré pour forger 341 votes, il ftit dénoncé en Chambre à la session de 1859, et mis en accusation devant la Cour du banc de la Reine à Toronto, qui le condamna à £200 d'amende et à six mois d'emprisonnement. Ses complices, Martin Gasselman et John Saxon Gasselman, Auvent logés en prison en môme temps, le 2 décembre 1859. Après leur procès, cinq des jurés sur douze déclarèrent sous serment qu'ils n'avaient pas cru à la culpabilité des accusés, et qu'ils auraient voté pour leur acquittement s'ils n'eussent pas été sous l'impression qu'il suffisait de la majorité du jury pour valider son verdict. Des jurés bien intelligents en les supposant honnêtes !

L'honorable M. Malcolm Cameron, député de Lambton, avait été l'un des plus ardents à dénoncer M Fellowes et ses associes ; mais à la session de 1860, il crut que la loi était suffisamment vengée et il proposa l'élargisse-

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ment des prisonniers après une incarcération de trois mois. MM. Patrick, Gould, Dr Gonnor, Macdougall et Bureau combattirent vivement cette proposition, ce qui n'empêcha pas qu'elle ne fût adoptée par une bonne majorité : 58 contre 34. M. Cartier se prononça du côté de la clémence et invoqua des précédents pour justiQer l'action de la Chambre.

M. rOrateur,

Je ne crois pas que Thonorable préopioant (M. Connor) ait raison de trouver le gouvernement en faute. Il aurait dû discuter la motion soumise, indépendamment de Topinion du gouvernement. Toutefois, il a eu raison de dire que, dans l'exercice de la prérogative royale du pardon, Son Excellence le gouverneur général peut, si elle le juge à propos, s'adresser aux membres du conseil pour obtenir leur avis.

L'honorable monsieur a parlé tout comme si le député de Lambton (l'honorable Malcolm Gameron) était un partisan du ministère, et si le gouvernement n'était pas étranger à la motion. Pourtant il devrait savoir que le député de Lambton siège du côté de la gauche. Le député de Lambton, j'en suis sûr, exonérera les membres du gouvernement de toute collusion et déclarera qu'il a fait cette proposition de son chef. Le gouvernement comprend parfaitement ses devoirs. Il sait que si Son Excellence demande son avis sur l'exercice de la prérogative royale, il est tenu de le lui donner. En ce cas, nous devrons examiner toutes les pièces qu'il nous soumettra et faire rapport au mieux de notre jugement.

U ne m'appartient pas de défendre le député de Lambton, mais je dois dire que je ne vois rien d'inusité dans le mode d'action qu'il a pris. Ce mode n'est pas sans précédent Plus d'une fois il a été suivi dans des circonstances qui nous sont bien connues. Plus d'une fois cette Chambre a adopté une adresse à Son Excellence la priant d'exercer la prérogative royale dans le cas de personnes condamnées par les cours de cette province, et même dans le cas de personnes condamnées par les cours d'autres pays. Je me rappelle qu'en 1854 ou 1855, peut-être était-ce en 1853, M. Mackenzie, alors député d'IInldimand, proposa une adresse

pour l'exercice de la prérogative royale à Tégard de MM. Smith et O'Brien et John Prost.

M. CoNNOR. — J'ai parlé d'un membre de notre Chambre.

M. Cartier. — J'ai compris au discours de l'honorable député de South-Oxford, qu'il pensait que le mode d'action adopté par le député de Lambton, était inusité et injustifiable et que, de fait, la Chambre ne devait pas intervenir.

M. FoLBY. — C'est précisément l'attitude que prit le procureur général en cette occurrence.

M. W.-P. Powell.— Et le député de Waterloo prit l'attitude contraire.

M. FoLEY. — Certainement.

M. McGeb. - H n'y avait pas d'accusation de fraude cette fois ?

M Ferquson. — De trahison seulement.

M. Cartier. — Si le député de Waterloo veut bien consulter les journaux, les discours du temps, il verra que j'ai raison. Le précédent que je cite ne remonte pas si loin. Bien des fois la Chambre a adopté des adresses demandant l'exercice de la prérogative royale en faveur de personnes qui s'étaient rendues coupables d'infractions diverses à la loi. Une de ces adresses a même reçu la sanction du gouvernement impérial. Je mentionne ces faits pour montrer que le député d'Oxford-Sud a eu tort de prétendre que le procédé était inusité et injustifiable.

Je présume que le député de Lambton agit comme il le fait à cause surtout de la connexion qu'il y a entre la condamnation de M. Fellowes et des autres, et les procédures de cette Chambre. Personne ne saurait oublier que la poursuite contre M. Fellowes et les autres a été instituée par le gouvernement après une résolution de cette Chambre. Le gouvernement a agi selon ses instructions, et la loi qui protège l'indépendance des élections et l'intégrité de la liberté parlementaire a été suffisamment vengée. C'est là, je suppose, la manière de voir de l'honorable député de Lambton. Il propose une adresse priant Son Excellence de faire grâce aux prisonniers du reste de leur sentence. Je le répète, je ne vois rien d'extraordinaire en cela. C'est un procédé que peut toujours adopter un membre de la Chambre, s'il le juge à propos. Ce n'est pas un empiétement sur l'exercice do la prérogative, car Son Excellence, dans la haute position qu'elle occupe, peut recevoir des pétitions ou adresses de n'importe quel citoyen, de

n'importe quelle corporation ou corps public comme de l'une

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ou de l'outre branche de la légiitlalure. A chacun de juger de l'opportunité de l'aGlion du député de Lambton. Le gouvernement n'a pas cm qu'il était de tton devoir de l'approuver ou de la combattre. Chaque membre du ^ouvei-nement peut agir en foute Itbcrié Bur ce point ; à cette pbni>e de la diitcuHfion, il n'y a pae lieu pour le miniutùro d'intervenir.

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