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Discours du comte Albert de Mun

La société coopérative de consommation V Union hatignollaise, établie au cercle catholique d'ouvriers du quartier des Batignolles, avait été fondé par les soins de M . Van Lier, consul général des Pays-Bas, partisan convaincu de la coopération, qui consacrait au développement de cette belle institution un dévouement sans réserves et la plus remarquable intelligence des affaires.

Mesdames , Messieurs ,

Je suis bien assuré d'être l'interprète de tous vos sentiments en adressant, avant toute autre parole, mes très vifs remerciements à M. Van Lier. Ce sont d'abord des remerciements personnels que je lui dois pour le plaisir qu'il m'a fait en m'appelant à venir présider

De Mun. — Discours. ^ • ■ — '

cette réunion, qui m'est une occasion publique non seulement d'exprimer à la coopérative la BatignoUaise toute ma sympathie, mais aussi de rendre témoignage au dévouement, au courage et à l'énergie de celui qui l'a lait naiti'e et qui la soutient à force de travail et de persévérance. (Ajjplaiidiasements.) Mais ce n'est pas seulement ma propre gratitude dont je lui offre l'hommage.

M. Van Lier est au milieu de nous un exemple constant. Sa modestie me pardonnera de le lui dire en face, et de satisfaire ainsi ma très ancienne affection pour lui, en même temps que la reconnaissance de tous. S'il y a toujours, pour un homme, quelque mérite à se dévouer aux autres, ce mérite est double quand cet homme est étranger, par sa naissance, au pays auquel il prodigue tant de marques de dévouement. (Applaudissements.)

M. Van Lier a bien le droit de nous demander, en retour, non seulement notre sympathie, mais notre concours actif. Il a le droit sans doute aussi de s'étonner de la lenteur avec laquelle l'idée dont il s'est fait l'initiateur fait son chemin parmi nous. Si, ce soir, j'ai été particulièrement heureux d'accepter son invitation, c'est surtout afin de lui dire qu'en ce qui me regarde, je suis acquis à la cause qu'il sert avec tant de zèle : je ne suis d'ailleurs certainement pas le seul parmi ceux qui ont répondu à son appel.

Tous emporteront d'ici, j'en suis sûr, quelque chose de plus qu'une sympathie de circonstance, la résolution d'apporter à son œuvre le concours constant dont elle a besoin pour se développer. Je les en remercie par avance, mais je n'aurais pas rempli tout mon devoir.

SI je n'adressais aussi, et en leur nom, l'expression d'une reconnaissance qui est certainement dans tous les cœurs à M. le ministre des Pays-Bas, dont je salue la présence ici , comme un honneur et comme un précieux encouragement pour l'œuvre et pour ses membres, j'ajoute aussi comme un témoignage nouveau de son affection pour notre pays. (Applaudissements.)

Messieurs, laissez -moi vous dire que j'éprouve un sentiment de satisfaction particulière, ce soir, en me trouvant au milieu de votre réunion si pacifique et si calme, où chacun est venu avec le désir sincère d'étudier en commun les moyens efficaces et pratiques d'améliorer la condition des travailleurs. Les nouvelles qui commencent à arriver des résultats de la journée d'hier \ sont, par le contraste même^ la raison d'être de cette satisfaction. Sij à Paris ^ le calme a été presque complet, il n'en a pas été de même partout : sur d'autres points du pays, dans le Nord, des collisions violentes se sont produites, du sang a été versé; ailleurs , dans d'autres pays , des troubles très graves ont éclaté. Ces nouvelles ont profondément attristé tout le monde : elles ont paru particulièrement douloureuses à ceux qui pensent qu'il y a beaucoup à faire pour améliorer la condition des travailleurs; qu'il y a dans leurs revendications une large part de justice, et qui sont d'autant plus affligés quand ils voient ces revendications compromises par la violence , et par des manifestations qui reculent, au lieu de les faire avancer, les

* La journée du l^r mai (adoptée depuis l'année précédente paf les ouvriers comme jour de fête et de chômage) avait été marquée à Fourmies (Nord) par une déplorable et sanglante collision entre la population et la troupe^

solutions possibles de la (piestion ouvrière, (Applaudissements.)

Aussi, après ces tristes nouvelles, le spectacle que vous olTrez ce soir est -il une vraie consolation. Peu de gens sans doute, dennain, entendront parler de notre réunion , et les bruits du dehors étoutreront l'écho des rapports que vous venez d'entendre; pour beaucoup, ce sera à peine un (( fait divers » qui passera inaperçu au milieu des agitations publiques, du mouvement des plaisirs et des affaires. Et pourtant, dans ma conviction , ce que vous faites ici est plus important et plus efficace, pour la solution des difficultés sociales, que les grandes manifestations d'hier. Je dis que cela est plus efficace, non pas seulement à cause des résultats que vient de vous faire connaître le charmant rapport qu'on vous a lu; je dis charmant de toutes les manières, et ce n'est pas un petit compliment, mon cher monsieur Van Lier, que j'entends vous adresser; car il n'est pas facile d'exposer spirituellement le fonctionnement d'une société coopérative et d'en rendre l'histoire amusante et instructive; vous y avez réussi, je vous en félicite de tout mon cœur (applaudissements); mais ce n'est pas seulement là qu'est l'intérêt de votre réunion : elle me paraît surtout frappante, parce qu'elle est une manifestation évidente, une démonstration par les faits de ce que peut faire , au point de vue moral et matériel, l'esprit d'association. M. Van Lier se demandait tout à l'heure, avec un peu de tristesse, et je le comprends bien, pourquoi les institutions, qui se développent rapidement dans d'autres pays, mettent si longtemps à s'établir chez nous. Il en a indiqué la raison; mais j'irai plus loin que lui et je dirai que.

d'une manière générale, la cause véritable de notre faiblesse, sous beaucoup de rapports, c'est que la mise en pratique de l'esprit d'association nous fait encore beaucoup trop défaut. L'esprit d'association! Chacun en parle, tout le monde en préconise les bienfaits, et, si j'en excepte ceux qui excellent à associer des capitaux, presque personne ne sait ou ne veut l'appliquer: et nulle part ce défaut n'est plus sensible, à mon avis, que dans la masse populaire. C'est notre plus grand mal, la cause principale du trouble qu'engendrent les difficultés sociales et le plus sérieux obstacle qui s'oppose à leur solution. (Applaudissements.)

Et pourquoi cette répugnance? Je ne crois pas que ce soit la faute de l'esprit et du caractère français; je ne les crois pas plus rebelles à l'association que ceux des autres pays. Mais le peuple en a, chez nous, perdu l'habitude; pendant très longtemps la loi a été faite contre les associations des travailleurs, elle les a empêchées de naître, ou elle leur a opposé des entraves de toute nature, qui, en paralysant leur développement, en ont fait disparaître les bienfaits; le peuple s'est ainsi désaccoutumé d'y avoir recours, il a pris l'habitude, tous les jours plus générale, de recourir à l'État, aux pouvoirs pubHcs, pour leur demander le remède à tous ses maux. Certes, vous le savez, je ne suis pas de ceux qui pensent que l'action des pouvoirs publics doive être nulle, et qu'il n'y ait rien à leur demander pour le bien-être des travailleurs; je crois tout le contraire, mais je n'en suis pas moins persuadé que cette action est, par elle-même, très insuffisante et que la plus large part des progrès à accomplir appartient à l'association.

Eii ])ieu, (|u'est-ce qu'une société coopérative comme la vôti'o? C'est pt'écisémcnl une des formes les plus fécondes de l'association, offrant à ses membres les avantages qu'individuellement ils seraient impuissants à se procurer. C'est l'épargne rendue possible; c'est la constitution d'ui» petit capital assuré à ceux qui veulent laisser fructifier leurs bénéfices; c'est le remède apporté à la plaie mortelle des travailleurs, à l'abus du crédit, que M. Van Lier a eu bien raison, à mon avis, de vous dénoncer, en vous montrant les bienfaits du payement au comptant : c'est enfin l'ordre apporté dans la maison par l'économie, par le bon marché relatif des denrées de première nécessité. Voilà les bienfaits matériels. Il y en a bien d'autres qui sont d'ordre moral. M. ,Van Lier vous les a montrés aussi, en insistant sur le rapprochement que la société coopérative établit entre ceux qui la patronnent et les familles des travailleurs et d'employés qui lui appartiennent.

Mais ce ne sont là que les plus petits côtés du sujet. J'en demande bien pardon à M. Van Lier, j'ai peur que son sentiment paternel ne s'inquiète un peu et qu'il ne m'accuse de donner de mauvais conseils à sa fille (rires); mais si je flatte un peu son amour-propre, en offrant à son ambition des perspectives trop élevées, ce n'est pas pour la détourner des devoirs que lui impose sa condition présente, c'est au contraire pour l'exciter à les mieux remplir afin d'être en mesure d'atteindre les hautes destinées que je lui propose. Dans ma conviction, la société coopérative de consommation, toute modeste que vous la voyez ici, peut servir de base, de point de départ à de très grandes transformations sociales, parce qu'elle peut donner

naissance à d'autres formes de sociétés coopératives moins modestes, moins faciles à réaliser, beaucoup plus compliquées, niais qui peuvent aussi avoir, sur le mouvement social de notre temps, une influence inliniment plus grande. Je veux parler de deux autres formes de coopératives : les sociétés de crédit qui mettent le crédit mutuel à la portée des travailleurs, particulièrement de ceux des campagnes , qu'elles délivrent de la tyrannie des prêteurs de profession , et les sociétés de production qui peuvent devenir, si on les encourage, si elles sont sagement conduites, si les patrons en prennent l'initiative, si les ouvriers y entrent avec confiance, une des solutions les plus heureuses de la question sociale. Il y a, en effet, au malaise qui trouble le monde du travail , une raison principale : c'est la situation tous les jours plus pénible que les conditions économiques de notre temps font aux salariés, l'instabilité de leur vie, l'incertitude de leur avenir, la difficulté pour eux d'atteindre dans une certaine mesure à la propriété, et le contraste frappant, profondément troublant pour les esprits sincères, entre cette vie précaire des ouvriers, et les bénéfices énormes du capital qui les emploie; et de là cette question qui se pose inévitablement, à savoir : s'il est possible de maintenir indéfiniment le patronat dans la forme où il s'est continué jusqu'à nos jours; allez au fond de tous les conflits qui agitent la société industrielle, vous y trouverez cette question, délicate entre toutes, et qui se formule dans l'esprit des travailleurs par cette idée générale qui n'est pas en soi illégitime, le désir d'atteindre, eux aussi, à la propriété.

Kli bien, la coopération m'apparaît comme un moyen d'arriver pacifiquement, par une évolution naturelle, accomplie grâce au bon accord des patrons et des ouvriers, à réaliser progressivement et dans une certaine mesure la constitution de la propriété entre les mains des travailleurs. C'est une idée très ancienne, mais qui, malheureusement, n'a pas porté jusqu'ici des fruits très abondants, parce qu'elle est encore très peu comprise, et que d'ailleurs de nombreux insuccès l'ont trop souvent déconsidérée.

En Angleterre, dès la fm du siècle dernier, un réformateur célèbre, qui alliait beaucoup d'idées généreuses aux plus fausses et plus étranges conceptions religieuses, Robert Owen avait fondé, dans sa fabrique de New-Lanark, sur la frontière de l'Ecosse et de l'Angleterre, une société coopérative de production qui attira d'abord l'attention et les sympathies générales , mais qui finit par tomber devant la coalition des intérêts associés pour la combattre ; les bizarres utopies de son fondateur contribuèrent d'ailleurs à discréditer sa tentative. Elle inspira cependant, en Angleterre, un très grand nombre d'organisations du même genre. L'échec de plusieurs d'entre elles a été plus connu que le succès de celles qui ont survécu et sont devenues des institutions prospères. Un courant d'opinion s'est ainsi formé contre la coopération de production : les essais malheureux tentés par les associations ouvrières de 1848 ont contribué à le grossir, et il est presque passé en axiome chez nous qu'une société coopérative de production ne peut pas réussir, parce que la gérance y est nécessairement insuffisante, à moins de devenir, sous un autre nom, une forme de

patronat, ou parce qu'elle ne peut fonctionner qu'avec de larges subventions gouvernennentales. J'ai moimême partagé ces préventions : je reconnais que ces objections sont fortes, et je les ai exprimées à la Chambre , dans la discussion de la loi sur les syndicats professionnels. Et cependant, Messieurs, la réflexion, l'observation ont modifié mon sentiment, et m'ont conduit à penser que, pour la production aussi bien que pour la consommation et le crédit, la coopération peut être un instrument puissant de réforme sociale, d'apaisement moral et de progrès matériel. Sans doute il y a eu des insuccès; mais il y a eu aussi des résultats acquis, et c'est précisément chez nous, en France, que les résultats du système ont été les plus frappants et les plus abondants. Sans sortir de Paris, je pourrais citer plus d'une coopérative de production, modestes assurément et qui font peu de bruit, mais qui n'en vivent pas moins bien : par exemple, celle des charpentiers, celle des tailleurs, celle des peintres, d'autres encore. Mais un homme dont le nom est bien connu de tous ceux qui s'occupent des questions sociales, M. Charles Robert, compare toutes ces petites entreprises coopératives à une flottille, dominée par les trois gros cuirassés de la coopération : et ces cuirassés, c'est la papeterie coopérative d'Angoulême, qui a comme gérant mon collègue et ami M. Laroche -Joubert; c'est la maison de peinture en bâtiments de M. Leclaire; c'est enfin l'établissement, assez singulier sous beaucoup de rapports, mais très intéressant au point de vue économique, qui porte le nom de familistère de Guise. Voilà trois établissements français des plus considérables, dans lesquels la coopération a produit les

l'ésultals les plus frappants, an point de vue de la constitution de la propriété entre les mains des travailleurs. M. Leclaire, M. Godin sont morts, et cependant, après eux, bien qu'ils ne fussent plus là pour les diriger, les institutions qu'ils avaient fondées ont continué de fonctionner et de porter leurs fruits. Quant à la papeterie d'Angoulême, M. Laroche -Joubert, qui en est l'apôtre autant que le gérant, m'a souvent dit que dès maintenant la propriété en est, pour une large part, entre les mains des travailleurs.

Voilà des faits décisifs que chacun peut vérifier. Au lieu d'exciter à la révolte anarchique, au lieu de demander la transformation brutale de la propriété par la mainmise de l'État sur la propriété industrielle ou sur la propriété agricole, pourquoi ne pas étudier ces exemples et chercher ainsi dans l'initiative intelligente et hardie des patrons, dans l'accord entre les maîtres et les ouvriers , dans l'harmonie sociale qu'établit entre eux la solidarité, la solution pacifique et progressive d'un des plus difficiles problèmes de la question ouvrière?

Eh bien ! les sociétés de production peuvent naître , non seulement de l'initiative des industriels, non seulement de la mise en pratique du système excellent de la participation aux bénéfices , mais aussi du développement des sociétés coopératives de consommation, comme la vôtre , devenues assez riches , assez puissantes pour fonder elles-mêmes des coopératives de production. Vous êtes tous allés visiter l'Exposition universelle de 1889; vous avez parcouru cette section si intéressante de l'économie sociale qui était établie à l'esplanade des Invalides. Il y avait là une exposition

partielle particulièrement frappante : c'était celle des sociétés de coopération; à l'entrée du quartier qui lui était réservé, vous avez pu remarquer un monument, une colonne élevée à la gloire des sociétés coopératives de consommation d'Angleterre. Messieurs, j'ai plus d'une fois regretté, en passant devant cette colonne, que ce ne fût pas un monument français. On y lisait en quelques chiffres éloquents l'histoire des sociétés coopératives anglaises : 1 200 sociétés inscrites représentaient plus d'un million d'adhérents et 76 millions de bénéfices. Voilà des chiffres plus éloquents que tous les discours. Et savez -vous ce qu'ont pu faire ces sociétés coopératives? Elles ont fondé des usines en coopération , qui sont aujourd'hui des établissements très prospères. Voilà les vastes horizons que je voulais vous découvrir : il ne s'agit plus seulement de quelques résultats moraux et matériels, d'ailleurs fort appréciables en eux-mêmes, mais de toute une œuvre sociale qui peut contenir la transformation progressive des conditions économiques de notre temps.

Mais pour aborder de p£^reilles perspectives, sans doute il faut que les sociétés coopératives sortent de l'état d'enfance dans lequel elles sont encore. Et pourquoi n'en serait- il pas ainsi? pourquoi faut -il, comme le demandait M. Van Lier, que nous avancions si lentement, pendant que les autres marchent autour de nous? Je m'adresse en particulier aux membres des cercles catholiques d'ouvriers de Paris chez qui, à mon grand regret, l'idée de la coopération n'a pas jusqu'ici rencontré tout l'accueil que j'aurais voulu. Je fais des vœux très vifs pour que leur concours devienne plus effectif et plus confiant , et le nrioyen que mes vœux se

réalisent, c'est que la coopérative des JMignolles porte, par sa prospérité, la conviction dans les esprits les plus récalcitrants. Donc, Messieurs, dévelopj)ez-la de toutes manières, et pour cela, comme le disait M. Van Lier avec tant de raison, faites-en votre affaire; ce n'est qu'ainsi qu'elle deviendra forte et qu'elle sera garantie contre tous les événements. Je souhaite de tout mon cœur que vous ayez très longtemps M. Van Lier à votre tête, mais enfin vous ne l'aurez pas toujours; sans doute il y a à côté de lui des hommes qui se sont formés à son exemple et qui continueront à rendre à votre société les plus grands services ; mais une œuvre qui s'appuie sur le principe de l'association ne doit pas dépendre uniquement de son directeur ou de son président. Il faut qu'elle vive par elle-même, qu'elle soit l'affaire des associés, que ceux-ci la. soutiennent par leur dévouement et leurs sacrifices. Il n'y a pas d'œuvre durable sans cela.

Voilà la résolution que je me permets de vous demander d'emporter d'ici. Hier même, j'avais sous les yeux un rapport adressé au parlement du Canada sur l'exposition d'économie sociale de 1889. Après avoir passé en revue tous les résultats donnés par les sociétés coopératives, après avoir parlé du monument des sociétés d'Angleterre , de la maison Leclaire , de la maison Laroche -Joubert, le rapporteur s'écrie : « C'est là qu'est la question de l'avenir; là peut-être est le véritable moyen d'établir la paix sociale dans le monde du travail. » Eh bien, je changerai un peu la formule. Je ne crois pas que la coopération suffise à établir la paix sociale : elle peut la préparer, l'aider à s'établir, c'est déjà beaucoup, et en ce sens le rapporteur canadien a

raison d'en parler comme d'une des solutions de l'avenir. Mais la paix sociale ne saurait exister s'il n'y a au fond des âmes, pour l'entretenir et la rendre durable, le sentiment chrétien. Sans doute, en face des revendications de la misère, il n'y a pas un cœur qui ne se trouble et ne s'émeuve de pitié. Mais la pitié ne fait que panser les souffrances; l'amour, l'amour profond et dévoué va plus loin , il essaye de les prévenir. Prévenir la souffrance c'est le grand devoir de notre temps ; et la fraternité chrétienne est la seule force capable d'y réussir. C'est elle seule qui peut rapprocher les hommes divisés par des intérêts opposés, et éteindre l'antagonisme qui les anime à des luttes insensées. C'est elle seule qui peut être ainsi le ferment des associations fécondes , et de celle qui doit être le couronnement de toutes les autres, parce qu'elle est l'association complète, je veux dire la corporation professionnelle. (Bravos.)

Messieurs, les sociétés coopératives sont pour ainsi dire un apprentissage de l'association ; et c'est pourquoi je disais que, dans la simplicité de notre petite réunion, nous accomplissons ce soir un acte considérable, qui, s'il est bien compris, s'il est suivi de la ferme résolution que je vous demande d'emporter d'ici, peut être le point de départ non seulement d'un rapide développement de votre société, mais d'un mouvement fécond qui préparera la voie aux grandes associations de l'avenir. (Longue salve d'applaudissements.)

PRONONCÉ

AU SUJET DES ÉVÉNEiMENTS DE FOURMIES

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