II
rexeniplc de tous les pays civilisés. (A-pplaudisseiiients.)
Et inaintenaiil que je vous ai soumis une dômonstraliou raisoniiée des motifs pour lesquels il nous est impossible d'obéir, je veux aller encore au-devanl des objections.
Vous donnerez, nous dit-on, l'instruction religieuse chez vous, après les heures de classes. Mais c'est une plaisanterie! Se figure-t-on que pour un ouvrier, épuisé par le labeur quotidien et dont les enfants, grâce au malheureux état social où nous sommes, sont aussi, bien souvent, condamnés au travail de l'atelier, se figurel-on que, dans de pareilles conditions, l'instruction religieuse à la maison soit quelque chose de possible'.' Ce n'est qu'une raillerie. (Applaudissements.)
Mais il y aura l'éducation à l'église. Ici encore, raisonnons un peu. Les enfants arrivent le matin à l'école à huit heures pour en sortir à onze ; le soir, ils y vont à une heure et n'en sortent que vers quatre heures; au total, six à sept heures de travail. C'est déjà beaucoup pour des enfants de six à douze ans. De l'école, ils emportent du travail à faire à la maison. Mettons encore une heure, en voilà sept ou huit. C'est déjà trop pour ces jeunes tètes. Et il faudra encore qu'ils ajoutent à cela le temps d'apprendre leur catéchisme, étude ardue et qui exige beaucoup d'application ! Comment est-ce possible ? La loi, nous réplique-t-on , consacre en termes exprès le repos du dimanche et du jeudi. Les écoles vaqueront ces deux jours par semaine. Mais il n'y a là rien de nouveau , et quand on vient nous dire que cette concession a eu pour but de respecter les droits de la conscience, nous répondons que c'est une
nouvelle tromperie. Car aussi bien avant que depuis la loi du 28 mars, il y a eu vacance le dimanche et au moins l'après-midi du jeudi. Et pourquoi ces jours de vacance? D'abord pour assurer le repos nécessaire; puis, ensuite, précisément pour l'explication du catéchisme par le curé. Eh bien, l'enfant qui, pendant la semaine , n'aura pas appris la lettre du catéchisme sera incapable de suivre l'explication et d'en profiter : la préparation à la première communion sera impossible dans ces conditions, et l'éducation religieuse sera presque nulle. Et, je le demande en outre, quelle idée l'enfant aura-t-il de cette éducation rehgieuse qu'on, aura avec soin reléguée à la dernière place et que le maître n'aura pas manqué de passer complètement sous silence. (C'est vrai! bravo.)
La conjuration est donc entière, manifeste. Je le répète, il n'y aura pas d'éducation religieuse du tout. A la place que nous donnera-t-on? L'éducation civique.
Ce n'est pas une chose nouvelle, et nous en retrouvons la trace dans la Révolution , à côté du principe de l'obligation forcée.
A la vérité, on n'a pas osé revenir aux fantaisies de Lakanal, de Saint- Just, de Lepelletier et de Robespierre, à l'éducation commune, avec des habits de toile été comme hiver, avec des racines et des fruits pour toute nourriture , avec le coucher sur la terre et l'exercice manuel obligatoire...
On a perfectionné tout cela, et aujourd'hui, en fait d'éducation civique, on nous donne le Manuel de M. Paul Rert, où l'on apprend à mépriser, à détester tout ce que nous aimons, tout ce que nous respectons.
où l'on jclte il pleins bords l'outrage et la calomnie sur la vieille France, sur ses gloires et sur ses traditions, où l'on enseigne qu'avant la l'évolution le patriotisme était inconnu, et que la nation était livrée à la tyrannie, à l'asservissement et à l'ignorance...
Ah! vous aviez bien raison, monsieur de Carayon la Tour : si un pareil manuel est rnis, dans les écoles, aux mains de nos enfants, la loi ne sera pas obéie... Nous sommes là, tous debout, pour ratifier vos paroles et pour répéter avec vous : La résistance sera h la hauteur de l'oppression ! (Bravos et acclamalions. — Applatidissements prolonr/és.)
Après tout, c'est la patrie que nous défendons. Carenfin quels hommes nous prépare-t-on? Quand cet enfant qu'on offre à l'éducation laïque sera livré aux tempêtes de la vie, où rencontrera- t-il un guide et un frein? Quand viendront la souffrance, la mort ou la misère, que trouvera-t-il en descendant dans son cœur, sinon le vide et le désespoir? Quel secours, à cette heure redoutable, lui apportera la morale laïque, à lui qui cherche en vain au fond de son âme la force et la résignation? Et si, las de la souffrance, excité par les folles prédications , avide de jouissances matérielles, il se tourne en révolté contre la société, que lui dirat-on? au nom de qui lui commandera-t-on le respect et l'obéissance? Croit -on que la morale laïque sera bien forte pour le contenir, et qu'il comprendra le langage de la loi civile, lui qui ne trouvera pas dans son cœur, avec la notion de la loi divine, le fondement de toutes les législations humaines? {Bravos! bravos!)
Et quand viendra l'heure du péril national, quand sur les champs de bataille le chef se retournera vers
ses soldats et leur montrera le chemin qui conduit à la mort, au nom de quelles croyances, au nom de quelle espérance pourra- 1- il commander à leur cœur? (Applaudissements.)
Voilà l'avenir que je redoute pour mon pays, quand la loi de malheur aura formé les générations nouvelles.
L'orateur ne veut dire qu'un mot de ce qu'il a appelé l'enveloppe de la loi, de la gratuité.
La vraie gratuité est celle dont on profite sans la payer. Autrefois la gratuité était une vérité, parce que les écoles étaient entretenues par des dons et par des fondations. Tout le monde était élevé gratuitement, sans qu'il en coûtât rien à personne. La gratuité était encore une vérité dans l'état de choses que la loi nouvelle vient d'abolir : les familles aisées payaient l'instruction de leurs enfants, et les familles nécessiteuses ne la payaient pas; cela était juste, légitime et pratique.
Sur les trois millions d'enfants qui reçoivent l'instruction primaire, il y en a deux millions pour lesquels les familles ne payent pas. Le reste paye une rétribution scolaire dont le produit est de 30 à 35 millions.
Ces 30 à 35 millions , il va falloir les trouver : où les cherchera- 1- on? naturellement dans la poche des contribuables : tout le monde payera ; les riches y gagneront, il est vrai, d'avoir leurs enfants élevés gratuitement, mais les pauvres, qui auraient joui quand même de la gratuité, n'y gagneront rien du tout. Et quanta ceux qui ne voudront pas envoyer leurs enfants à l'école publique, il faudra qu'ils payent doublement, pour les élever chrétiennement d'abord, et ensuite
pour subvenir aux frais de l'éducation laïque pour tout le monde. Voilk la gratuité! Elle n'est qu'un leurre destiné seulement à couvrir de son ajjpût trompeur le despotisme de l'État et l'athéisme de l'école. ( firavos et applmidissements prolongés.)
Et maintenant il faut conclure, et ma conclusion c'est qu'il faut résister à la loi, mais lui résister pratiquement et avec méthode.
Surtout ne nous endormons pas ; si on n'applique pas immédiatement la loi partout, c'est parce qu'on n'est pas prêt, soit pour les locaux, soit pour les maîtres. Mais soyez sûrs qu'on va lentement pour aller sûrement.
Organisons -nous donc, et n'ayons pas peur. Nous avons pour nous les consciences honnêtes, les consciences chrétiennes, et, vous pouvez en être certains, la moitié des consciences de nos adversaires. (Oui! oui.)
PubUquement, ils peuvent nous railler et nous donner tort. Au fond, ils savent que nous avons raison et ils disent : Ils font bien, ils sont dans leur droit; nous en ferions autant à leur place.
Quant aux moyens pratiques, l'orateur les indique rapidement.
Sur l'article 16, résistance absolue, refus d'obéissance de la part de tous ceux qui élèvent eux-mêmes leurs enfants.
Pour les autres , il faut fonder des écoles libres , ou plutôt des salles d'écoles libres , car il sera nécessaire de procéder avec la plus grande économie , et recruter des instituteurs chrétiens.
Il faut aussi créer un mouvement d'opinion consi-
dérable. A la presse de raffermir les courages et de démontrer à tous l'absolue légitimité de notre résistance.
Mais ce n'est pas assez. Il faut encore par la parole éclairer les masses sur la nécessité de l'éducation chrétienne. Que des orateurs dévoués consentent à parcourir la France et à porter la lumière jusqu'au fond des campagnes !
Enfin il faut , ce qui est le nerf de la guerre , de l'argent, beaucoup d'argent. Organisons. donc le sou des écoles chrétiennes pour l'opposer au sou des écoles laïques ; c'est lui qui nous permettra de racheter l'âme de nos enfants.
Il vous appartient à vous, Mères chrétiennes, de vous placer à l'avant-garde dans cette lutte glorieuse pour la défense des âmes. Par un dessein providentiel, ce sont des femmes qui , à toutes les époques critiques de notre histoire, ont sauvé la patrie. Vous ne failUrez pas à votre mission. Le moment et venu de vous lever dans un irrésistible élan. Il s'agit encore une fois de sauver la France. {Applaudissements prolongés.) Au moment où M. le comte de Mun se rassoit, les applaudissements redoublent, et de toutes parts éclatent des bravos enthousiastes. La salle entière est électrisée par taie parole aussi sympathique que puissante , qui , pendant une heure vingt minutes, n'a cessé de rencontrer les accents les plus vrais et lesj^Uis émouvants.