‹ Discours du comte Albert de Mun (volume 2)Chapitre 29 sur 40 · LE 25 FÉVRIER · texte numérisé non relu

LE 25 FÉVRIER

Au mois de février 1893, M. de Muu se rendit à Rome pour porter ses hommages aux pieds du pape Léon XIII, à l'occasion de son jubilé épiscopal, qui donna lieu aux démonstrations les plus éclatantes de foi et de respect de la part de tous les peuples chrétiens et de tous les gouvernements ci\'ilisés. Le 19 février, le souverain pontife célébra solennellement la messe dans la basilique de Saint -Pierre, devant une foule immense transportée d'enthousiasme. M. de Mun quitta Rome quelques jours après, comblé par le Pape, par le cardinal secrétaire d'État, par les membres du Sacré-Collège et par les hauts personnages diplomatiques réunis dans la ville éternelle, des témoignages les plus flatteurs de bonté, de confiance et de distinction.

Le lendemain de son retour il se rendit au congrès des rédacteurs de la Croix, assemblés à Paris, à cette époque, comme l'année précédente, et y prononça le discours suivant :

Messieurs,

La vue de M. le chanoine Potier', que j'ai toujours un très grand plaisir à saluer partout où j'ai l'honneur de le rencontrer, me rappelle que j'ai entendu, dans les assemblées flamandes, les orateurs commencer leurs discours par ces mots : « Loué soit Notre -Seigneur Jésus -Christ. » (Applaudissements.)

Je m'approprie. Messieurs, le vieil usage chrétien, et je dis, moi aussi, de grand cœur en vous saluant : c( Loué soit Notre -Seigneur Jésus -Christ, )) car c'est bien le cri qui déborde de mon cœur au moment où, après cette année de luttes soutenues ensemble, je me retrouve au milieu de vous pour vous apporter le nouveau témoignage de mon dévouement à toutes vos œuvres, de ma profonde et respectueuse affection pour ceux qui les dirigent et qui en ont été les inspirateurs , et pour retremper mes forces au contact de la vôtre.

L'année dernière, Messieurs, quand le R. P. Picard m'a permis de venir vous parler , nous étions presque à l'origine du mouvement qui aujourd'hui commence de toutes parts à entraîner les catholiques, et qui les pousse à s'organiser pour devenir, dans leur pays, une force reconnue , avec laquelle tout le monde soit obligé de compter.

Nous formions des vœux et des pians d'action ; nous exprimions des désirs et des résolutions : aujourd'hui, nous constatons des faits, nous touchons des résultats, et nous avons le droit de dire qu'en France il existe

* M. le chanoine Potier, de Liège, savant théologien, l'un des chefs du mouvement catholique social de Belgique.

une force spéciale, qui ne se confond plus avec les anciennes organisations conservatrices, qui se développe tous les jours, et qui s'appelle l'organisation catholique. (Applaudissements.)

G'esl là un l'ait très considérable, que l'initiative, l'impulsion du Souverain Pontife ont seuls rendu possible, et c'est l'expression de la profonde reconnaissance qu'éveille dans mon cœur cet inappréciable bienfait que j'ai été porter aux pieds du Saint-Père.

Le grand bien accompli depuis dix -huit mois, c'est que les catholiques, en renonçant à l'opposition dynastique, en se plaçant, à la voix du Pape, sur le terrain constitutionnel, sont entrés, par là même, dans la vie politique du pays, et ont trouvé le moyen pratique de faire valoir leurs revendications. (Bravos et applaudissements.)

Assurément, si quelque chose a contribué, après l'impulsion du Souverain Pontife, à produire ce résultat, c'est l'initiative et la courageuse propagande de la Croix, et c'est pourquoi tous ceux qui ont à cœur le développement de ce grand mouvement vous doivent , Messieurs , le concours le plus empressé. Chaque Croix nouvelle qui se fonde est un pas en avant, un foyer allumé, un bureau de recrutement établi pour l'organisation des forces catholiques. (Applaudissements.) 11 n'y en aura jamais trop.

J'entends souvent dire que les conseils du Souverain Pontife, son intervention dans les affaires de la France, l'attitude prise par les catholiques qui ont cru de leur devoir de lui obéir, n'ont porté aucun fruit, et que jusqu'à présent nous n'en avons tiré que la désorganisation des forces conservatrices.

C'est l'accusation constante : j'en parle, vous Je voyez, la bouche l)ioii ouverte (sourires), et je dis tout haut ce qui se dit tout bas tous les jours. Eh bien, Messieurs, ce reproche, il vient de deux côtés : du côté de ceux qui veulent entraver l'œuvre du Souverain Pontife et en empêcher le développement, et du côté de ceux, très nombreux dans notre pays, qui sont aussi prompts au * découragement qu'à l'espoir, qui veulent des résultats immédiats, et qui, lorsqu'on ne leur donne pas la victoire au lendemain même du combat commencé , croient que rien n'est fait , et qu'il faut désespérer. (Très bien! et vifs applaudissements.)

Des premiers je ne dirai rien : c'est une loi que je me suis faite. Dans une œuvre aussi difficile que celle à laquelle nous a conviés le Souverain Pontife, il fallait nécessairement attendre que nous rencontrerions contre nous, non seulement l'opposition violente des adversaires déclarés de l'influence catholique et de la paix religieuse, qui se rendent bien compte du danger que cette politique fait courir à la domination des sectaires, mais aussi le mauvais vouloir et les accusations de ceux qui ne veulent pas permettre aux catholiques de s'affranchir de la tutelle des partis politiques, pour être, dans leur pays, eux-mêmes et rien qu'eux-mêmes. ( Vifs applaudissements.)

Mais c'est aux autres qu'il faut répondre, parce que le découragement ne doit pas entrer dans nos âmes; parce qu'en pleine lutte comme nous sommes aujourd'hui, nous risquerions, en nous laissant envahir par le trouble et l'agitation des esprits, de perdre le sangfroid et la confiance nécessaires pour mener à bien l'œuvre entreprise, qui n'est pas l'œuvre d'un jour,

l'œuvre d'une période électorale, mais une œuvre à longue portée , dont l'effet doit être d'abord de rendre possible la pacification religieuse, et ensuite de nous permettre de revendiquer progressivement nos droits et nos libertés. ( Vifs applaudissements.)

C'est une œuvre de longue durée, une œuvre qui demande de la patience, du courage et de la persévérance, et c'est pourquoi il ne faut pas nous laisser troubler par les accusations de ceux qui nous crient : « Qu'avez -vous fait? Quels résultats avez-vous produits ? Vous avez séparé la fraction catholique de l'ensemble des forces conservatrices : vous n'avez rien fait de plus. »

Messieurs, c'est beaucoup : il n'y a qu'un an que le mouvement est commencé, que la parole du Pape a retenti au milieu de nous d'une manière décisive : quand on songe à ce peu de temps écoulé , et qu'on fait la part du temps perdu en discussions stériles et passionnées, je dis qu'il faut, au contraire, nous féliciter de ce qu'à travers tant de difficultés, nous avons pu cependant nous dégager des partis, et instituer une force avec laquelle peu à peu tout le monde sera obligé de compter. (Applaudissements.)

Ce premier résultat, je le salue avec joie. C'est un très grand point acquis et gagné.

C'est de cela qu'il faut dire : Loué soit Notre-Seigncur Jésus-Christ! C'est de cela qu'il faut remercier le Maître que nous servons , pour lequel nous combattons , dont la protection a été visible en toutes ces choses , et qui a mis sur les lèvres de son Vicaire, son représentant sur la terre, les paroles décisives grâce auxquelles les catholiques , forts de leur obéissance , ont pu prendre

la sage et féconde attitude qui règle aujourd'hui leur politiqu(\ (AppUmdissemcnts. )

La conséquence de cette observation est celle-ci : c'est qu'ayant fait ce premier pas, bien loin de nous décourager, il faut continuer à marcher de l'avant, et la première condition pour marcher de l'avant, c'est que l'union soit complète entre nous , c'est que, laissezmoi vous le dire avec l'accent de la plus profonde conviction, avec cette intimité que forme entre nous le dévouement à la cause commune, nous ne permettrions jamais que les petits incidents, les petites rivalités, les préoccupations humaines, jettent quoi que ce soit qui ressemble à une division , entre des hommes pour qui le souci personnel n'est rien, et qui n'ont d'autre ambition que de servir avec passion l'Église et la France. ( Vifs applaudissements.)

Les moyens dépendent des personnes, des circonstances et des localités. Chacun doit servir dans le corps d'armée qui convient à son tempérament , à son caractère, à ses aptitudes, au milieu où il doit combattre. L'un se jettera dans la presse, l'autre dans les conférences ou dans l'action électorale, celui-ci dans la Croix, celui-là dans la Ligue catholique, beaucoup dans l'une et dans l'autre ; mais tous marcheront dans l'union la plus complète, la plus entière, avec cette seule pensée qui doit nous dominer : organiser nos forces. C'est ce qui nous manque le plus. C'est à cela qu'il faut tendre avec toute notre énergie et toute notre persévérance.

Nous ne serons arrivés au but que lorsque partout , dans tous les départements , dans toutes les villes , dans presque toutes les communes, il y aura un groupe

triioiiunes roprés^iMilant netleinent racliuji catholique indépendante, loyalement placée sur le terrain constitutionnel, et lorsque ces groupes d'hommes disposeront de ressouix-es tinancières importantes, condition indispensable de toute lutte organisée, de toute lutte politi(iue. Sans doute, on peut l'espérer, des dons généreux, des olTi'andes faites par des personnes riches viendront alimenter le budget des catholiques; mais l'ambition qu'ils doivent avoir, le rêve qu'ils doivent former, c'est d'arriver à faire contribuer aux besoins de la lutte perpétuelle qu'ils ont à soutenir le peuple catholique tout entier. (Applaudissements.) C'est de tirer d'eux-mêmes, pour leur foi, pour leur cause, les ressources nécessaires, sans attendre les secours venus du dehor^, qui ont l'inconvénient de lier leur indépendance. (Nouveaux applaudissements.) C'est par la petite obole, par la souscription à bon marché réunie chez les catholiques de tout rang, de toute condition, que doit se former ce budget commun , qui sera vraiment et proprement le témoignage de notre force.

N'ayant pas de caisses à nous, nous sommes obligés, au moment des luttes électorales, d'accepter la direction de tel ou tel comité , dont les catholiques forment presque toute l'armée , et nous lions ainsi notre indépendance. (Applaudissements.)

Soyez assurés que la base de toute organisation, c'est le nerf de la guerre , et , de même que les gouvernements sont prisonniers des assemblées, parce que ce sont les assemblées qui tiennent les cordons de la bourse, de même les catholiques ne seront jamais libres d'organiser leurs forces et de préparer les luttes électorales , s'ils ne tiennent pas les cordons de leur

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boui'iso et s'ils sont ainsi les pi'isonniers d'iionnnes qui, la plupart du temps, n'envisagent pas la politique à leur point de vue. (ÏVèt; bien! et applaudissements.)

Je n'ai pas l'intention. Messieurs, de développer ici un programme électoral. J'ai dit à Saint-Étienne ce que je pensais à cet égard, et des revendications que les catholiques ont à formuler, et de l'attitude électorale qui leur convient. Ce discours a été honoré de la plus haute distinction, de la plus haute récompense qu'un catholique puisse ambitionner. Je n'ai pas besoin de dire quelle profonde émotion, quelle reconnaissance j'ai éprouvée, en lisant la lettre du Saint- Père. C'est le plus grand titre d'honneur que j'aie reçu dans ma vie, et je n'ai désormais plus rien à faire qu'à travailler à m'en rendre digne , en dévouant mes forces au service de l'Église, du Pape et de la France. (Bravos et vifs applaudissements.)

Mais cette lettre me parait avoir une importance qui dépasse de beaucoup ma personnalité. La lettre du Pape, en même temps qu'elle me félicite de mes paroles, indique dans un nouvel appel à tous les hommes de bonne volonté le terrain de l'honnêteté , de la liberté, de la justice et du respect de nos croyances, comme celui sur lequel les catholiques doivent se placer pour tendre la main aux autres. C'est toute une ligne de conduite , tout un programme , et il suffit comme indication générale. Le reste est affaire de circonstance et de lieu.

L'important, c'est que, le programme catholique étant posé nettement, on sache que nous sommes prêts à accepter un programme minimum, partout où ce sera nécessaire pour le bien. C'est à vous, chacun dans

votre région , à examiner ce qui peut être fait pour répondre à cette direction générale.

Mais j'insiste sur un point, c'est que la période électorale doit être pour nous un moyen plutôt qu'un but. J'ai dit que nous faisions une œuvre de durée, que nous travaillions à créer dans notre pays une force nouvelle. Pour cela , il faut profiter de toutes les circonstances. La période électorale en est une.

Ce qui fait son importance, c'est moins, à mon sens, la chance plus ou moins grande d'un succès relatif que l'occasion de nous compter et de connaître nos représentants. {Applaudissemeoits.) Ce que je voudrais donc, c'est qu'on s'occupât des élections avec cette pensée, et que, partout où c'est possible, où nous avons affaire à un candidat qui accepte notre programme, on lui fît prendre des engagements qui le lient pour l'avenir. Ma crainte est qu'au moment des élections beaucoup de conservateurs n'acceptent, ne recherchent même notre terrain parce qu'il est bon , et qu'au lendemain leur politique ne soit pas changée. Ce n'est pas ainsi que nous constituerons la force catholique indépendante dont nous avons besoin. (Applaudissements.)

Entendez bien, je vous prie, la portée de mes paroles. Je ne veux en aucune façon jeter le blâme sur les hommes qui ne croient pas pouvoir faire comme nous. C'est leur affaire. Mais enfin, ayant la ferme conviction que nous avons bien fait, que nous rendons service à notre pays en nous groupant sur le terrain constitutionnel, c'est bien le moins que nous ayons le profit de notre attitude. Il faut que les positions soient nettes dans la Chambre future comme dans le pays. Sans cela, nous n'aurons rien fait.

C'est à vous, chacun suivant votre influence, à faire prendre des engagements tels (jue le grand mouvement qui commence n'avorte pas entre nos mains. ( Vifs applaudissements. )

Nous ne ferons œuvre dural)le qu'avec des lionjines déterminés, résolus, acceptant nettement, sans équivoque, la politique que nous voulons suivre, et, fussent- ils moins nombreux que nous ne le souhaiterions, plus forts cependant par leur cohésion que s'ils l'étaient davantage sans avoir de programme précis. ( Vifs applaudissements.)

Maintenant, Messieurs, un mot encore. Un des membres du Congrès disait tout à l'heure que notre action doit s'exercer dans les campagnes plus que dans les villes, et il ajoutait : a II faut avoir avec nous MM. les curés. » Assurément, je suis bien d'avis que le concours de MM. les curés est indispensable, et bien loin aussi de penser que notre action ne peut pas ôti'e très féconde dans les campagnes. Mais je me permets de dire : il faut surtout travailler à avoir le peuple et les ouvriers avec nous. {Bravos et applaudissements.) Vous dites que dans les campagnes votre action est plus facile : je n'en suis pas sûr : je crois même très souvent le contraire. Mais, dans tous les cas, je vous en supplie , Messieurs , ne nous résignons pas à croire que les villes, les milieux populaires et industriels, qui agissent sur l'opinion avec tant d'empire , ne nous résignons pas à croire que nous ne pouvons pas les pénétrer. Je dirais volontiers : c'est là qu'il faut aller avant tout. {Applaudissements.)

Les catholiques ne feront qu'une partie de leur œuvre , s'ils ne s'organisent que pour la défense des

intérêts religieux, et .sil.-? ne réussissent pas à inspirer confiance au peuple eu se montrant les meilleurs (létenseursde ses droits et de ses intérêts. {Vifs applaudissements.) Vous avez entre les mains l'instrument le plus puissant de tous, le journal, le petit journal , visiblement béni de Dieu pai* les œuvres merveilleuses qu'il accomplit et la rapidité avec laquelle il se répand; mon ambition pour lui est de le voir devenir, dans les milieux populaires, le véritable journal des ouvriers, Torgane catholique et social de leurs revendications. (Bravos et applaudissements.)

Je désire que partout les ouvriers vous connaissent, vous portent leurs plaintes, et s'haliituent peu à peu à vous considérer comme leurs défenseurs les plus généreux !

Combien de fois n'arrive -t- il pas qu'une population ouvrière est entièrement sous la main d'un meneur socialiste, intelligent, laborieux, qui se jette avec impétuosité dans toutes les luttes sociales, et de qui les ouvriers disent, quand on cause avec eux : (( Vous nous reprochez^ notre confiance dans tel ou tel, parce qu'il est socialiste, mais il n'y a que lui qui s'occupe de nos affaires! (Très bien! et applaudissements.) Il n'y a que lui qui nous parle de nos intérêts ! Si quelque autre s'en était occupé, nous l'aurions suivi de bon cœur! »

Il n'est pas un d'entre vous. Messieurs, qui n'ait entendu des paroles de ce genre. (C'est vrai!) Pour moi, qui parcours la France en tous sens, j'ai reçu très souvent des confidences semblables.

On nous dit : ce Un tel, qui est le meneur socialiste, nous n'avons pas grande confiance en lui ; seulement, c'est l'homme des ouvriers. » Messieurs, cette parole.

elle est pour nniislo plus sanglant, souvent le plus juste dos reproches.

Il faut que vous arriviez, à force de dévouement, à ce que les ouvriers disent: « L'iionnme des ouvriers, c'est cet homme de bien, ce catholique, qui en toute circonstance prend la défense de nos droits et de nos intérêts. » (Vifs apj)laudissements.)

Ainsi, l'union entre nous, intime, étroite, supérieure à tous les incidents qui peuvent naître entre les hommes; l'organisation de nos forces par la constitution des cadres et des caisses locales, régionales et centrales, enfin le caractère nettement social, populaire, de notre action sur la classe ouvrière, voilà les trois désirs que je me permets d'exprimer à votre assemblée. Et j'ose dire qu'en les exprimant, je crois rester fidèle à la ligne de conduite tracée par le Souverain Pontife. Ce sont les conseils que j'ai recueillis de sa bouche hier encore, et dont je reviens pénétré en même temps que d'un profond sentiment de confiance en l'avenir.

J'entends quelquefois, Messieurs, de braves amis qui , nous voyant au plus fort de la lutte , nous disent en nous serrant les mains : (( Ne vous découragez pas! )) Mais comment pourrions -nous nous décourager? Gomment le pourrions-nous, nous, catholiques, qui avons cette force surhumaine que donne la foi , et par laquelle nous sommes plus forts que tous nos adversaires? Comment le pourrions, nous qui sommes les fils de l'Église et qui croyons en elle? Quoi! nous décourager parce que nous avons des difficultés, des amertumes, parce que nous subissons des attaques, parce que nous recevons des outrages? Mais, Mes-

sieurs, ce sont les lleurs semées sur notre route! (Bravos et applaudissements.)

Les outrages, les violences, de quelque pai't qu'ils viennent, les difficultés, les obstacles, c'est presque, j'ose le dire, la paix de notre conscience; car, en vérité, si nous n'avions pas cela, la route serait trop belle et le chemin trop riant pour des chrétiens qui croient que rien ne se fait de grand sans la souffrance. (Nouveaux applaudissements.)

Et puis, en vérité, comment se décourager, quand on vient de Rome, quand on a vu passer le triomphe de la papauté aux yeux de soixante mille chrétiens de toutes les nations, faisant retentir l'air de la même acclamation, répétée dans toutes les langues; quand on a vu ce spectacle et qu'on songe qu'à travers tant de persécutions, à travers tant de conjurations de toutes les puissances terrestres, au moment même où tous les moyens humains lui font défaut, la papauté apparaît aux yeux du monde étonné avec un si grand prestige, comment pourrait-on se décourager? Comment le pourrait-on quand on vient de Rome, quand on y a vu un souverain dépossédé, plus puissant dans sa faiblesse que tous les monarques de l'Europe, parce qu'il est fort des promesses d'immortalité dont il est le gardien , parce qu'en un mot qui dit tout cet homme , c'est le pape. (Vifs applaudissements. Acclamations. Cris de : Vive le pape!)

Dimanche dernier, dans cette inoubliable cérémonie de Saint- Pierre, il y avait un tableau suggestif entre tous. La basilique était remplie d'un peuple immense. Autour de l'autel de la Confession, où le Pape célébrait le saint Sacrifice, des tribunes étaient dressées pour

lo corps diplomatique et |)()iii' les envoyés des puissances, pour les pr'incos roiiiains, [)Oiir les (Hr-angers, pour la Ibiilc des privilégiés; puis, coininc lotit se conserve à Rome, où l'on voit ce spe(îtacl{i merveilleux d'une puissance et d'une idée qui marchent toujours en avant, sans rien abandonner ni effacer du passé , il y avait, sur un des côtés de l'abside, à côté de la tribune des chevaliers de Malte, une tribune vide; et, comme je demandais au colonel des gardes -suisses, placé près de moi, quelle était cette tribniuî, il me répondit : a. C'est la tribune des souverains. »

Ah! Messieurs! Voilà les grandes leçons de Rome. La tribune des souverains est là, elle attend; mais les souverains sont liés par la Révolution, ils ne peuvent pas franchir les portes de la Ville éternelle (vifs applaudissements), et s'asseoir dans cette place qui les appelle; et en attendant qu'ils y viennent, le peuple catholique les devance (bravos et applaudissements), et il proclame quand même le triomphe de la papauté qui marche, pendant que ^es royautés hésitent à côté d'elle. (Nouveaux applaudissements.)

Voilà le sujet de notre confiance. Je vous l'apporte, je le laisse déborder de mon cœur qui en est rempli. Je n'avais pas de meilleure occasion d'exprimer ces sentiments rapportés de mon pèlerinage au tombeau des Apôtres qu'ici, devant une assemblée comme la vôtre, si bien faite pour sentir et pour appliquer demain les grandes résolutions qu'ils inspirent. (Acclamations. Triple salve d'applaudissements.)

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