DE MORLAIX
La fin de l'année 1893 fut remplie, pour M. de Mun, par de nombreuses réunions, notamment à Dijon, où il clôturait par une conférence populaire l'assemblée régionale des cercles catholiques, et à Lille, où il vint, à l'appel des syndicats ouvriers chrétiens de cette ville et de celle de Roubaix, prononcer devant un auditoire de deux mille ouvriers un discours qui fut une éloquente condamnation du collectivisme.
Au commencement de 1894, M. le vicomte de Kermenguy, député du Finistère pour la deuxième circonscription de Morlaix, étant mort, les catholiques du pays songèrent à offrir à M. de Mun la candidature à ce siège vacant.
Dans un congrès tenu à Plouvorn, le 6 janvier, il fut en effet proclamé candidat par l'immense majorité des déléo^ués.
Il accepta et s(> l'cndit :ni.ssilôt à Saint-Pol-dc-Léon, chef-lieu de la circonscription, d'où il adressa aux électeurs la j)rofession de foi suivante :
• Électeurs ,
Le congrès assemblé le 5 janvier à Plouvorn m'a offert la candidature au siège si dignement occupé par mon vénérable ami, le vicomte de Kermenguy.
J'ai répondu sans hésiter à son appel, non seulement parce que l'honneur serait grand pour moi de rentrer au Parlement comme représentant de cette catholique Bretagne qui m'en a ouvert les portes il y a dix-huit ans , mais parce qu'aussi c'est un devoir à l'heure présente , pour les serviteurs de Dieu et de la France , de ne pas se dérober aux combats de la vie publique.
Mon programme religieux, politique et social, est connu delà plupart d'entre vous. Je l'ai cent fois proclamé hautement à la tribune et dans le pays.
Je ne puis mieux faire d'ailleurs que de répéter devant vous les déclarations que j'adressais en 1876 aux électeurs du Morbihan :
ce Convaincu que la foi catholique est dans l'ordre social, aussi bien que dans l'ordre politique, la base nécessaire des lois et des institutions, que seule elle peut porter remède au mal révolutionnaire, conjurer ses effets et assurer ainsi le salut de la France, j'ai la ferme résolution , quel que soit le terrain où Dieu m'appelle à le servir, de me dévouer sans réserves à la défense de ces principes. »
Fidèle à cet engagement de la première heure et
catholiquo avant tout, j'ai obéi aux conseils du Saint- Père en acceptant la forme de gouvernement établie, pour servir librement les intérêts religieux, conformément à la direction de Celui qui en est le juge suprême.
Pour lutter contre le socialisme athée, matérialiste et révolutionnaire, il faut lui opposer l'affirmation de la loi divine, l'application des doctrines de l'Évangile, et l'exécution sincère des réformes que commande la justice.
L'encyclique du pape sur la condition des ouvriers a posé les principes et tracé le cadre de ces réformes.
Mon programme n'en est que la mise en pratique.
J'en ai pour garant la lettre publique d'approbation et d'encouragement que le Saint- Père a daigné m'écrire il y a un an.
Fort de ce haut témoignage, je fais appel à la confiance des catholiques et à l'union de tous les honnêtes gens.
Électeurs du Léon,
Vos intérêts particuliers trouveront en moi un fidèle défenseur.
L'agriculture a besoin d'être protégée par des droit s sur les produits étrangers, par la réduction des impôts, surtout de l'impôt foncier et de ceux qui frappent la subsistance, par la diminution des frais de mutation et des tarifs de transport. Je revendiquerai toutes ces réformes.
L'élevage du cheval a besoin d'être encouragé de toutes manières, spécialement par la préférence donnée
aux prodiiils IVançais dans Jes acliaLs de la remonte. Je consacrerai à la délense de ces intérêts toute ma sollicitude et l'expérience acquise pendant les quinze années où j'ai servi la France comme officier de cavalerie.
Bretons ,
Si je ne suis pas né parmi vous, dix -huit années d'une adoption qui est pour moi un titre d'honneur et d'un dévouement qui ne s'est jamais démenti m'ont donné le droit de me dire votre compatriote.
Catholiques,
J'ai combattu sans défaillance depuis vingt -deux ans pour notre cause commune, pour l'Église et pour la France.
Voulez-vous me confier encore une fois votre drapeau, pour le tenir à la tribune nationale?
A vous de répondre.
Si vous le voulez, ne vous laissez ni troubler ni diviser.
Soyez tous debout, tous unis pour Dieu et pour la Patrie!