A PROPOS DES MANIFESTATIONS ROYALISTES DE PROVENCE
PENDANT LA DISCUSSION DU BUDGET DES CULTES A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS, LE 14 NOVEMBRE 1882
Pendant les vacances parlementaires, de nombreuses réunions royalistes avaient eu lieu à roccasion de l'anniversaire de la naissance de M. le comte de Chambord (29 septembre). L'une d'elles avait eu une importance particulière : organisée par les royalistes de Provence au mas de Bouchaud, en Camargue, elle avait, bien que contrariée par le temps, rassemblé plus de quatre mille personnes dans un banquet offert à M. le comte de Mun. Les manifestants, à leur retour à Arles, avaient été l'objet de violences de la part des radicaux. A la suite de ces incidents, l'administration, irritée de la part prise à la réunion par un certain nombre de membres du Cercle catholique d'Arles, avait prononcé arbitrairement la fermeture du Cercle. Msi'Forcade, archevêque d'Aix, avait protesté par une lettre publique adressée à son directeur, M. l'abbé Bourges, contre cette mesure inique.
Lors de la session d'automne, au cours de la discussion
du budget des cultes, M. Granot, dôputé d'Arles, parlant du irailcment des desservants et attaquant l'attitude du clergé et de l'épiscopat, fit allusion à ces faits en disant : « Je vais citer un fait à l'appui de ce que je viens de dire : il y a quelques semaines, une manifestation factieuse a 6t6 organisée dans Tarrondissement que je représente; M. de Mun connaît les faits dont je vais parler... « M. de Mun demanda la parole et répondit à M. Granet.
M. LE COMTE Albert de Mun. Je n'ai que deux mots à dire à la Chambre.
Tout à l'heure, à propos du traitement des desservants, comme on l'avait fait hier h propos de celui des archevêques et des évoques, on a fait allusion à une manifestation politique qui a eu lieu , il y a quelques semaines, en Provence. J'ai pris part à cette manifestation, et je vous demande la permission d'en dire deux mots, parce qu'il me semble très nécessaire que, dans une pareille question, les responsabilités soient bien définies. (Parlez! parlez!)
Vous dites, vous, que la manifestation de la Camargue a été une manifestation factieuse ; or aucun de ceux qui y ont pris part ne s'est caché; elle a eu des organisateurs connus de tout le pays ; des orateurs y ont pris la parole, et j'étais du nombre; enfin une foule considérable de citoyens y a assisté. (Interruptions à gauche. — Très bien ! très bien! à droite.)
Un inembre à gauche. Il n'y en a pas eu tant que cela !
M. LE COMTE Albert de Mun. Si la manifestation était factieuse, ce sont ceux-là qu'il fallait poursuivre.
— 5ôl —
Un membre à gauche. Est-ce que votre gouvernement en aurait toléré de pareilles ?
M. LE COMTE Albert de Mun. Si la manifestation était coupable, il fallait s'en prendre à ceux qui l'avaient organisée, et à moi le premier, qu'aucune immunité ne couNTait alors. Nul de nous, dans la réunion de la Camargue comme dans les autres, n'aurait reculé devant la responsabilité que nous avions prise : on ne l'a pas osé , et , au lieu de cela , on est allé fermer mi Cercle catholique d'ouvriers... i Exclamations à gauche), un Cercle qui n'avait pris aucune part à la manifestation , dont les membres avaient pu y assister, comme c'était leur droit, mais qui était demeuré absolument étranger à son organisation.
Voilà ce qu'on a fait; et alors, devant cette mesure arbitraire , M?"" l'archevêque d'Aix a protesté ; il a protesté par une lettre adressée au directeur du Cercle et à ses membres , qui a été pour eux un honneur et une consolation , et dont tous les catholiques du diocèse lui ont été profondément reconnaissants.
Voilà ce qui s'est passé et où s'ai*rête la responsabilité de l'archevêque. {Très bien! très bien! à droite.) Pour le reste , c'est nous qui sommes seuls en cause : vous avez introduit dans la discussion du budget , en soulevant cette question, un débat qui lui est étranger et qui ne pourrait que la dénaturer. Je ne le prolongerai pas. Le jour où vous l'aborderez devant la Chambre directement, nous répondrons, mes amis et moi, très franchement et sans rien dmiinuer de l'initiative qui nous appartient. Aujourd'hui, j'ai voulu seulement étabhr les responsabUités de chacun et préciser les faits. La vérité, c'est que vous avez frappé le Cercle catho-
liquc d'Arles, bien qu'il fût innocent, parce que ces choses-là peuvent se faire arbitrairement et sans jugement, et que vous n'avez pas osé poursuivre les vrais responsables, les vrais auteurs do la manifestation, parce qu'il aurait fallu pour cela un tribunal et une discussion publi(iue. (Vifs applaudissements à droite.)