SÉANCE DU 16 NOVEMBRE
A la suite des explosions de bombes qui eurent lieu à Paris au mois de novembre 1892, le gouvernement déposa un projet de loi ayant pour objet de restreindre la liberté absolue donnée à la })resse par la loi de 1881, en frappant de peines sévères l'apologie des crimes anarchistes. M. de Muu prit la parole dans la discussion générale du projet de loi.
Le discours de M. de Mun fit une impression profonde. Par les soins de la Ligue catholique et sociale, il fut affiché dans presque toutes les communes de France.
M. LE COMTE Albert de Mun. Messieurs, l'incident qui vient de se produire m'amène naturellement à expliquer à la Chambre la position dans laquelle je me trouve en abordant cette discussion , et je ne peu:^ mieux le taire qu'en répondant à l'une des dernières paroles prononcées par M. le rapporteur.
M. Lasserre a dit tout à J'Ikmiio : a Nous allons voir quels sont ceux qui voucii'ont rorusorau gouvernement (les armes pour détendre l'ordre social. »
Puisque c'est ainsi que la question est posée, c'est ainsi que je l'accepte. Le gouvernement nous dit : Il y a un péril qui menace la société; je vous demande des armes : voulez- vous me les donner?
Messieurs, quand un gouvernement régulier, quel qu'il soit, qui a la charge de défendre l'ordre social, vient dire aux représentants du pays': « La société est en péril, je veux la défendre, voulez-vous m'en donner le moyen? » je ne crois pas, quant à moi, qu'on doive, qu'on puisse le lui refuser, et ce n'est pas ce que je viens faire à la tribune. (Très bien! très bien!) Mais il serait trop facile de dire : (( Voilà les armes que je vous demande. Si vous me les refusez, vous aurez devant le pays la responsabilité des événements ; moi, je dégage la mienne. »
Non ! c'est une position inacceptable , et le débat n'est pas si simple. Votre responsabilité va plus loin et elle est plus lourde , et non pas seulement la vôtre , mais celle des hommes que vous représentez au pouvoir. (Très bien! très bien! à droite.)
Pas plus que vous je ne veux demeurer les bras croisés sous le feu des passions criminelles qui menacent le pays; comme vous je me demande ce que signifient ces symptômes abominables , quel mal ils révèlent et quel remède on peut y apporter. Mais avant de répondre à votre appel, il est une question que j'ai, dans ma conscience et au nom même de la responsabilité dont vous voulez la charger, le devoir de vous poser. Vous voulez défendre la société, vous voulez la
g:aranti?' dn danger social; mais qu'est- ro que vous appelez détendre la société? Et pour assumer cette rude tâche, qui êtes- vous? Je veux dire quelles doctrines morales, quelles doctrines sociales représentezvous? (Applaudissements à droite. — Humeurs à gauehe.)
Voilà la (piestion.
L'arme que vous nous demandez, ce n'est pas une loi contre la dynamite, ce n'est pas une loi sur la police; c'est une loi sur la presse, c'est-à-dire une loi préventive, qui vise non pas les faits, mais les idées; non pas les actes, mais leur préparation morale.
Je ne vous en blâme pas. Les faits, les actes découlent des idées, et il est impossible de les séparer entièrement. Mais c'est une raison de plus pour moi de vous dire : Quelles doctrines, quelles idées opposezvous à celles que vous combattez? En attendant que vous veniez le dire ici, je veux essayer, moi, de le faire en interrogeant votre passé.
Vous êtes entrés au pouvoir, — je ne dis pas vous qui êtes sur les bancs du gouvernement, mais vous qui, sous des noms différents, à des titres divers, occupez depuis quinze ans, avec les mêmes doctrines, avec les mêmes idées , les fonctions les plus élevées du pays , — vous êtes entrés au pouvoir à l'heure même où commençait à se manifester au dehors le grand mouvement social longuement préparé par les conditions nouvelles de notre temps, et qui allait ébranler jusqu'au fond la masse populaire.
Investi sinon de la puissance, du moins de la force politi(|ue, le peuple s'avançait vers la puissance écono-
iiii(|iie (jiii en est le coinplénient indispensable, sans laquelle l'autre n'est qu'nne appar-ence.
C'était une évolution redoutable dont cliac^ue jour fait apparaître, dans la brutalité des faits, les difficultés croissantes, mais ipii s'ini|josait, comme l'œuvre nécessaire, aux maîtres du pouvoir, .le ne ferai à aucun d'eux l'injure de croire qu'il ne l'ait pas aperçue ou qu'il ail voulu en détourner les yeux. Tous, je pense, se sont rendus compte de leur mission, et j'imagine alors que chacun de vous, dans sa conscience, s'est interrogé lui-même et s'est demandé ce qu'il allait faire, dans quelle route il allait engager la nation, ce qu'il allait entreprendre pour préparer l'intelligence du peuple, pour former son cœur et son âme en vue des destinées que lui ouvrait l'âge naissant de la démocratie. (Applaudissements à droite.)
Cette œuvre -là, la plus haute qu'un gouvernement puisse remplir, c'est l'œuvre de l'éducation ; non pas seulement l'éducation qui se donne à l'école ou au collège, mais celle qui peu à peu pénètre et façonne l'esprit public par les leçons, par les doctrines, par les exemples de ceux que la fortune des événements a portés à la tête du pays. (Très bien! très bien! à droite.)
Eh bien, cette éducation morale, cette formation sociale de la nation, comment l'avez -vous comprise depuis quinze ans? Comment l'avez -vous dirigée par vos lois, par vos inspirations, par l'action constante de votre administration? Avec une seule idée : rompre partons les moyens, sur tous les terrains, dans tous les actes de la vie sociale avec le christianisme, avec l'enseignement chrétien , avec la morale chrétienne.
— ti41 —
(Applandi!^>iemcnts à dnnte. — Infcmiptions et bruit à gauche.)
M. Gustave Rivet. Avec tout ce qui est la tyrannie !
M. Levdet. Mais ce dont vous vous plaignez, c'est précisément ce qu'on n'a pas fait !
M. LE COMTE Albert de Mun. Comment! c'est ce qu'on n\'i })as t'ait? Mais c'est l'idée qui domine d'un bout à Tauti'e votre éducation sociale.
M. Gustave Rivet. Pas encore assez!
M. LE comte Albert de Mun. Partout, à l'école, au lycée, à l'université, à l'hospice où les pauvres vont mourir, au lit de la mort, dans l'institution de la famille, dans toutes les manifestations extérieures de la puissance publique , partout votre idée dominante s'est résumée dans ce seul mot : rompre, je disais tout à l'heure avec la loi chrétienne , ce n'est pas assez dire, il faut aller jusqu'au vrai : rompre avec toute religion, avec toute loi divine! (Nouveaux applaudissemenU à droite. — Bruit à gauche.)
M. JouRDE. Au bout de quinze siècles , on n'a pas encore rompu avec les traditions que vous nous avez impi'imées !
M. LE comte Albert de Mun. Monsieur Jourde, vous viendrez à la tribune démontrer qu'on n'a pas effacé la loi divine de l'éducation sociale. En attendant, je dis que c'est là qu'aboutit pratiquement tout ce système que vous appelez la laïcisation, et qu'il faut appeler d'un autre nom, qui est l'application sociale du matérialisme.
Voilà votre doctrine officielle : l'homme , le citoyen , volontairement ignorant de tout ce qui regarde son origine et sa tin, jeté dans cette superbe ignorance...
(Réclamations à ijauche. — C'est vrai! très bien! à droite.)
Messieurs, je IraiLf! un sujet dilïicile : j'apporte ici l'expression de nja foi, (Je; tout(\s mes convictions; je deniande^ù \v Ihire librement. Vous viendrez après jnoi en faire autant et exposer vos doctrines...
M. Emile Moreau. Vous ne nous comprendriez pas. (Exclamations et rires ironiques à droite.)
M. LE COMTE Albert de Mun. M. Emile xMoreau me dit que je ne comprendrais pas l'exposé de ses doctrines. Je n'ai assurément pas la prétention de pouvoir m'élever si liant. (Sourires.) J'espère cependant que M. Moreau voudra bien tout à l'heure mettre mon intelligence à l'épreuve en venant les expliquer devant la Chambre. (Rires et applaudissements à droite.)
Je vous montrais donc l'homme sorti de vos mains ignorant par votre faute de tout ce qui regarde son origine et sa fin , jeté dans cette ignorance au milieu des passions, des intérêts et des souffrances qui vont dévorer sa vie. A cet homme ainsi désarmé, vous dites d'abord qu'il a tous les droits, sans vous soucier de savoir comment vous les lui garantissez. Pour les faibles, ce n'est qu'un mot, quand la violence n'y apporte pas une sanction; pour les forts, c'est l'absolution donnée d'avance à tous les abus qu'ils voudront commettre.
Puis , comme il faut donner un but à cette activité , puisque vous ne lui parlez d'aucun but surnaturel... ( applaudissemenis à droite), vous lui montrez non plus seulement comme un stimulant pour son travail , mais comme l'objet unique de ses efforts, le bien-être, la richesse, le bonheur matériel.
Pour les pauvres, c'est la plupart du temps une anièi-e ii'onie; pour les riches, c'est la porte ouverte au libre déchaînement de tous les intérêts. .. (Nouveauaapplaudisfiements à droite.)
Et quand, elTrayés vous-mêmes de votre enseignement, vous sentez bien cependant qu'il faut imposer un frein, une limite à l'exercice de ces droits, à cette conquête de la richesse, et que, cette limite, vous ne pourrez plus la trouver que dans le devoir social , alors, pour répondre aux questions qui vous pressent, pour définir le devoir, vous n'avez plus qu'un mot, qu'une chose à dire: la loi. Quelle loi? La vôtre, la loi humaine , celle que vous faites ici sans lui doiuier d'autre fondement que votre puissance, votre volonté... .-1 gauche. Parfaitement!
M. LE COMTE Albert de Mun. ...ou votre passion. (Applaudisfiements à droite.)
La loi , que vous pouvez bien armer de toutes les sanctions pénales , mais à qui vous ne pouvez plus donner la sanction morale dont vous l'avez dépouillée; la loi, qui devrait être l'objet le plus sacré du respect des hommes, la jnstice écrite; mais dont vous avez par avance, au fond des consciences, ruiné l'autorité, en la privant de son point d'appui, comme on rend une balance folle en déplaçant son axe. (Xonreaux apphfuf^ement^ s?//- 1e^ mêmes bancs.)
Et s'il arrive que, ces leçons ayant porté leurs fruits, l'homme que vous avez formé, fatigué de discours et de promesses, veut enfin aller au fait, s'emparer de ces droits qu'on proclame sans jamais les garantir, et de cette richesse qu'on promet sans pouvoir la donner, alors vous êtes troublés, vous cherchez en vain la loi
que vous uvcz lUiLc, vous l;i scMitoz Irciublantoî cnlr-e vos mai us, vous n'osez plus vous en servir; et vous qui avez détruit dans les ânncîs le fondement de l'autorité, vous vous étonnez de n'y plus trouver pour la vôlic le respect que vous attendiez! (ApplmÂdissemrMts à droite. — Rumeurs à gauche.)
C'est le secret de votre incurable faiblesse ! C'est votre histoire d'hier à Carmaux, quand vous avez laissé impunément braver vos propr-es fonctionnaires, quand il vous a fallu, devant les sommations de la foule, consentir à l'abdication de la justice elle-même, en effaçant ses sentences. Voilà où vous en êtes! {Bruit à gauche.)
M. Tony Révillon. A Chicago il y a des anarchistes, et cependant on n'est pas matérialiste, aux États-Unis!
Sur divers bancs à gauche. Et en Angleterre? — Et en Allemagne? — Et les nihilistes, en Russie?
M. LE COMTE Albert de Mun. Monsieur Tony Révillon, je ne fais pas ici le procès du système d'éducation sociale des États-Unis ou de la Russie. Je fais celui de l'éducation sociale que vos amis ont donnée à la France ; c'est bien assez! C'est de celle-lî que vous êtes responsables, et dont j'ai à vous demander compte.
M. Tony Révillon. Vous parlez de la doctrine anai'chiste et du matérialisme comme d'une cause et d'un effet! De là mon uiterruption.
M. le comte Albert de Mun. Oh! j'entends bien que la question ne surgit pas avec cette évidence, quand il s'agit d'un crime qui révolte tout le monde , et dont le peuple surtout ne peut pas être rendu responsable, lui contre lequel ses pires ennemis ne pour-
raient rion iinontoi- de plus cincl (|iip ces attentats stnpides, qui loiU pins que luiil( s les mauvaises volontés coujui'CM's poui' i'(MMil(M" Tlieure des rétonnes sociales.
Mais ce n'(*st pas uik^ loi conti'e les ciMuies (ju'on nons apporte ici, c'est une loi contre les idées : c'est nne discnssion de doeti-ine (ju'on a voulue, et c'est sur ce terrain-l> que je nie place.
Eli bien. Je vois très souvent, quand un orateni* du parti socialiste, M. Latargue, par exemple, monte à la tribune, je vois qu'on s'agite, qu'on s'émeut, et qu'il y a dans l'Assemblée comme une protestation préalable contre ses idées.
Je ne partage pas les idées de M. Latargue et du parti socialiste, je suis leur adversaire le plus déclaré (/»/criW/p//r)?i.<î), j'ose dire le plus irréconciliable; car si je me rencontre avec eux dans la critique du régime économique de la société moderne, si je me i-encontre avec eux dans beaucoup de leurs revendications, si je crois, tout en combattant de toutes mes forces leur plan d'organisation sociale , que l'ordre économique dans lequel nous vivons appelle des transformations profondes, je ne me rencontre et je ne me rencontrerai jamais avec eux sur les principes.
Eb bien, permettez -moi de vous le dire, c'est précisément l'inverse pour beaucoup d'entre vous.
J'espère bien que cette discussion ne se terminera pas sans que vous veniez ici nettement exposer vos idées. (Exclamations.)
Plusieurs membres, ironiquement. Tous?...
M. LE COMTE Albert de Mun. Je ne doute pas que M. Millerand, en particulier, ne veuille faire parla la
Chambre, avoc son grand talent, dos projets de concentration socialiste qu'il a développés Tautre joui' à Lyon .
Ce sera un très grand pas que nous ferons et que le pays fera avec nous vers la clarté des pi'ogramines et des situations.
Mais je me demande comment beaucoup d'entre vous feront pour se tirer de cette concentration-là; car enfin ce qui vous sépare de M. Lafargue et de ses amis, ce sont des applications , des systèmes et des vues d'avenir; mais au fond il y a quelque chose qui vous rassemble, qui vous unit, et qui nous divise, vous et moi, profondément, c'est la négation de toute religion, c'est l'athéisme social, le mépris de la loi divine et l'aspiration exclusive vers la jouissance matérielle. (Bruit.)
M. Leconte (Indre). Vous êtes un homme du moyen âge. (Bruit.)
M. LE PRÉSIDENT. Monsieur Leconte, veuillez garder le silence. Vous êtes trop loin pour interrompre utilement. (On rit.)
M. LE COMTE Albert de Mun. Je n'ai pas entendu, en effet.
Je dis que l'athéisme social vous rassemble, c'està-dire ce que je viens de vous montrer au fond de l'éducation sociale que vous donnez au pays, et ce qui est en même temps la racine même du socialisme révolutionnaire : — c'est le nom qu'il se donne et il a bien raison, étant, par une conséquence logique, l'ennemi de toute autorité, comme il est* l'ennemi de Dieu. (Très bien! très bien! à droite. — Interruptions à gauche.)
Ah! je sais bien que dans les hautes régions du gou-
verneinent, dans les sphères élevées où se manifeste son inspiration, on conHiienee à reculer devant ces doctrines matérialistes dont le pi'op^rès effraye et dont on redoute rintluence sur l'esprit des jeunes générations; il y a dans les discours ministériels, dans les harangues universitaires comme une vague aspiration vers je ne sais quel idéal indéfini, je ne sais quelle conception philosophique plus vague encore, qui, en satisfaisant un moment l'imagination, la détourne et la repose dn côté trop matéi'iel de la vie démocratique.
J'ai lu sur ce sujet des discours très éloquents de M. le ministre de l'instruction publique, qui exhorte à cette gymnastique de l'esprit les étudiants et les professeurs, et qui, pour les aider à trouver l'idéal promis, leur conseille une certaine unité de doctrine dont le caractère le plus précis est de n'avoir rien de commun avec aucun dogme métaphysique sur la nature du bien et du mal. (Applaudissements à gauche.)
Je suis charmé pour M. le ministre de l'instruction publique des applaudissements qu'il vient de recueillir; mais je lui demande la permission de le lui dire : ce sont là des idées, des aspirations qui peuvent intéresser et occuper des philosophes, qui peuvent alimenter des disputes d'école, mais auxquels le peuple ne comprend absolument rien! (Exclamations à gauche.)
M. Lavy. Il a rintelligence plus ouverte que cela!
M. Antoxin Dubost. Pensez -vous qu'il comprenne mieux ce que vous lui dites, monsieur de Mun?
Un membre au centre. Les mystères ne sont pas très compréhensibles !
M. LE COMTE Albert de Mun. Ce sont des phrases
(|iii n'ont, pour sa formation inorale, aiicinio significalion |)récisn, on pinlôt, je me lr()in|)(', (|ni n'en ont (jirnnn seule, bien ruittc? cl Irop vcaie, e'cst (pi'il ne faut i)lns de l)on Dieu ni de eatéctiisme. (AppldwHssemenls à droite. — Bruit prolonrfc à f/aurhc cl mi centre.)
Un membre à gauche. C'est la réalité!
M. Basly. Mais vous ne parlez pas des explosiojis. (Bruit.)
M. LE COMTE Albert de Mun. Messieurs, je n'entends pas les interruptions qui me sont adressées de tous les côtés à la fois; je le regrette, parce que j'y répondrais.
J'ai vu, sans les entendre, parmi les interrupteurs, M. Lavy et M. Basly. Je suis sûr que leur opinion serait très intéressante à connaître et j'espère qu'ils ne manqueront pas de venir s'expliquer à la tribune aussi nettement que je le fais moi-même. (Exclamations au centre.)
Mais sans doute ! M. le rapporteur a annoncé tout à l'heure qu'on allait avoir ici ce spectacle d'une coalition des membres de la droite avec ceux de l'extrême gauche pour refuser des armes au gouvernement contre la dynamite. Eh bien, pour ce qui me regarde, je dénonce à la Chambre, très franchement, la responsabilité du gouvernement et de la majorité dans le péril social. (Vives rumeurs à gauche et an centre. — Très bien! à droite.)
Je. compte que ceux qu'on accuse de complicité avec moi viendront aussi s'expliquer sur la leur.
Je reviens à ce que je disais et que le tumulte m'a forcé d'interrompre.
.le vous ivpclo que le priipic ne coiiiprciul rien aux subtilités philosopliiciucs de M. le niiiiistro de l'instruction publique, et qu'en réalité, pour lui, cela veut dii-e : plus de religion, plus de catéchisme! Et de fait, dans l'école primaii-e, c'est bien ainsi que se formule l'enseignement sans dogme précis sur le bien et sur le mal; c'est bien à cela qu'aboutit la morale indépendante, la fameuse morale laïque {inten^ption^ à gauche), heureux quand elle ne tourne qu'à des tiistoirt^s grotesques comme celle que raconte l'honoi-able doyen de la faculté de théologie protestante de Paris, M. Liclitenberger, dans son livre très consciencieusement étudié sur l'éducation morale dans les écoles primaires, où il cite la réponse d'un instituteur à l'inspecteur de Céret :
« Quelles leçons de morale avez -vous faites dans ce mois?
— Monsieur l'inspecteur, nous avons parlé des divers ministères. » (On rit.)
Et le rapport de l'inspecteur de Bar-sur-Aube qui dit que certains instituteurs croient avoir donné une leçon de morale quand ils ont fait connaître aux enfants les attributions du conseil municipal. (Nouveaux rire^.)
M. LÉON Bourgeois, minière de rhistruction puhliqtie et des beaux -arts. Ce n'est pas digne de vous.
M. LE COMTE Albert de Mun. Je vous demande pardon, monsieur le ministre de l'instruction publique, je trouve que cela est digne de moi, et surtout que cela vient très bien à l'appui de ma thèse. (Trë^i bien! très bien ! à droite.)
Je vais vous dire ce que cela prouve. C'est que votre enseignement moral ne peut aboutir qu'à des sottises
comme celles que je viens de eihM-, ou, ce qui malheurenserrienl ari'ive [)liis souvent, à (riiiijjai'doiniables oiilrai^cs conlre l;i reli.u'ion. ( Ajrplaudissements à (Iroilc.)
A (/(luchc ("<e ii'esl |)as la (|iiesli()n!
M. LE COMTE Albert de ML^\. Vous trouvez? Moi, je trouve (jue e'esl le fond même de la (|uestiou. Cela montre qu'en lait de morale vous n'apprenez rien au peuple... (Humeurs à gauche.)
Les disputes philosophiques, c'est matière à très beaux discours pour les séances académiques et universitaires, pour la SorJionne et pour les cérémonies officielles. Ce sont des théories très intéressantes pour les gens arr'ivés et satisfaits de l'être, qui ont le temps de se livrer aux douceurs d'un aimable scepticisme. {Applaudissements à droite.)
Mais pour le peuple c'est le vide; et comme c'est pour lui que vous devez gouverner, comme c'est pour lui que vous dirigez l'éducation morale de la nation, quand vous lui donnez le vide, vous le trahissez, vous l'abandonnez, et vous préparez son âme à tous les désespoirs. (Nouveaux apvlaudissements à droite. — Bruit à gauche.)
Tout à l'heure, au milieu des interruptions, j'entendais qu'on me disait : Croyez -von s que le peuple comprenne mieux ce que vous lui dites? Je ne sais pas si le peuple me comprend , mais il y a une chose que je sais, parce que j'ai la prétention de connaître le peuple aussi bien que mes honorables interrupteurs, c'est qu'il n'est pas, qu'il ne sera jamais, qu'il ne peut pas être un sceptique.
M. MiLLERAND. C'est vrai !
M. LE COMTE Albert de M un. Il est \'v\vv ('(criKMlement soutirant, et parce qu'il soutlVe, il a un perpétuel besoin , pour être soulagé, de croire et d'espérer... (Hravo^ cl applainrisseincnfx à droite), (/est par là qu'il est vraiment grand, et qu'à travers toutes ses eri-eurs, il est digne de ton! rainour cl {\o. tout le dévouement de ceux que la lortune ou l'éducation ont fait sortir de ses rangs. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.) C'est pour lui qu'a été dite la parole qui a traversé les âges et qui l'eiiuie encore les cœurs au déclin de ce siècle : .l'ai pitié de cette foule! (Applaudissements à droite. — Vives i}\terruptions à gauche.)
M. Maurice- Faure. Le peuple veut de la justice et non de la pitié î
M. PiCHON. Ce sont vos amis qui exploitent cette foule! Cette foule, vous l'avez fusillée dans les rues de Paris ! . . .
M. LE COMTE Albert de Mun. J'ai déjà répondu aux interruptions qu'on me jette de ce côté (la gauche) , à propos de la Commune. J'y viendrai tout à l'heure et je vous assure que je ne fuirai pas le débat.
M. PiCHON. Nous vous attendons!
M. LE COMTE Albert de Mun. Oui, monsieur Pichon, mais en attendant je veux vous apprendre ce que c'est que la doctrine chrétienne, parce que c'est mon devoir et la satisfaction de ma conscience... (Très bien! très bien! à droite. — Nouvelles interruptions à gauche.)
M. Beauquier. Ce n'est pas ici qu'il faut le dire.
M. LE comte Albeht de Mun. Je vous demande pardon , monsieur Beauquiei*.
M. Beauquier. Vous pai-lez ici devant des esprits cultivés.
M. LE PRÉSIDENT. Monsieur IJeaucpiicr, veuillez gai"der le silenc(^
M. LE COMTE Albert de Mun. C'est ici qu'il l'auL Je dire, monsieur Beauquier, ici, à cette tribune, parce c'est ici que pendant quinze années j'ai entendu dénoncer le christianisme comme l'ennemi du peuple.
Le christianisme, l'ennemi du peuple! lui qui, le jour où il s'est levé dans le monde, s'est jeté entre les forts et les faibles... {Très hienf très bien! à droite) , disant à la force : Tu n'iras pas plus loin! tu ne tueras pas, tu ne prendras pas le bien d'autrui...
M. Jourde. Et la loi sur la presse? (Rumeurs sur plusieurs bancs.)
M. LE comte Albert de Mun. ...disant au maître : Ton ouvrier est ton égal devant Dieu; tu es responsable de son corps comme de son âme ; et si tu le payes injustement, ce salaire injuste criera vengeance contre toi ; enseignant à tous, aux riches comme aux pauvres, que la fraternité est la grande loi du monde , que l'amour en est le principe, la justice le couronnement, le sacrifice la condition nécessaire , et leur offrant une immortelle destinée en échange de ce sacrifice librement consenti. {Yifs applaudissements à droite.)
Voilà la doctrine chrétienne! Elle est plus haute, permettez-moi de vous le dire, que toutes vos interruptions, que toutes vos clameurs. Elle a rempli le monde, elle le remplit encore.
M. Lavy. Elle l'a traversé l'épée à la main et dans le sang.
M. LE COMTE Albert de Mun. Vous viendrez prou-
ver cela à la liiluiiic, monsieur J.av\ ! Quant à nK3i c'est tout mon programme social.
Elle ne })roclame pas que l'homme a tous les droits, mais elle reconnaît les droits de chacun , des petits comme des grands, et elle en donne la garantie dans la loi divine, qui oblige tout le monde. {Applaudis^emcntH à droite.)
Elle ne fait pas du bien-être l'objet exclusif de l'activité des hommes, mais elle les conduit par le double etfort de la charité et de la justice vers l'amélioration de leur destinée; elle n'abuse pas du besoin de croire et d'espérer qui est dans l'âme populaire, pour exalter ses passions et la tromper par d'irréalisables promesses, mais elle l'aide chaque jour à travailler courageusement pour rendre son sort meilleur. (Bruit à gauche.)
Voilà la doctrine dont je me réclame. J'ai le droit de dire, après cela, qu'il n'y a rien de commun entre moi et les socialistes révolutionnaires; j'ai le droit de dire que ceux qui lui livrent le pays, ce ne sont pas les chrétiens, ce sont ceux qui ont enseigné au peuple le matérialisme et l'athéisme social... (Très bien! très bien! à droite. — Interruptions à gauche.)
M. Antonin Dubost. C'est l'impuissance de vos doctrines qui y conduit!
^I. LE COMTE Albert de Mum. Ah! vous parlez de notre impuissance! Eh bien! qu'est-ce donc que vous donnez au peuple, vous, en échange de la foi que vous lui prenez? Quoi? Est-ce la justice que vous lui avez promise? Non, vous ne la lui donnez pas, et vous ne pouvez pas la lui donner!
Car la justice suppose l'inflexible résistance aux abus
De Mun. — Discours. \ . — 8
de la force et de la puissance, à l'égoïsme de la richesse; et quand, foulant aux pieds la loi divine, on a déchaîné la lutle ardente des passions et des intérêts, on n'a plus rien, rien à dire à ceux qui, étant vainqueurs dans la lutte, écrasent les vaincus. (Vifs applaudissements à droite. — Ltterruptions et bruit à gaucJie.)
Et regardez autour de vous. Qu'est-ce que vous montrez au peuple? L'injustice triomphante et promenant fièrement son impunité, les scandales financiers chaque jours renouvelés, la spéculation et l'agiotage qui élèvent des fortunes injustifiahles et creusent, à côté, des gouffres de misères. (Applaudissements à droite.)
M. François Deloncle. Vous voulez parlez de l'Union générale et des Dépôts et Comptes courants!
M. LE COMTE Albert de Mun. Non, monsieur Deloncle! vous n'avez pas le droit de me jeter à la face l'Union générale ni aucun autre désastre financier. (Exclamations à gauche.)
Non , vous n'en avez pas le droit pour deux raisons : d'abord parce que l'homme qui est à cette tribune n'a jamais été mêlé à aucune opération de ce genre (Très bien! très bien!), et ensuite, parce que, quand on parle de justice, on ne peut pas prononcer le nom de l'Union générale ni comparer ce qu'on a fait contre elle à ce qu'on a toléré pour les autres! (Très bien! très bien! à droite.)
Est-ce que le peuple est aveugle?
Est-ce qu'il ne voit pas la richesse se concentrer de plus en plus en quelques mains qui disposent du crédit public et, par là, de la sécurité nationale? (Mouvement.)
Tout le monde le sait, tout le monde le voit, l'ouvrier dans la mine et dans l'usine , le paysan sur son sillon; et que voulez -vous qu'ils se disent quand, en face de ce collectivisme d'en haut, tous les jours plus monstrueux, on leur montre comme le règne de la justice un collectivisme d'en bas qui sera peut-être aussi tyrannique, mais qui, à coup sûr, sera moins immoral? Contre ce péril -là, avez -vous des lois? Si vous n'en avez pas, pourquoi n'en demandez -vous pas?
Pourquoi? parce que vous aimez mieux ne pas regarder de ce côté -là (exclamations à gauche)^ et, au lieu de donner la justice au peuple, continuer votre tâche de déchristianisation.
Un membre à gauche. C'est la guerre des classes que vous prêchez !
M. LE COMTE Albert de Mun. Non, Monsieur, ce n'est pas la guerre des classes que je prêche : c'est la guerre contre la religion que je dénonce. (Très bien! très bien! à droite.)
Oh! ce n'est pas ce péril -là qui vous occupe, c'est un autre qui absorbe tout votre temps : c'est le soin de traquer partout l'idée chrétienne, de lui faire la guerre partout où elle se montre! (Applaudissements à droite.)
M. Emile Lovbet , président du conseil, ministre de l'intérieur, se levant. Je proteste !
M. LE COMTE Albert de Mun. Monsieur le président du conseil , vous avez tort de faire des gestes d'impatience; vous allez froisser M. le garde des sceaux, dont c'est la gloire et le grand titre à la confiance de la Chambre. Si, tout à l'heure, au moment du vote, le
ministère est embarrassé, ce sera bien simple; vous n'aurez qu'à pi-ier M. Ricard de monter à la tribune et d'y raconter l'Iiistoire de son ministère, des curés, des vicaires poursuivis, condamnés, mis en prison, dénoncés au peuple comme des malfaiteurs pour avoir défendu l'enseignement chrétien contre l'enseignement sans Dieu, pour avoir protesté contre les vexations dont on les abreuve, à Rennes, à Saint -Sever, à Yvetot, à Resançon, l'abbé Delafosse, le P. d'Audiffret, le curé de Vercel, tant d'autres, au Nord, à l'Ouest, au Midi et à l'Est; et la chapelle des patrons catholiques du Nord fermée parce qu'on y commettait le crime d'enseigner la religion aux ouvriers et aux patrons, et leur syndicat dissous parce qu'on y parlait de religion à propos de la question ouvrière; et tout cela pendant que vous laissez, à Saint -Denis, chasser ignominieusement la croix du convoi des morts , à l'heure même où le drapeau rouge se promène à Carmaux, où des processions ignobles s'étalent dans les rues, comme à Noisy-sur-École, où des chansons obcènes demandent la tête des curés, pour faire écho à la Carmagnole. (Bravos répétés à droite.)
M. Ricard dira tout cela, et il descendra de la tribune au milieu d'une double salve d'applaudissements, et son discours sera affiché dans toutes les communes de France. (Applaudissements et rires à droite.)
Et si M. Loubet est jaloux de sa gloire, qu'à cela ne tienne! Il n'aura qu'à raconter à son tour que, lorsqu'on a voulu, dans les églises de Paris, parler aux ouvriers et leur enseigner la doctrine évangélique; lorsqu'on a voulu commenter devant eux l'enseignement social du pape , et que des hommes de désordre
sont venus qui ont empêché les conférences avec des cris, des injures et des coups, oh! il n'a pas hésité : son énergie s'est retrouvée tout entière; il a déclaré que si ce scandale continuait, il irait jusqu'au bout : il fermerait les églises. {Applaudis'^ements à droite.)
Voilà quel est le péril que MM. les ministres s'occupent à combattre. Pendant ce temps-là, le socialisme veille, il travaille sans relâche, il étale aux yeux des ouvriers les scandales d'en haut et les soutTrances d'en bas, et il dit aux ouvriers : Ces richesses, c'est vous qui les avez produites , et elles sont en d'autres mains que les vôtres; ce luxe, ces joies, ce bien-être, c'est vous qui les rendez possibles, et vous n'en jouissez pas. C'est assez : l'heure est venue de les conquérir.
M. Paul Lafargue. Le pape a dit la même chose dans son Encyclique. {Non! non! à droite.)
M. LE PRÉSIDENT. Monsieur Lafargue, vous n'avez pas la parole : vous pourrez répondre à la tribune.
M. LE COMTE Albert de Mun. Nous parlerons de l'Encyclique quand vous voudrez; aujourd'hui, c'est au gouvernement que je demande ce qu'il a à opposer aux socialistes.
Quoi? La loi? La loi humaine? Mais d'autres viendront qui en feront une autre, fondée sur le même droit, et qui renversera la vôtre! Le droit, le respect du bien d'autrui? Mais vous en avez détruit la notion, vous avez miné dans ces âmes souffrantes le sentiment même de la justice!
La logique est contre vous, et la logique du peuple ne s'accommode pas de vos distinctions.
iJn jour, d'autres hommes se lèvent, qui poussent la logique jusqu'au crime et, dans la société affolée et
sans boussole que vous avez faite, c'est un craquement épouvantable qui met tout le monde debout et en sursaut. Ces hommes, tout le monde les renie, tout le monde les désavoue ; ce sont des assassins ; cette sorte de violence, personne n'en veut. Vite! des armes, des armes contre l'anarchie.
Ah! oui, vous avez raison d'en demander! et ce n'est pas moi qui les refuserai , si vous êtes résolus à vous en servir. Mais vous vous y prenez bien tard pour vous apercevoir du péril. L'anarchie, elle a une devise: Ni Dieu ni maître! et toutes les armes du monde ne prévaudront pas contre son effroyable puissance si vous n'y ajoutez le respect de Dieu , sans lequel il n'y a pas d'autorité possible.
Oui, le péril est grand, il est très grand! Aveugle qui ne le voit pas !
M. Loubet avait bien raison, l'autre jour, à la tribune , de dire : a. On croirait que nous retournons à la barbarie. » C'est mon avis, et c'est ma terreur.
La barbarie, elle ne sera pas seulement dans le crime; mais il viendra nécessairement un jour et une heure où il faudra qu'elle soit aussi dans le châtiment.
Tout à l'heure, de ce côté (V orateur désigne l'extrême gauche), on me disait : (( Souvenez- vous de la Commune! » Oh! n'ayez pas peur que je l'oublie : la Commune, elle pèse de tout son poids sur le cœur des hommes de notre génération. Et c'est parce que je ne l'oublierai jamais que j'ai peur de la barbarie du châtiment autant que de la barbarie du crime; j'en ai peur, parce que je l'ai vue et que j'en frémis encore.
Voyez-vous, la parole de Donoso Certes sera éternel-
lement vraie : « Quand le thermomètre religieux baisse, le thermomètre politique monte. »
C'est-à-dire que, quand on ne veut plus de la loi religieuse, quand on ne veut plus de la répression morale, on est inévitablement réduit à la répression politique, qui n'a d'autre expression que la force, et c'est votre fatale destinée d'en arriver là! ( B^jittff^^ci^i^ïïej!^^^^
Déjà on vous y pousse, on^^^Ok^ la conseille, e^ik suffit d'un incident pourqu^vâhs y soyez cjondamnés! ^ En attendant, c'est une lof sur la pressé. È
A gauche. Ah! enfin. \ «5/
M. LE COMTE Albert de Mût^ fe-r^gipeye de rû^êfre imposé à la Chambre, mais je crois que faf êt'e dans le cœur de la question. (Parlez! parlez!)
Eh! bien, votre loi sur la presse, voyons, vous le savez aussi bien que moi, c'est un fétu de paille devant une locomotive. {Applaudissements à droite.)
Vous-mêmes, vous ne saurez pas comment en user; elle vous conduira forcément à l'arbitraire : il vous faudra choisir entre les doctrines, distinguer entre les violences, opter entre les provocations; vous savez bien qu'on n'enraye pas les idées; on en étouffe les symptômes , on les masque , mais elles marchent toujours.
Il n'y a qu'une manière d'arrêter les idées, c'est de les changer, et, pour cela, de guérir l'âme. {Exclamations et rires à gauche.)
Vous avez bien tort de rire; car je suis obligé de vous avouer que ce n'est pas un mot de moi : il est de Michelet, que vous allez mettre au VdiUihéon. {Applaudissements et rires à droite.)
Lui aussi, il croyait qu'il fallait guérir l'âme du
peuple. Voulez -vous entreprendre cette tûclie? Je suis prêt à vous y aider, mais je ne connais qu'une manière de le faire : c'est la liberté religieuse. (Exclamations à gauche. — Applaudissements à droite.) Voulez -vous nous la donner?
Au centre. Vous l'avez!
M. Barodet. Elle n'a jamais été si grande!
M. LE COMTE Albert de Mun. Voulez -vous venir ici nous la promettre nettement? Voulez-vous venir ici, publiquement, rompre avec le radicalisme antichrétien et avec le socialisme révolutionnaire dont il est l'avantgarde?
Voulez -vous répudier publiquement le programme anticlérical dicté, cette année, par rasseml)lée générale du Grand-Orient (Ah! ah! à gauche) et imposé comme un mandat impératif aux représentants francsmaçons? Le voulez -vous? Voulez -vous le dire ici? Si vous ne le voulez pas, y a-t-il sur ces bancs des hommes qui le veuillent?
Je le demande. S'il y en a, qu'ils se montrent, et ils me trouveront prêt à les aider. {Applaudissements à droite.)
M. PiCHON. Qu'est-ce que la liberté religieuse d'après vous ?
A gauche. C'est le droit d'opprimer les autres.
M. le comte Albert de Mun. Je regrette d'être interrompu, car c'était le dernier mot de mon discours.
Quant à moi, je ne descendrai pas de la tribune, je ne sortirai pas de cette salle, avec la responsabilité de vous avoir désarmés devant le péril social.
Cette responsabilité, je la repousse, et je ne veux
pas vous permettre (Von cliui-^or mon nom et ma conscience. Je ne refuse pas de vous donner des armes; je vous ai dit à quelles conditions seulement elles seraient efficaces, et j'attends votre réponse. (Applaudissements répétés à droite. — L'orateur reçoit les félicitations de ses amis.)